‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1222 sur 2407 · LIVRE CINQUANTE-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTE-NEUVIEME

mon doux Jésus , mon désir ineffable, douceur des saints, suavité des an-es, et d'autres paroles au-dessus dulan^ap^e humam. Il ne vouloit plus célébrer la messe devant beaucoup de monde , parce qu'il ne pouvoit retenir l'abondance de ses larmes, et, comme si ses disciples avoient reçu le même don , il leur disoit : Prenez carde de ne pas répandre trop de larmes, elles affoiblissent la vue et nuisent a la

tête

Il sortit de cette retraite , cédant à Vinstante prière des frères de ses autres monastères (1 ) ; mais l'évt'quede Parenzo, l'ayant appris, en fut si alTli-é qu'il fit publier que quiconque donneroit une barque à Uomuald pour repaNseren Italie ne rentreroit plus à Parenzo. Il I 1 o .1^ ii.tiwkfc Ai\ni Ips mari-

qu'ils voudroient , P"""^ [»';;•■, f^™^'^",' arriva deux barques de dehors , d.mt les mariles consécrations dans e ™f »?' ,\^„ ; j'V^! „iers le recurent avec joie, sestnnant heuconsécrations , j'entends les dédicaces at ^.^^^ jj^^-tp^ „„ si grand trésor ; mais , dans

le passage , il survint une si violente tempête nue tous se crurent prêts à périr : les uns se

^ Tlors on lut les canons du concile de Clialcé-

doine et de plusieurs autres, qui ordonnent qu'en chaque pays les abbés et les moines soient soumis à leur propre evéque et défendent à aucun évèque de faire dans le diocèse d'un autre ni ordination , ni consécration , sans sa permission. En conséquence de ces canons, les évèques déclarèrent nul le privilège, qui, non-seulemenl ne s'y accordoit pas, mais y contrevenoit formellement , et décidèrent que l'abbé de Clu-ny n'étoit pas un garant sulfisànt du procédé de l'archevêque de Vienne. L'archevêHiue, convaincu par ces raisons, demanda paîdon à l'évêque de Màcon, et, par manière de satisfaction , lui promit, sous te le caution qu'il voulut, de lui fournir tous les ans, tant qu'ils vivroientl un et l'autre F'idant le carême , la quantité nécessaire d hui e d'olive pour faire le saint-chrême. Cet exemple et celui de la dédicace du monastère delxK'hes montrent que les évcHiues de ce temps-la ne croyoient pas le païKî au - dessus des canons (1).

\111. Suite (Ida vie de saint Romuald.

11 est temps de reprendre la suite de la vie de saint Romuald , et de voir sa bienheureuse lin Aprèsqu'ileutquillél'empereurOlhonllI, et ^ui eut prédit sa mort , il se retira à Parenzo, ville située dans une péninsule de l'Istrie, et y demeura trois ans, j>iuidaul le premier desquels il fonda un monastère, et y établit un abbé • les deux autres années il demeura reclus (2) Là, Dieu l'éleva à une si haute perfection qu'il connoissoit l'avenir, et pénétroit plusieurs mystères de l'ancien et du nouveau Testament. 11 y reçut tout d'un coup le don des larmes auxquelles auparavant il s'excitoit inutilement, et il lui dura tout le reste de sa -vie. Souvent dans la contemplation il s'écrioit, transporté de l'amour divin : Mon cher Jésus,

M^ Sud liv.LVili,n. 16. Vita n. 53, S«c. 6. Act. (2) sSp. Ut. LVii, n. 59. B«u. p, m. >

dépouilloient pour nager, les autres sallachoient à une planche ; Uomuald , ayant abaisse son capuce et mis sa têU» entre ses genoux, pria quelque temps en silence ; puis il dit a l'abbc Anson , qui eloit près de lui , de déclarer aux mariniers qu'ils n'avoient rien à craindre ; et , peu de temi)s après , ils arrivèrent heureusement à Caorle. , t^t i

Romuald vint à son monastère de Biftlco, dont il trouva Ic^s cellules trop magnifiques , et ne voulut loi^er que dans une, qui n'avoit ,ruère que quatre coudées (2). JN'ayant pu persuader à ses moines de se soumettre à la conduite d'un abbé, il les quitta, et envoya demander une retraite aux comtes de Camérin. Ils lui offrirent avec grande joie toutes les terres de leur état, désertes ou cultivées, et il choisit un lieu, nommé Yal de Castro, (im est une plaine fertile et bien arrosiKî , entourée» de montagnesetdebois.il y a>oitdéjà une petite e"^liseetunecomnuinautéde pénitentes, qui lui cédèrent la place. Romuald commença donc à y bâtir des cellules , et à y habiter avec ses disciples, et y lit des fruits incroyables. On venoit à lui de tous cotés < hercher la pi'nitence : les uns donnoieiit h^urs biens aux pauvres, les autres qiiittoient le monde entièrement et enibrassoient la vie monastique. Le saint homnic étoit comme un séraphin , tellement embrase de l'amour de Dieu qu'il l'aliiimoit dans les cœurs de tous ceux qui l'écoutoient. Souvent, lorsqu'il prêchoit, les larmes lui coupoient la parole tout d'un coup, et il s'enfuyoit comme un insensé ; quand il étoit à cheval avec les frères, il marchoitloin après les autres, chantant toujours des psaumes , et répandant coutinuellement des larmes.

Ceux qu'il reprenoit avec plus deseyerite, c'étoientlesclersséculiersordonnésparsimoni^, leur déclarant qu'ils étoient piTdus, s'ils ne renonçoient volontairement aux fonctions ue

leurs ordres (1 ). Ce discours leur parut si nouveau, qu'ils le voulurent tuer ; car la simonie étoit tellement établie en tout ce pays, que, jusqu'au temps de Romuald , à peine y avoilii quelqu'un qui sût que c'étoit un péché. Il leur dit : Apportez-moi les livres des canons , et voyez si je vous dis la vérité. Les ayant examinés, ils reconnoissoient leur crime etledéploroienl. Le saint homme persuada à plusieurs chanoines et à d'autres clercs , qui vivoient comme des laïques, d'obéir à des supérieurs et de vivre en commun : ce qui semble être le commencement des chanoines réguliers , que nous verrons dans la suite Quelques évêques, qui étoient entrés dans leurs sièges par simonie, vinrent le consulter ; et, s'étant mis sous sa conduite, promirent de quitter Tépiscopat et d'embrasser la vie monastique. C'est saint Pierre Damien qui raconte tout ceci dans la vie de saint Romuald , et il ajoute : Je ne sais toutefois si le saint homme en put convertir un seul en toute sa vie. Car cette venimeuse hérésie est très-dure et très-difficile à guérir, principalement dans les évêques ; on promet toujours, et on diffère de jour en jour, en sorte qu'un juif est plus facile à convertir.

Saint Romuald (juitta Val de Castro, y laissant qu(»lques-uns de ses disciples, et passa au pays d'Orviette (2), où il bâtit mi monastère, par le secours principalement du comte Farulfe. Car, ne pouvant contenter son zèle, il forinoit toujours de nouveaux desseins; il sembloit qu'il voulût changer tout le monde en désert , et engager tout les hommes à la vie monastique.

Ayant ap[)ris le martyre de saint Boniface , son disciple, tué par les Russes l'an mil neuf, il sentit un si grand désir de répandre son sang pour Jésus-Christ , qu'il résolut aussitôt d'aller en Hongrie ; mais depuis qu'il eut conçu ce dessein, il bàtil en peu de temps trois monastères : celui de Val de Castro dont je viens de parler, un autre prés de la rivière d'Esino, et le troisième près la ville d'Ascoli (3). Ensuite ayant obtenu la permission du saint-siége, il partit avec vingt-quatre disciples, dont deux avoient été sacrés archevêques pour cette mission. Car ils avoient tous un si grand zèle pour le salut du prochain , qu'il lui étoit difficile (l'en mener moins. Mais lorsqu'ils furent entrés dans la Pannonie, qui est la Hongrie , Roniuald fut attaqué d'une maladie qui l'empêcha de passer outre. Elle fut longue , et sitôt qu'il avoit résolu de retourner, il se portoit mieux ; niais quand il vouloit aller plus avant , son visage s'enfloit , et son estomac ne gardoit plus tle nourriture. Il assembla donc ses disciples, <'l leur dit : Je vois que Dieu ne veut pas que je passe outre ; mais parce que je n'ignore pas Votre désir , je n'oblige personne à retourner , j« vous laisse une entière liberté ; mais je sais

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