‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1227 sur 2407 · XI. Gui d'Arcze, musicien · texte numérisé non relu

XI. Gui d'Arcze, musicien

Dans le même temps, sous le pape Jean XIX et Théodalde, évêque d'Arèze, vivoit le fameux musicien Gui , moine de la même ville, qui inventa la gamme et les six notes ut, re, nu, fa, sol , la , par le moyen desquelles un enfant apprend, en peu de mois, ce qu'un homme apprenoit à peine en plusieurs années. Il prit ces syllabes des trois premiers vers de l'hymne de saint Jean : Ut queaiit Iaxis ; et écrivit sur sa nouvelle méthode à Michel, moine de Poniposie , monastère alors célèbre près de Ferrare , qui l'avoit aidé dans cette entreprise. J'espère, dit- il, que ceux qui viendront après nous, prieront pour la rémission de nos péchés, puisqu'au lieu qu'en dix ans à peine pouvoit-on acquérir une science imparfaite du chant, nous faisonsun chantre en un an ou tout au plus en deux (2). Et ensuite.

Le pape Jean , qui gouverne à présent l'église romaine, ayant ouï parler de notre école, et comment, par le moyen de nos antiphoniers, les enfants apprennent les chants qui leur étoient inconnus , en fut fort surpris , et m'en- V()ya trois messages pour me laire venir. J'allai donc à Rome avec Grégoire, abbé de Milan, et Pierre, prévôt des chanoines de l'église d'Arèze, homme très-savant pour notre temps. I^ pape, m'ayant témoigné beaucoup de joie de mon arrivée, m'entretint long-temps, me fit plusieurs questions, et feuilleta souvent mon antiphonier, qu'il regardoit comme un prodige. Il en médita les règles, et ne se leva point du lieu où il étoit assis, qu'il n'eût appris un verset qu'il n'avoit jamais ouï chanter , et

(1) Ital. S«c. lom. 3, p.

(2) Mabiil. Obscrv. ad

vil. p. 278. Id. lier. liai, p. 180.

(3) Vita n. 100.

(1) Mabiil. p. 279. Boll.

7 fcbr. t. 4, p. 103. Marlyr.

U lyjuri.cl 7 frb. Vita n.

102, 105. Mabiil. Pia;fat.

ad Ssc. 5, n. 98.

(â) Ap. Baron, an. 1022, cl Sa^. 0, Ben. p. 50. *

n'éprouvât ainsi en lui-même ce qu'il avoit peine à croire des autres. Ma mauvaise santé ne me permit pas de demeurer à Rome, parce que la chaleur de l'été m'étoit mortelle, en des lieux maritimes et marécageux. Je promis de revenir à l'entrée de l'hiver , pour expliquer cet ouvrage au pape et à son clergé. Peu de jours après, j'allai visiter votre père Gui, abbé de Pomposie , homme chéri de Dieu et des hommes pour sa vertu et sa sagesse , que je désirois voir comme le père de mon âme. Cet homme si éclairé approuva mon antipho nier sitôt qu'il l'eut vu, se repentit d'avoir suivi le sentiment de mes envieux , m'en demanda pardon , et me conseilla, étant moine, de préférer aux villes épiscopales, les monastères, dont Pomposie est, à présent par ses soins, le premier en Italie. C'est donc pour lui obéir que je veux illustrer votre monastère par cet ouvrage, vu principalement que les évêques étant maintenant presque tous condamnés pour simonie , je crains de communiquer avec eux. Le moine Gui intitula Micrologue son livre de la musique , et le dédia à Théodalde, évoque d'Arèze, son diocésain, qui l'avoit pris auprès de lui pour lui aider à l'instruction de son clergé et de son peuple.

Page 1