XX. Dédicace de Saint-Agnan d'Orléans
Il assista en cette qualité à la dédicace de Féglise de Saint-Agnan d'Orléans, que le roi lloberl lit faire cette année mil vingt -neuf avec grande solennité (2). Cette église avoit quarante-deux toises de long, douze de large, dix de haut, cent vingt-trois fenêtres. Il y avoit dix-neuf autels, dont le principal fut dédié à saint Pierre ; la châsse de saint Agnan étoit d'argent, ornée par devant d'or et de pierreries. A cette dédicace se trouvèrent par l'ordre du roi trois archevêques; Gauslin de Bourges, Léothéric de Sens et Arnoul de Tours , avec cinq évêques , Odolric d'Orléans , Thierry de Chartres, Bernier de Meaux , Guérin de Reauvais et Raoul de Senlis ; saint Odilon de Clugny y assista aussi , et plusieurs autres hommes de mérite, avec lesquels le roi aimoit à s'entretenir. Le roi porta sur ses épaules la châsse de saint Agnan , et après la cérémonie il se mit à genoux devant le grand autel, se dépouilla de sa pourpre, et lit publiquement une prière d'actions de grâces.
Entre autres offrandes qu'il fit à cette église de Saint-Agnan, il lui laissa après sa mort sa chapelle, qui consistoit en ce qui suit : dixhuit belles chapes , deux livres d'évangiles garnis d'or, deux d'argent, deux autres petits avec un missel d'outremer, garni d'ivoire et d'argent, douze reliquaires d'or, un autel orné d'or et d'argent avec un onyx au milieu , trois croix d'or, la plus grande du poids de sept livres, cinq clocîies , dont l'une pesoit deux mille six cent , qu'il avoit fait baptiser solennellement et nommer Robert. Ce sont les paroles du moine Ilelgaud , qui montrent que dès-lors on nommoit baptême la bénédiction des cloches, et il remarque qu'on y employoit J'huile cl le chrême.
Les deux fils de ce bon prince , irrités par les mauvais traitements de leur mère , s'accordèrent à prendre les armes contre lui et à piller ses terres (3), Le jeune roi Henri se saisit de Dreux , et Robert , son frère , d'Avalon et de Baune. Le roi marcha contre lui en Bourt;<)gue avec des troupes , et consulta l'abbé Guillaume à Dijon sur ce qu'il devoit faire en cette occasion , se recommandant lui et ses enfants à ^s prières. Le saint abbé lui répondit : Vous devez , seigneur, vous souvenir des chagrins <iue vous avez donnés en votre jeunesse à votre père et à votre mère , et considérer que Dieu iH^'rmct qu(^ vos enfants vous traitent de même. i.e roi souffrit patiemment cette remontrance,
(\) Marten. de Anliq. r2) Kp. 52. RU. to. 2, p. 322, 306, p. 14. (3) bp. §3, 70, p. 107.
. Cl) Ap. Fulb. Ep. 131,
se reconnoissant coupable; et, après quelque dégât dans l'une et l'autre province, il fil la paix avec ses enfants.
XXL Fin de l'abbé Guillaume de Dijon.
C'étoit en mil trente, et la môme année l'abbé Guillaume, au retour d'ïlalie, visita le monastère de Gorze, qu'il avoit autrefois reformé comme plusieurs autres. Puis il vint à Fécamp, où il tomba malade ; et vers la fêle de Noël, sentant que sa fin étoit proche, il assembla les frères , et régla avec eux ce qu'il y avoit à faire dans tous les monastères dont il avoit la conduite. Il demanda le viatique, puis demeura toute l'octave sans parler, levant seulement les yeux au ciel. Enfin il mourut le vendredi, jour de la circoncision , premier de janvier l'an mil trente-un, indiclion quatorzième, âgé de soixante-dix ans , quarante ans depuis son arrivée d'Italie en France. Il gouvernoit environ quarante monastères , dans lesquels il y avoit plus de douze cents moines, qui étoient fermement persuadés que, tant qu'ils suivroient ses instructions, ils n'avoient rien à craindre en ce monde , et ne manqueroient de rien. Entre ces monastères , il ne faut pas oublier celui de Frutare , au diocèse d'Ivrée, que ses frères et lui fondèrent de leur patrimoine, et dont il fit confirmer les privilèges par le pape Benoît VIII dans un concile de plus de quarante évêques , tenu à Rome le troisième de janvier mil quinze. L'abbé Guillaume forma grand nombre de disciples : plusieurs abbés et plusieurs évêques italiens quittèrent leurs sièges pour vivre sous sa conduite , et plusieurs moines qu'il avoit élevés devinrent ensuite abbés ou évêques (1).