LIVRE CINQUANTE-NEUVIÈME
Gauslin , archevêque de Bourges , étoit mort Tannée précédente mil trente, après avoir tenu le siège dix-sept ans , et Aimon , de la maison des seigneurs de Bourbon, lui avoit succédé. Il tint un concile le premier jour de novembre mil trente-un, où assistèrent avec lui Etienne, évêque duPuy, Renron de Clermont, Raymond de IVIende, Emiie d'Alby, et Deus-Deditde Cahors. Il nous reste de ce concile vingt-cinq canons , dont le premier porte que , dans toutes les églises soumises à ces évoques, le nom de saint Martial, docteur de l'Aquitaine, ne sera plus proposé entre les confesseurs, mais entre les apôtres, comme le saint-siège de Rome et plusieurs anciens pères Tout déûni. En effet, le pape Jean XIX avoit envoyé une lettre sur ce sujet , adressée à tous les évêques , les abbés et les autres fidèles de toute la Gaule, et elle fut lue en ce concile (1). Deux ans devant , c'est-à-dire l'an mil vingtneuf, on avoit décidé de même en faveur de l'apostolat de saint Martial, dans un concile de Limoges; et Jourdain, qui en étoit évéque, avoit défendu, sous peine d'anathème , de plus agiter cette question dans son diocèse.
On ordonna encore au concile de Bourges que les enfants légitimes, principalement des prêtres et des autres clercs , ne seroient point admis dans le clergé , et que ceux qui y étoient déjà ne seroient point promus aux ordres supérieurs ; que les serfs ou les affranchis n'entreroient point dans le clergé qu'ils n'eussent reçu de leurs seigneurs une entière liberté. Défense de faire des voitures le dimanche, soit par charroi , soit par bétes de somme , sinon en grande nécessité. Défense aux séculiers de prendre droit de fief sur les prêtres , pour les biens ecclésiastiques que Ton appeloit fiefs presbytéraux(2). On traita aussi dans ce concile de la paix que l'on vouloit établir pour arrêter le cours des guerres particulières.
lences que les seigneurs de son diocèse œmmettoient contre l'Eglise et conlre les pauvres, sans vouloir écouler les propositions de paix. Tous les évêques dirent que ceux qui troubloient ainsi l'Eglise étoient dignes d'anathème.
Alors Odolric , abbé de Saint-Martial de Limoges, qui étoit assis auprès de l'evêque et revêtu des ornements sacerdotaux , se leva au milieu des évêques, et , quand on eut fait silence , il dit : Je vous prie , vénérable eyc'Klue, qu'avant que l'on traite d'aucune aftaire on termine la question de l'apostolat de saint Martial , pour laquelle principalement nous avons procuré , vous et moi , la convocation de ce
concile. Jourdain, évêque de Limoges, dit: Comme cette vérité a été autorisée , premièrement par le pape , ensuite par le concile de Bourges , tenu le premier jour de ce mois de novembre, où je n'étois pas présent , je veux aussi que la question soit ici maintenant décidée en ma présence , pour finir la dispute par ce troisième jugement. ., .j ,
Engelric, chanoine du Puy , estime fort docte, se leva , et dit : Une infinité d'ignorants disent qu'il n'est point apôtre , parce qu'il n'est point du nombre des douze ; mais saint Jérôme dit , que tous ceux qui avoient vu le Seigneur en sa chair, et qui prêchèrent ensuite son Evangile, furent nommés apôtres ; et ceux que les apôtres avoient ordonnés, comme Epaphrodite, Silas et Judas. On apporta dans le concile le commentaire de saint Jérôme , sur l'epître aux Galates , et on vérifia le passage.
Azenaire, abbé de Massiac et de Fleury, qm étoit venu avec l'archevêque de Bourges , dit qu'à la cour et dans tous les monastères de France , il avoit toujours vu nommer saint Martial entre les apôtres ; mais que le roi Robert lui ayant donné cette abbaye en Berri, il y avoit trouvé un autre usage, et l'avoit corrigé. Car, ajouta-t-il , allant à Jérusalem, et me trouvant à Conslantinople le samedi de la Pentecôte, j'entendis que les Grecs dans leurs litanies nommoient saint Martial entre les aixjtres. Odolric, abbé de saint Martial de Limoges, dit encore : Autrefois lorsque j'ètudiois a Saiiil- Benoil en France , sous le savant Abbon , ji; trouvai que la coutume y étoit de nomme r saint Martial entre les apôtres , et de même sous Gauslin son successeur. Mais du iGm\)s du roi Robert, Hugues, mon prédécesseur, étant à sa cour à Paris , il s'émut sur ce sujet Le ieudi , dix-huitième du même mois de une dispute entre les François et les Limousins,