XLI. Trêve de Dieu
En France , après les tentatives que l'on avoit faites dix ans auparavant , pour établir la paix, comme on en vit la difïiculté, on se réduisit à une trêve pour certains jours, c'està-dire que depuis le mercredi matin jusqu'au lundi matin , personne ne prendroit rien par force, ne tireroit vengeance d'aucune injure , et n'exigeroil point de gages d'une caution (3). Quiconque y contreviendroit , payeroit la composition des lois , comme ayant mérité la mort , ou seroit excommunié et banni du pays. On nomma cette convention la trêve de Dieu, et l'on crut qu'il l'avoit approuvée par un grand nombre de punitions exemplaires sur ceux qui l'avoient violée. 11 est aisé de voir que l'on y avoit consacré ces jours de la semaine plutôt que les autres, en vue des
mystères qui y furent accomplis : la cène de jNotre Seigneur, sa passion , sa sépulture, et sa résurrection.
Cette trêve fut établie par les évêques en plusieurs conciles , et deux saints abbés y travaillèrent puissamment , savoir, Odilon de Clugny et Richard de Verdun (1). Ce deruuT fut chargé de la faire recevoir en xNeustrie, comme elle l'avoit été premièrement en Aquitaine, puis en Austrasie : les iNeustriens, ne voulant pas s'y soumettre suivant ses exhortations, furent frappés de la maladie des ardents , c'est-à-dire d'un feu qui leur dévoroit les entrailles. Mais plusieurs, venant trouver Richard , furent guéris par ses prières ; et son monastère étoit plein de troupes de ces malades. 11 leur donnoit à boire du vin où avoient trempé des reliques, entre autres de la poussière raclée de la pierre du sépulcre de INotre Seigneur, et leur faisoit jurer la trêve. On ne faisoit cette ablution des reliques qu'après la messe ; mais il y avoit un vaissrau plein de ce breuvage, pour satisfaire à la dévotion des malades , qui arrivoicnt à tous moments.