‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1261 sur 2407 · XLIV. Michel Calafate, empereur, puis Constantin · texte numérisé non relu

XLIV. Michel Calafate, empereur, puis Constantin

monomaque.

L'empereur Michel Paphlagonien, se sentant pressé de sa maladie , et désespérant d'en guérir, se fit couper les cheveux , et reçut l'habit monastique des mains du moine Côme , qui étoit toujours avec lui et l'assistoit de ses conseils (3). Enfin il mourut , témoignant de

(2) Sup. n. 27.

(3) Cedr. p. 749.

grands sentiments de pénitence des crimes qu'il avoit commis contre son prédécesseur ; car du reste il avoit assez bien vécu. Il mourut le dixième décembre l'an du monde six mil cinq cent cinquante , de J.-C. mil quarante-un , indiclion dixième, ayant régné sept ans et huit mois. Zoé se trouva ainsi délivrée de l'eunuque Jean , qui gouvernoit sous le nom de Michel , son frère. Elle eut bien voulu régner seule; mais voyant qu'il ne lui étoit pas possible, elle adopta pour son fils un autre Michel, neveu du défunt empereur, surnommé Calafate, parce que le patrice Etienne son père avoit été calfateur de navires ; mais elle lui fit promettre, sous les plus terribles serments , que toute sa vie il la liendroit pour sa maîtresse et sa mère, et ne feroit qu'exécuter ses ordres.

Toutefois, au bout de quatre mois le nouvel empereur se laissa persuader d'entrer en défiance de l'impératrice Zoé, et de craindre qu elle ne le fît périr comme ses deux prédécesseurs ; car on prétendoitqu'elle les avoitem poisonnés. Il résolut de la prévenir; et croyant s'être assuré l'affection du peuple , il envoya de nuit Zoé dans l'île du Prince , fit arrêter le patriarche Alexis, et le lendemain lundi, d après l'octave de Pâques, il fit lire au peuple une déclaration pour justifier sa conduite. Mais le peuple s'écria : Nous ne voulons point pour empereur le parjure Calafate, mais l'héritière de l'empire notre mère Zoé. On rappiMa Théodora , sœur de Zoé , du monastère où elle avoit été enfermée malgré elle; et Michel, après avoir essayé de se soutenir par la force, fut réduit à s'enfermer dans le monastère de Stude, et y prendre l'habit monastique, le mercredi de la même semaine, vingt-unième d'avril mil quarante-deux. Mais le peuple l'en tira de force, lui creva les yeux , et le relégua dans un autre monastère.

Zoé vouloit encore régner seule, mais le peuple l'obligea d'associer à l'empire sa sœur Théodora, et elles régnèrent environ trois mois ensemble (1). Ce fut la première fois qu'on vit l'empire soumis à deux femmes ; et néanmoins tout trembloit devant elles, tant on avoit de respect pour le sang de Basile le Macédonien. Zoé, quoique plus vive dans ses sentiments , étoit plus relenue à parler, mais elle étoit libérale jusqu'à la prodigalité ; Théodora, plus tranquille, parloit plus et donnoit moins; mais ni l'une ni lautre n'étoit capable de gouverner. Elles mêloient aux afl'aires les plus sérieuses des amusements de femmes , et leur principale occupation étoit de composer des parfums. C'étoit l'unique plaisir de Zoé : son appartement étoit un laboratoire où on voyoit un grand amas de drogues aromatiques, et des fourneaux allumés, même dans la plus grande chaleur de l'été. Elle ne laissoit pas d'avoir de la piété, au moins extérieure, et honoroit |)articulièrement la fameuse image de Jésus-

(1) PsellusMS. lo. G.

[ An de J.-C. I04i.

Christ nommée antiphonetés , qu'elle avoit ornée avec grand soin. Elle se prosternoit souvent devant celte image, se Irappant la poitrine, et répandant beaucoup de larmes : elle lui parloit comme à une personne vivante; et, selon que l'image lui paroissoit avoir plus ou moins d'éclat , die en liroit des présages pjur l'avenir (1).

Enfin au bout de trois mois , Zoé vit ellemême la nécessité de faire un empereur : et après avoir éloigné de sa cour sa sœur Théodora , elle rappela Constantin monomaque , exilé par l'eunuque Jean. Bien qu'elle fût âgée de plus de soixante ans, elle ne laissa pas de lèpouser en troisièmes noces : ils furent mariés le onzième de juin, la même année six mil cinq cent cinquante , mil quarante-deux ; le lendemain il fut couronné par le patriarche Alexis, et régna douze ans. L'année suivante mil quarante-trois, indidion onzième, le vingtième de février, mourut le patriarche Alexis, après avoir tenu le siège de Constaiitinople dix-sept ans. On trouva dans sa maison vingt-cinq centaines, c'est à-dire deux mille cinq cents livres d'or, qu'il avoit amassées , et que l'empereur fit enlever. Son successeur fut Michel Cèrularius , c'est-à-dire le cirier , qui s'étoit fait moine depuis que l'eunuque Jean l'avoit exilé pour crime d état (2). H fut intronisé le jour de lannonciation, vingtcinquième de mars; et le second de mai l'eunuque Jean eut les yeux crevés , et mourut quelques jours après.

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