LIV. Damase II, pape, puis Léon IX
Le même jour que le pape Benoît se retira , c'est-à-dire le dix-septième de juillet mil quarante-huit , on couronna pape Poppon , évéque de Brixen, que lempereur avoit choisi en Allemagne, et envoyé à Rome, où il fut reçu avec honneur (2). Il prit le nom de Damase 11 ; mais il ne vécut sur le saint-siége que vingt-trois jours , et mourut à Preneste le huitième d'août mil quarante-huit. H fui enterré à Saint-Laurent , hors de Rome , et le saint-siége vaqua six mois. Cependant, en une diète ou assemblée des prélats et des seigneurs que l'empereur tint à Wormes l'automne suivant, on élut pour pape tout d'une voix Brunon, évéque de Tout, qui étoit présent, mais qui ne pensoit à rien moins (3). 11 étoit âgé de quarante-six ans, et en avoit vingtdeux d'épiscopat , qu'il avoit dignement employés. D'abord il s'appliqua à réformer Us
(1) Vita S. Gcr. Saec.G. (2) Martyr. R. 24 sept. Beii p. 030.
ri) Mis. ap. Papcbr.Chr. (2) Herm. Chr. 1048.
Cass. lib. II, c. 81. Vita (3) Vila Léon, ix, Sa-ç.
liarlh. iii Thesaur. Ascet. 0, Ben. pari. 2, p. 68. Boll.
l'oss. p. 429. ly Apr. to. 10, p. 696.
monastères par le moyen de Guidric , abbé de Siiint-Apre, disciple de saint Guillaume de Dijon. Brunon fut employé avec succès pour traiter la paix entre Rodolphe, roi de Bourgogne , et Robert , roi de France. Sa vertu, soutenue de sa bonne mine et de ses manières agréables , le faisoit aimer de toul le monde. 11 aimoit la musique , et en savoit même la composition. Il avoit une telle dévotion à saint Pierre, qu'il alloit tous les ans à Rome , et quelquefois avec une suite de cinq cents hommes. Tel étoit Brunon quand il fut élu pour Hre p?ipe.
Il refusa très-long- temps cette dignité; et, comme on le pressa de plus en plus , il demanda trois jours pour délibérer , pendant lesquels il demeura absolument sans boire ni manger , occupé uniquement de prières. Puis il ût une confession publique de ses péchés , croyant par-là faire connoitre son indignité. Les larmes qu'il répandit en cette action en tirèrent de tous les assistants , sans leur faire changer leur résolution. Brunon fut donc contraint d'accepter le pontiûcat , mais il déclara, en présence des députés de Rome, qu'il ne l'acceptoit qu'à condition d'avoir le consentement du clergé et du peuple romain. Il relournaà Toul, où il célébra la fête deNoël, accompagné de quatre évéques, Hugues, Italien, député des Romains, Eberhard, archevêque de Trêves, Adalbéron, évéque de Metz, etThierry de Verdun.
Brunon partit de Toul en habit de pèlerin pour aller à Rome , s'occupant continuellement de prières pour le salut de tant d'âmes dont ilétoitchargé. A Augsbourg, étant en oraison , il entendit une voix qui disoit (1) : Le Seigneur dit : Je pense des pi'nsées de paix ; et lo reste de cet introït tiré de Jérémie, que l'on chante aux derniers dimanches d'après la Penlocôte. Encouragé par cette révélation, et accompagné d'une infinité de personnes qui accouroient de toutes parts , il arriva à Rome. Toute la ville vint au-devant de lui avec des cantiques de joie , mais il descendit de cheval, ot marcha long-temps nu-pieds. Après avoir fait sa prière , il parla au clergé et au peuple , leur exposa le choix que l'empereur avoit fait de sa personne, les priant de déclarer franchenient leur volonté quelle qu'elle fût , et ajouta nue, suivant lescanons, l'élection du clergé et du peuple doit précéder tout autre suffrage; et que, comme il n'éloit venu que malgré lui , il s'en retourneroit volontiers , à moins que son éleclion ne fut approuvée d'un consentement unanime. On ne répondit à ce discours que par des acclamations de joie ; et il reprit la parole pour exhorter les Romains à la correction aes mœurs, et demander leurs prières. 11 '^ul donc intronisé le douzième de février mil quarante-neuf, qui étoit le premier dimanche
(1) Jerem. xxix , 11 , 12, U.
ToMr IV.
de carême; il prit le nom de Léon IX, et tint le Siiint-siége cinq ans.
Quand il arriva à Rome, il ne trouva rien dans les coffres de la chambre apostolique , et tout ce qu'il avoit apporté avec lui étoit consumé tant aux frais du voyage qu'en aumônes, il ne restoit rien non plus à ceux de sa suite r mais le jour qu'ils étoient prêts à l'abandonner pour se retirer secrètement, arrivèrent les députés des nobles de la province de Bénévent , avec des présents magnifiques pour le pape , dont ils demandoient la bénédiction et la protection. Il fit des reproches aux siens de leur peu de foi , leur apprenant par cet exemple à ne se délier jamais de la Providence. Dans la suite , comme sa réputation attira à Rome un nombre extraordinaire de pèlerins, qui mettoient quantité d'offrandes à ses pieds , il n'en prenoit rien pour lui ni pour les siens , tout étoit pour les pauvres.