LXVII. Conférence de Brione
Cependant Bérenger vint en Normandie, et arriva à l'abbaye de Préaux, au diocèse de Lisieux, rétablie dès devant lan mil trentecinq. Il s'expliqua avec l'abbé, nommé Ansfroy, qui l'avoit reçu avec beaucoup d honnêteté, mais qui fut scandalisé de ses blasphèmes (2). Cet abbé, qui étoit savant, l'ayant examiné soigneusement sur plusieurs points, le reconnut infecté de plusieurs erreurs. Au sortir delà, Bérenger alla promptement trouver le duc de Normandie, Guillaume le bàlard, et tâcha adroitement de l'engager dans son erreur. Le
(1) Episl. a. Sup. liv. L, (i) Durand Troaru. D. ô8. 106, par. 9.
duc, tout jeune qu*il étoit , suspendit son jugement avec beaucoup de prudence, et retint Bérenger auprès de lui , jusqu'à ce qu'il alla à Brione, petite ville sur la rivière de Risle, près l'abbaye de Bec, où il assembla les plus habiles gens de toute la Normandie. Le lendemain que le duc y fut arrivé, on ouvrit la conférence avec Bérenger et avec un clerc qu'il avoit amené , et sur l'éloquence duquel il comptoit beaucoup. Mais ils furent si fortement réfutés, qu'on les réduisit premièrement au silence, et ensuite à la confession, quoique forcée, de la foi catholique.
Bérenger, étant sorti si honteusement de la conférence de Brione , s'en alla à Chartres , où plusieurs l'interrogèrent sur cette question de l'eucharistie ; car le bruit de ce qui s'étoit passé étoit déjà répandu bien loin. Mais il ne voulut rien répondre aux clercs de Chartres ; il promit seulement de le faire quand on lui en donneroit la commodité. Cependant il leur écrivit une lettre contenant plusieurs absurdités et plusieurs erreurs contre la foi catholique. Il eut même la témérité d'y traiter d'hérétique l'église romaine, sans en excepter le pape Léon , dont la foi et le mérite étoient si connus. Car il disoit qu'il ne différoit de répondre que jusqu'à ce qu il eut convaincu le pape et les Romains dans le concile indiqué à Verceil, dont le jour étoit proche.