LXXX. Le pape en Allemagne
Le pape Léon IX fit donc cette année , mil cinquante-deux , un troisième voyage en Allemagne, pour empêcher la guerre entre l'empereur et André, roi de Hongrie (4). Ce prince refusoit de continuer le tribut que ses prédécesseurs payoient à l'empereur; et le pape
(1) Vitallalin. n.8. S«C.
6, Ben. par. 2, p. 39.
(,2) Sup. n. 02.
(3) Alberic. Cbr. ann.
(4; Vitaibid.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
avoit envoyé plusieurs nonces pour persuader aux Hongrois de continuer cette marque de sujétion. Ils l'avoient promis, pourvu qu'on leur pardonnât le passé ; et c'est pour y faire consentir l'empereur que le pape entreprit ce voyage. Il avoit encore un autre motif, et plus pressant, qui étoit de demander à l'empereur du secours contre les Normands établis en Italie, où ils faisoient de grands désordres, particulièrement contre les églises. Le pape, étant arrivé en Allemagne, trouva l'empereiir disposé à accorder la paix aux Hongrois; mais le roi André , qui l'avoit engage a ce voyage, ne la voulut plus , et le pape, indigne de se voir ainsi moqué, le menaça d'excommunication. 11 revint avec l'empereur, car ils avoient été jusqu'en Hongrie, et passa le reste de l'année en Allemagne.
Comme il étoit à Ratisbonne, les moines de Sainl-Emmeran lui tirent voir des reliques, qu'ils disoient être de saint Denis, aréopagite et premier évêque de Paris, prétendant qu'elles leur avoient été données par l'empereur Arnoul. On trouve même une bulle sous le nom de Léon IX, adressée au roi de France et à ses sujets , qui porte qu'en la présence et a la prière de ses ambassadeurs, ces reliques ont été examinées et vérifiées être de saint D(^ nis (1). Mais outre que jamais auparavant on n'avoil parlé de cette translation à Kalisbonne, cette bulle , datée du septième d'octobre mil cinquante-deux , est tenue pour fausse par les savants; et nous avons une relation portant que le neuvième de juin de l'année suivante, Odon , frère du roi Henri , se transporta par son ordre au monastère de Saint-Denis, avec plusieurs seigneurs de sa cour, pour assister a la vérification des reliques du saint, que Dacobert avoit fait mettre avec celles de ses deux compagnons en deux coffres d'argent , fermes avec grand artifice, et placés derrière l'autel dans une grotte profonde (-2) Cette reconnoissame des reliques de saint Denis se fit en présence de deux archevêques , Guy de Reims et Robert de Canlorbéry, de cinq évêques, dont le premier étoit Imbert de Paris, de six abbes et de plusieurs seigneurs.
Le pape et l'empereur célébrèrent a Wormes la fête de Noël de l'an mil cinquante-deux. Le pape dit la messe solennelle le jour de la fête , et le lendemain fit officier Liupold, archevêque de Mayence , parce que c'étoit dans sa province. Saint Bardon étoit mort l'année précédente mil cinquante-un, le dixième de Juin , après avoir tenu le siège plus de vingt ans, et Liupold, prévôt de l'église de Bamberg , lui avoit succédé (3). Comme donc il officioit à Wormes, après la première oraison de la messe, un de ses diacres chanta une
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leçon ; car c'étoit l'usage de quelques églises d'en chanter plusieurs aux fêtes sidennelles ; mais comme cet usage étoit contraire à celui de Rome, quelques-uns des Romains qui étoient auprès du pape lui persuadèrent d'envoyer défendre au diacre de chanter. Le diacre, qui étoit un jeune homme lier, refusa d'obéir, et quoique le pape lui eut défendu une seconde fois , il n'en chanta pas moins haut la leccm. Le pape le fit appeler et le dégrada sur-le-champ. L'archevêque de Mayence lui envoya redemander son diacre, le pape le refusa ," et l'archevêque prit patience pour lors ; mais après l'Evangile et l'ofl^ertoire , quand ce vint au sacrifice, l'archevc^ue s'assit dans son siège , et protesta que ni lui ni autre n'achèveroit cet office, si on ne lui rendoit son diacre-, le pape céda et le lui renvoya aussitôt revêtu de ses ornements , et larchevêque continua l'office. En quoi, dit l'auteur original, on doit considérer la fermeté de l'archevêque à soutenir sa dignité et Ihumilité du pape , qui voyoit qu'il falloit céder au métropolitain dans sa province.
En celte même occasion , comme le pape et l'empereur étoient à Wormes, le pape renouvela les instances (pi'il avoit faites auprès de l'empereur, pour retirer l abbaye de Fulde et plusieurs autres terres et monastères d'Allemagne, qui appartcnoient à l'église romaine, sur quoi ils convinrent d'un échange ; et l'empereur gardant ces terres , en céda au pape plusieurs au delà des monts, entre autres Benévent ixmr Bamberg (1).
Le pape se plaignit aussi à l'empereur des violences des Normands , qui s'étoient emparés des terres de saint Pierre , et l'emperc^ur lui accorda des troupes pour leur faire la guerre (2) . Plusieurs Allemands volontaires s'y joignirent dans 1 espérance du butin, et plusieurs scélérats bannis pour leurs crimes; et le pape les reçut tous avec bonté par le besoin qu'il en avoit pour cette guerre.
An de J.-C. 1053