‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1328 sur 2407 · IV. Légation à Constantinople · texte numérisé non relu

IV. Légation à Constantinople

En même temps , le pape destinoit trois légats pour envoyer à Constantinople : llumbert, Pierre et Frédéric. Humbert avoit été premièrement moine à Moyen-Moùtier, au diocèse de Tout , d'où il fut amené à Rome par lirunon , son évéque , lorsqu'il devint pape ; et il le fit cardinal et èvckiue de Rlanche-Selve ou Sainte-Rufine. Piern^ étoit archevêque d'Amalû {'2), Frédéric étoit frère de Godelroy, duc de Lorraine et de Toscane, et parent du pape et de l'empereur Henri : il étoit alors diacre et chancelier de l'église romaine , et fut depuis pape sous le nom d'Etienne IX. Ces légats furent chargés de deux lettres, l'une à l'empereur Constantin Monomaque , l'autre au patriarche Michel Cérularius , pour réponse à celles que le pape avoit reçues d'eux,

Dans la lettre à l'empereur , le pape le loue d'avoir fait le premier des propositions de paix et de concorde après une si longue et si pernicieuse division (3). Ensuite il rapporte amsice qui s'étoit passé entre lui et les ]Normands : Voyant une nation étrangère et sans discipline s'élever partout contre les églises de Dieu, avec une fureur incroyable et une impiété plus que païenne , tuer les chrétiens , et faire souffrir à quelques-uns des tourments horribles, sans épargner les enfants, les fenunes ni les vieillards, sans faire îiucune différence entre les choses saintes et les profanes ; dépouiller

(!) Léo. Epist. 3. C, lîencd. n. 9, et ibi iMabil.

(2) Vila Léon. IX. San:. (3) Léo. Lp. 7.

les églises , les brûler et les abattre entièrement : voyant , dis-je , ces maux , j'ai souvent repris cette nation de ses crimes, j ai employé les instructions , les prières, les menaces de la vengeance divine et humaine. Mais ce peuple est demeuré si endurci , qu'il faisoit de jour en jour pis que devant.

J'ai donc cru devoir attirer de tous côtés des secours humains pour réprimer son audace ; et, étant accompagné selon que le peu de temps et le besoin pressant l'a permis , j'ai voulu conféreravec le duc Argyre, votre fidèle serviteur, et prendre son conseil , non pour procurer la mort aux Normands , ou à quelque homme que ce soit , mais pour ramener au moins par la cramte des hommes, ceux qui ne craignent point les jugements de Dieu. Cependant comme nous essayions de les réduire par des exhortalions salutaires , et qu'ils nous promettoient par feinte toute sorte de soumission, ils attaquèrent tout d'un coup les gens de notre suite. IMais leur victoire leur donne encore à présent plus de tristesse que de joie; car, suivant ce que vous avez bien voulu nous écrire pour notre consolation, ils ont à craindreune plus grande perte que celle qu'ils avoient déjà faite. Aussi ne nous désisterons-nous point de cette entreprise pour délivrer la chrétienté, avec le secours que nous espérons incessamment de notre cher fils l'emptreur Henri, et de vous.

Et parce que le saint-siège de Rome a été trop long-temps occupé par des mercenaires au lieu de pasteurs, qui, ne cherchant que leurs intérêts, ont misérablement ravagé cette église : la divine Providence a voulu que j'en prisse la charge; et, quoique je sente ma foiblesse, je n ai pas peu d'espérance avec de si puissants secours. Il demande ensuite à l'empereur Constantin la restitution des patrimoines de l'Eglise situés dans les pays de son obéissance ; il se plaint de la persécution que l'archevêque Michel fait à l'église latine , anathématisant tous ceux qui reçoivent le sacrement fait avec des azymes , et d*e l'entreprise par laquelle il prétend se soumettre les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche: il déclare que si Michel ne s'en désiste il ne peut avoir avec lui de paix ; enfin il recommande ses légats.

Dans la lettre à Michel Cérularius, le pape ne le qualifie qu'archevêque de Constantinople, et dit avoir ouï depuis long-temps des bruits fâcheux contre lui (1). On dit , ajoule-l-il , que vous êtes néophitc , et que vous n'êtes pomt monté à l'épisœpat par les degrés, et que vous voulez priver les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche de leurs anciens privilèges, pour les soumettre à votre domination. \ous prenez par une usurpation sacrilège le titre de patriarche universel, quoique saint Pierre même ni aucun de ses successeurs n ait consenti à recevoir ce titre monstrueux. Et ensuite: Qui ne s'étonnera qu'après tant de saints et de

(1 Episl. 0.

pères orthodoxes pendant mille vingt ans depuis la passion du sauveur , vous ayez commencé à calomnier l'église latine , anathématisant et persécutant publiquement tous ceux qui participent aux sacrements faits avec des azymes ? INous avons connu cette entreprise et par le bruit commun et par la lettre écrite sous votre nom aux évéques de la Pouille, où vous prétendez prouver que jNotre Seigneur institua avec du pain levé le sacrement de son corps. Après avoir dit quelque chose pour réfuter cette erreur, il renvoie à un écrit plus ample dont ses légats sont chargés. Cette lettre est datée du mois de janvier, indiction septième, qui est l'an mil cinquante-quatre. Ainsi Fou peut juger que les légats chargés de ces deux lettres partirent peu de temps après.

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