‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1327 sur 2407 · LIVRE SOIXANTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTIÈME

suite la meilleure partie de cette fameuse donation, qui est aujourd'hui reconnue pour fausse par tous les savants, mais qui n'étoit pas alors révoquée en doute.

Il reproche aux Grecs l'usage d'ordonner des eunuques même pour l'épiscopal, ce qui a donné occasion, ajoute-t-il, à ce que l'on dit publiquement , qu'une femme a été placée sur le siège de Constantinople; mais ce crime seroit si abominable, que nous ne le pouvons croire. Ce reproche montre bien que l'on n'avoit pas encore inventé la fable de la papesse Jeanne , car on la place entre Léon IV et Benoît III, environ deux cents ans avant Léon IX. Il reproche au patriarche Michel son ingratitude contre l'église romaine, sa mère, qui a ordonné en quelques conciles que lévéque de Constanlinople seroit honoré comme évéque de la ville impériale , sans préjudice toutefois des patriarches d'Alexandrie et d'Antioche. Cependant , continue-t-il , on dit que vous avez fermé chez vous toutes les églises des Latins, et que vous avez (Mé les monastères aux moines et aux abbés, jusqu'à ce qu'ils vivent selon vos maximes (1) Combien l'église romaine est-elle plus modérée? puisqu'au dedans et au dehors de Rome, il y a plusieurs monastères et plusieurs églises des Grecs , sans qu'on les empoche de suivre les traditions de leurs pères. Au contraire on les y exhorte ; parce que nous savons que la différence des coutumes selon les lieux et les temps ne nuit point au salut, pourvu que l'on soit unis par la foi et la charité. Il dit enfin, qu'ayant vu leur écrit contre les azymes, adressé aux évéques de Pouille, il envoie quelques passages des pères pour réfuter leurs calomnies , en attendant qu'il y réponde plus amplement.

L'empereur Constantin Monomaque, voulant s'attirer le secours des Allemands et des Italiens contre les Normands, et sachant le crédit qu'a voit le pape sur l'empereur Henri , écrivit une lettre au pape, où il témoignoit un grand désir de rétablir l'union , altérée depuis long-temps entre l'église grecque et la latine ; et obligea le patriarche Michel Cérularius d'écrire au pape à même fin. Ces lettres furent envoyées par un ofiicier de la garde-robe de l'empereurj, qui les rendit à Argyre, duc d'Italie , et celui-ci les fit tenir au pape vers la fin de l'an mil cinquante-trois (2).

-III. Lettres aux évéques d'Afrique.

Cependant le pape reçut des lettres de trois évéques des cinq qui restoient en Afrique sous la domination des musulmans. Ces trois se plaignoient des entreprises de l'évéquo de Gommi , et demandoient quel métropolitain ils

(1) To.l, Conc. p. 1536, (2) Léo. Ep. 6, 7. xAlich. C. 233, 27, 20. Ep. ad P. An.

dévoient reconnoître. C'est que Carthage, ayant cessé d'être la capitale, étoit tombée en ruine depuis long-temps. Le pape leur écrivit deux lettres : la première à Thomas, que l'on croit avoir été l'évèque de Carthage, et à qui d'abord il témoigne la compassion qu'il a de l'église d'Afrique réduite à si peu d'évétjues , au lieu de deux cent cinquante que l'on voit dans les anciens conciles (1). Ensuite il déclare que lévéque de Carthage est le métropolitain de toute l'Afrique, sans le consentement duquel lévéque de Gommi n'a aucun droit de consacrer ou de déposer des évéques , ou de convoquer le concile provincial , mais seulement de régler son diocèse particulier. Au reste, ajoutet-il, sachez que sans Tordre du pape on ne peut tenir de concile général ni prononcer de jugement détinitif contre un évoque , ce que vous trouverez dans les canons, c'est-à-dire dans les fausses décrétales. Cette lettre est datée du dix-septième de décembre , la cinquième année du pontificat de Léon, indiction septième , qui est l'an mil cinquante-trois. La seconde lettre, adressée aux deux autres évéques nommés Pierre et Jean , contient la même décision, et ajoute l'établissement des métropoles, comme, il est rap|K)rté dans les fausses décrétales qui y sont citées.

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