‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1333 sur 2407 · IX. Eïcommnnicatlon de INlichel Cérularius · texte numérisé non relu

IX. Eïcommnnicatlon de INlichel Cérularius

Au reste, tout ce que les légats avoient écrit contre les divers(»s calomnies des Grecs, principalement contre les écrits de Michel de Constantinople, de l^ond'Acride, et du moine Nicétas, tout cela fut traduit en grec par ordre de l'empereur et gardé à Constantinople. Cependant, comme le patriarche Michel ne vouîoit ni parler aux légats ni même les voir , ils allèrent à Sainte-Sophie le samedi, seizième de juillet, à l'heure de tierce, comme leclergéétoit préparé pour la messe; et, après s'être plaints de l obstination de Michel , ils mirent sur le grand autel un acte d'excommunication en présence du clergé et du peuple. Et, étant sortis aussitôt, ils secouèrent la poussière de leurs pieds, suivant l'Evangile, pour leur servir de témoignage, en criant : Que Dieu le voie et qu'il juge (1). Ensuite, ayant réglé les églises des Latins, qui étoient à Constantinople, et prononcé analhème contre tous ceux qui d(»sormais communieroient de la main d un Grec blâmant le sacrifice des Latins , ils prirent congé de l'empereur avec le baiser de paix , et reçurent ses présents tant pour Saint-Pierre que pour eux ; puis ils partirent contents le (lix-huilième de juillet, pour retourner à Home. Deux jours après, comme ilsétoientà Sélinbrie, ils reçurent une lettre de l'empereur , qui les appeloit à Constantinople, à l'instante prière de Michel Cérularius , qui promettoit enfin de conférer avec eux. Ils revinrent donc le même jour en diligence au palais de Pige. Michel, ayant appris leur retour , voulut les obliger à se trouver le lendemain à Sainte-Sophie , pour tenir un concile , prétendant les y faire assommer par le peuple , à qui il montreroit leur acte d'excommunication , qu'il avoit falsifié en le traduisant. IMais l'empereur, prévoyant sagement ce péril , ne voulut point qu'on tint de concile qu'il n'y fût présent; et comme Michel s'y opposoit absolu- Ci) Matth. \, H. Ex. iv, 21.

ment, l'empereur fit aussitôt partir les légats. Michel, irrité d'avoir manqué son coup, excita contre 1 empereur même une grande sédition , sous prétexte qu'il avoit été d'intelligence avec les légats. En sorte que l'empereur fut contraint de faire fouetter et emprisonner Paul et son fils Smaragde, interprètes des Latins, et de les livrera JMichel: ainsi le tumulte fut apaisé. Mais l'empereur envoya après les légats, qui, étant déjà chez les Russes, lui envoyèrent un exemplaire fidèle de l'excommunication. Ainsi Michel fut convaincu de l'avoir falsifiée : de quoi l'empereur, fortement irrité contre lui , ôta les charges à ses amis et à ses parents, et les chassa du palais.

L'excommunication dont il s'agit portoit en tête le nom des légats, et contenoit en substance : Nous avons été envoyés par le saintsiège de Rome en cette ville impériale, pour connoitre la vérité des rapports qu'on lui en avoit faits , et nous y avons trouvé beaucoup de bien et beaucoup de mal. Car , quant aux colonnes de l'empire, les personnes constituées en dignité et les sages citoyens , elle est très-chrétienne et très-orthodoxe ; mais quant à Michel, nommé abusivement patriarche, et ses fauteurs , on y sème tous les jours beaucoup d'hérésies. Car ils vendent le don de Dieu comme les simoniaques , ils rendent eunuques leurs hôtes comme les valésiens, et ensuite les élèvent, non-seulement à la cléricature, mais à l'épiscopat, imitant les ariens, ils rebaptisent des gens baptisés au nom de la sainte Irinité, principalement les Latins (1) : comme les donatistes, ils disent que hors l'église grecque il n'y a plus dans le monde ni église de Jésus-Christ, ni vrai sacrifice, ni vrai baptême ; comme les nicolaïtes , ils permettent le mariage aux ministres de l'autel ; comme les sévériens , ils disent que la loi de Moïse est maudite ; comme les macédoniens, il ont retranché du symbole, que le Saint-Esprit procède du fils ; comme les manichéens , ils disent entre autres choses que tout ce qui a du levain est animé; comme les nazaréens, ils gardent les purifications judaïques , ils refusent le baptême aux enfants qui meurent avant le huitième jour, et la communion aux femmes en couches, et ne reçoivent point à leur communion ceux qui se coupent les cheveux et la barbe , suivant l'usage de l'église romaine.

Michel , admonesté par les lettres du pape Léon à cause de ces erreurs et de plusieurs autres excès qu'il a commis, n'en a tenu compte, et de plus, comme nous voulions réprimer ces maux par des voies raisonnables , il a refusé de nous voir et de nous parler , ni de nous donner des églises pour célébrer la messe. Comme dès auparavant il avoit fermé les églises des Latins, les nommant azymites, les persécutant partout et en leur personne , ana- Ihéraatisant le saint-siège , au mépris duquel

(1) Sup. liv. Tiif n. 10. Epiph. Hœres. 58.

il prend le litre de patriarche œcuménique. C'est pourquoi, par l'autorité delà sainte trinité , du saint-siège apostolique , des sept conciles et de toute l'Eglise catholique, nous souscrivons à l'anathème que le pape a prononcé, et nous disons : Michel, palriarcheabusif néophyte, revêtu de l'habit monastique par la seule crainte des hommes, et diffamé pour plusieurs crimes ; et avec lui Léon , dit évêque d'Acride, et Constantin, sacellaire de Michel , qui a foulé de ses pieds profanes le sacrifice des Latins : eux et tous leurs sectateurs soient analhèmes avec les simoniaques , les hérétiques qui ont été nommés et tous les autres , et avec le diable et ses anges , s'ils ne se convertissent : Amen y amen ^ amen. Les légats prononcèrent de vive voix une autre excommunication en présence de l'empereur et des grands , en ces termes : Quiconque blâmera opiniâtrement la foi du saint-siége de Rome et son sacrifice, soit analhème, et ne soit point tenu pour catholique, mais pour hérétique prozymite , c'est-à-dire défenstmr du levain. Ces hérésies, imputées aux Grecs, n'étoient la plupart que des conséquences tirées de leur doctrine ou de leur conduite, mais ils ne les avouoient pas.

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