LIVRE SOIXANTIÈME
béni le pain ne le réserva pas pour le lendemain: il le rompit et le distribua aussitôt. Nous n'ignorons pas que nos pères ont établi l'usage de célébrer la messe à l'heure de tierce le dimanche et les fêtes solennelles, à cause de la descente du Saint-Esprit. Mais on ne pèche pas pour cela en célébrant les jours de jeune à l'heure de none ou de vêpres , puisque Notre Seigneur lui-même a institué ce grand sacrement le soir , et a accompli son sacrifice en expirant à l'heure de none. C'est pourquoi , bien que ces heures de tierce et de none soient plus convenables , toutefois à quelque heure qu'on dise la messe à cause d'un voyage, ou par quelqu'autre nécessité, on ne rompt point le jeûne , comme on ne le rompt point en célébrant la messe la nuit de Noél.
Au reste, nous ne nous soucions pas d'apprendre le rit de votre messe , parce que nous y trouvons une grande négligence. Quand vous rompez le pain sacré, vous ne vous mettez pas en peine des miettes qui tombent de cùté et d'autre : ce qui arrive encore quand vous essuyez les patènes avec des feuilles de palmes ou des brosses de soie de porc. Quelques-uns d'entre vous serrent le corps de Jésus-Christ avec si peu de révérence , qu'ils en comblent les boites et les pressent avec la main de peur qu'il n'en tombe. Ils consument les restes comme du pain commun jusqu'à s'en dégoù ter ; et, s'ils ne peuvent tout prendre, ils lenterrent ou le jettent dans un puits.
Comme iNicélas avoit relevé l'abstinence des Grecs pendant le carême, Humbert lui reproche que plusieurs d'entre eux jeùnoient peu ou point du tout, et que quelques-uns apportoient dos légumes ou d'autres viandes pour manger dans l'église. Quant à nous, continuc-t-il , nous tâchons d'observer exactement ce jeûne de quarante jours ; et nous ne souffrons que personne le rompe en quoi que ce soit, sinon en cas de griéve maladie. Et il n'est pas permis chez nous , comme chez vous, après Tunique repas, de prendre des fruits ou des herbes les jours déjeune. Dans ces paroles de Humbert, nous voyons l'origine des collations. 11 finit celle réponse par l'article du mariage des prêtres , sur lequel il accuse les Grecs de Ihérésie des nicolaïtes, et prononce enfin analhème à Nicélas s'il ne se rétracte.
VIIl. Rélractation de Nicétas.
Il se rétracte en effet : ce qui se passa ainsi (l). Le jour de la Saint-Jean, vingt-quatrième de juin , la même année mil cinquantequatre , les trois légats du pape vinrent au monastère de Stude à Constantinople, et là, en présence de l'empereur, le moine Nicétas Pectorat , à l'instance des légats, anathématisa l'écrit publié sous son nom contre le saint-
Ci) Narrât, ap. Baron, an. 105*. to 9,Coac.p. 991.
siège et toute l'église latine, intitulé : De l'azyme , du sabbat et du mariage des prêtres; de plus il anathématisa tous ceux qui nieroient que l'église romaine fût la première de toutes les églises, ou qui oseroient reprendre en quelque point sa loi toujours orthodoxe. Aussitôt, à la poursuite des légats , l'empereur fit brûler en présence de tout le monde le livre de Nicétas; et on se retira. Le lendemain Nicétas alla trouver de son bon gré les légats hors de la ville au palais de Pige, où il demeuroient; et, ayant reçu d'eux la solution parfaite de ses dillicultés , il anathématisa encore volontairement tout ce qu'il avoit dit ou fait ou entrepris contre le saint-siège. Ainsi ils le reçurent en leur communion , et il devint leur ami particulier.