‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1350 sur 2407 · XXI. Concile de Toulouse · texte numérisé non relu

XXI. Concile de Toulouse

Le pape \ictor II fit tenir un concile à Toulouse par ses légats Raimhauld , archevêqut" d'Arles, et Ponce, archevêque d'Aix(l). Guifroy , archevêque de JNarbonne, y assista avec Arnaud , évêque de Toulouse , et quatorze au-

Ande J.-C. t05(>J

1res prélats, dix-huit en tout. Ce concile s'assembla le teizième de septembre mil cinquante-six , et fit treize canons , la plupart contre la simonie , pour être observés dans les provinces de Gaule et d'Espagne, où s'étendoit le pouvoir de ces évéques. On y ordonne entre autres choses que si un clerc se fait moine dans un monastère à l'intention d'en devenir abbé, il y demeurera moine sans pouvoir être abbé, sousfMMne d'excommunication. On renouvelle la l(»i de la continence des clercs, sous peine de déposition (1).

En ce concile , Bérenger , vicomte de Narbonne, proposa une plainte contre l'archevêque Guifroy, où il disoiten substance (2): Du temps de l'archevêque Ermengaud, mon oncle, rarchevêché de INarbonne étoit le meilleur qu'il y eût de Rome jusqu'en Espagne. Il étoit riche en terres et en châteaux , l'église pleine de livres et d argenterie, les chanoines y faisoient l'oflice régulièrement aux heures. Cet archev(^ue étant mort, Guifroy, comte de Cerdaigne, dont j'a vois déjà épousé la sœur, vint à IS arbonne , et proposa à mon père , à ma mère et à moi de faire avoir cet archevêché à son fils, qui n'avoit encore que dix ans , promettant um somme de cent mille sous à partager entre mon pt're et le comte de Rhodes. Mon père et ma mère ne le vouloient point , mais je me séparai d eux sur ce sujet , louché de 1 alliance si pr(K'he et de la feinte amitié, jusqu à menacer de les tuer s'ils ne se rendoient à mon avis. Mon père me voyant si passionné acquiesça ; Guifroy paya les cent mille sous, nous donnâmes larchevêchéàson fils, et il nous fit serment , prenant Dieu à témoin que s'il étoit notre archevêHjue, comme il l'est, ni nous, ni les nôtres, ni l'archevêché n'en souffririons aucun dommage.

Mais quand il a été établi dans le siège , et plus avancé en âge, loin d'être mon protecteur comme j'espérois, il s'est élevé contre moi comme un démon; il m'a donné des sujets d'indignation, bâtissant des châteaux, venant contre moi avec une grande armée, et m'a fait une cruelle guerre, où environ mille hommes ont été tués de part et d'autre. Alors il a ôlé à Dieu et à ses serviteurs les châteaux et les terres de l'église et celles des chanoines , pour les donner au démon et à ceux qui porloient les armes pour lui ; en sorte que les laïques qui possèdent ces biens les tiennent comme leur patrimoine. Cependant, Eribal, évêque d'Urgel, étant venu à mourir, notre archevêque a acquis cet évêché pour Guillaume, son frère, moyennant cent mille sous, dequoi j'aurois été fort content si je n'en avois point souffert. Mais, pour payer cette somme, l'archevêque a épuisé le trésor de son église ; il a pris les croix , les châsses des reliqu(^s , les patènes d'or et d'argent , et les a envoyés en

Espagne à des orfèvres juifs. Il a enlevé les livres , les chappes , les dalmatiques et les autres ornements, et dissipé le clergé, en sorte qu'il n'y reste que des misérables réduits à la mendicité. Enfin, ce qui est plus honteux , il s'est mis sous la protection de la comtesse d'Urgel, prêtant serment entre ses mains; ce qui l'a rendu très - odieux , nonseulement à moi , mais à tous les nobles du

pays. ,

Bérenger continue sa plainte, accusant 1 archevêque d'avoir violé la trêve de Dieu, après l'avoir jurée, et d'avoir transféré son siège dans un village, au préjudice de la ville métropolitaine , où toutefois il étoit revenu depuis. 11 l'accuse encore de retenir les droits de sa femme , sœur de l'archevêque ; puis il continue : J'ai voulu m'en rapporter au jugement des évéques de sa province, et de l'archevêque d'Arles , ce qu'il a refusé. J'ai proposé le jugement du légat apostolique et de ce concile; il l'a encore méprisé. Enfin j'ai appelé à Saint-Pierre et au pape, promettant d'aller soutenir mon droit devant lui. Il n'en a tenu compte, mais il m'a excommunié avec ma femme, mes enfants et toute notre terre, si cruellement, qu'il a défendu d'y donner le baptême, la communion et la sépulture. Si ce n'étoit la crainte de Dieu, nous ferions peu de cas de l'excommunication d'un homme que nous connoissons chargé de tant de crimes (*t anathématisé par le pape Yictor, avec sixvingts évéques. On croit que c'étoit dans le concile de Florence, tenu l'année précédente. Bérenger continue : Nous savons que c'est un simoniaque, qui a vendu tous les ordres qu'il a conférés, particulièrement les consécrations d'évêques, qu'il a fait payer jusqu'à la dernière obole. Si vous ne le croyez pas , demandez à l'évêque de Lodève et à l'évêque d'Elne , et il n'a pas voulu consacrer les églises de ma terre qu'il n'en eût reçu le salaire ; c'est pourquoi je fais cette plainte à vous et à Dieu, et vous demande justice. Si je ne l'obtiens je ne tiendrai compte de son excommunication , et je ne gard(Tai i>oint de trêve dans ma terre. Je prie le pape, au nom de Dieu et de saint Pierre, de m'absoudre de cette excommunication et de me

que ne. un ne saii point du vicomte de Narbonne.

XXII. Mort de l'empereur Henri III. Henri IV, roi d'Allemagne.

L'empereur Henri avoit invité le pape à le venir trouver en Saxe , et le reçut à Goslar , où il célébra la fête de la nativité de la vierge, le huitième de septembre mil cinquante-six , et la plupart des sc^igneursde son royaume s'y trouvèrent (1). L'empereur passa ensuite à

(1) To. u,Conc. i). iOU.

(2) To. 0, p 125i.

(\) ContinHerm Lamb. Schaf. Marian. Scot.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[ AndeJ.-C 1U57

Bolhfeld, où il tomba malade d'alïlic lion des calamités publiques. U demanda pardon à ceux qu'il avoit offensés, pardonna à ceux qui avoient mérité son indignation, rendit les terres qu'il avoit usurpées , et Ut coniirmer par le pape, par les évèqucs et les seigneurs présents à l'élection de son fils Henri , reconnu roi, et couronné à Aix-la-Chapelle, le vingtimiémedejuin mil cinquante-quatre. Enfin il mourut après sept jours de maladie, le cin- (fuième d'octobre , âgé de trente-buit ans , dont il avoit régné dix-sept comme roi, et quatorze comme empereur. Il semblait avoir appelé ce qu'il y avoit de plus grand dans lempire pour assister à sa mort ; car, outre le pape, le patriarche d'Aquilée y étoit présent, l'évéque de Ratisbonne, oncle de l'empereur, et une infinité d'autres seigneurs ecclésiastiques et laïques. Son corps fut porté à Spire , et enterré près de son père et de sa mère dans l'église de JNotre-Dame qu'il avoit bâtie, mais qui n'étoit pas achevée. On raconte de cet empereur que jamais il ne prenoit les ornements impériaux , comme c'étoit l'usage aux grandes fêtes, que par la permission d'un évéque , après s'être confessé et avoir reçu la discipline (I). Il eut pour successeur son fils Henri lY, qui n'avoit pas euvore cinq ans , étant né le onzième de novembre mil cinquante-un, aussi régna-t-il cinquante ans. L'impératrice Agnès, sa mère, prit d'abord le gouvernement de l'état {2) ; et, dans une grande assemblée qui se tint à Cologne, le pape Victor la réconcilia avec le jeune roi Baudouin, comte de Flandre, et Godefroy, duc de Lorraine, et pacifia le royaume autant qu'il lui fut possible.

XXm. Mort de Victor II. Etienne IX, pape.

H célébra à Ratisbonne la fêle de Xoël avec loroi, puis il retourna en Italie, et mourul en Toscane le vingt-huitième de juillet mil cinquante-sept, ayant tenu le saint-siège deux ans trois mois et demi. La nouvelle de sa mort ayant été promptement apportée à Rome par Boniface, évêque d'Albane, plusieurs Romains , tant du clergé que des citoyens, vinrent trouver le cardinal Frédéric , abbé du mont Cassin, qui se trouvoit à Rome, et le consultèrent sur le choix qu'ils dévoient faire d'un pape (3). Ils passèrent en ces délibérations le reste du jour, la nuit entière et le jour suivant; et enfin Frédéric leur nomma cinq sujets, qu'il connoissoil les plus dignes, entre ceux qui étoient en ces quartiers-là.

C'éloient Humbert, évèqucs de Sainte-Rufine, Jean, évêque de Vélétri, l'évéque de Pérouse, lévêque de Tusculum et le sousdiacre Ilildebrand. Les Romains déclarèrent, qu'aucun de ceux-là ne leur paroissoit con-

(1) \ lia S. Ann. Colon.

4, cap. Sur. i déc.

(2) Lan»!), an. 1051.

(3.) Chr.CaïS.îib. ii,c.b7.

venable, et qu'ils le vouloient élire lui-même, à quoi il leur répondit qu'il n'en feroit que ce qu'il plairoit à Dieu. Quelques-uns vouloient attendre le retour d'Hildebrand, qui étoit demeuré en Toscane, où il avoit suivi le pape Victor; mais les autres jugèrent qu'il ne falloit point différer, et vinrent, dés le grand matin, trouver l'abbé Frédéric à >aint-An(lré dePallare, où il logcoit. Ils l'en tirèrent par force et le menèrent à l'église de Saint-Pierreaux-Liens, où ils l'élurent pape et le nonmiérent Etienne, parce que c'étoit la fête de saint Etienne, pape, le second jour d'août. Ensuite ils le menèrent au palais palriarcal de Latran , suivi de toute la ville avec des acclamations de joie. Le lendemain, qui étoit un dimanche, tous les cardinaux , le clergé et le peuple vinrent, dès le grand malin, le prendre pour le mener à Saint-Pierre, où il fut sacré avec une allégresse publique.

Frédéric étoit frère de GiKlefroy, duc de Lorraine, un des plus grands princes de ce temps. Il fut d'abord archidiacre de Liège, d où le pap<' Léon I\ le tira |)our l'emmener en Italie, et le fit chancelier de l'église romaine. Ce fut un des trois légats qu'il envoya à Con«tantin()j)le en mil cinquantiv quatre, mais Frédéric, à son retour, trouva le pape mort, et l'empereur Henri , irrité contre lui à ( ause du duc Godefroy, son frère, qu'il regardoit comme son plus grand ennemi, principalement depuis qu'il eut épousé Béatrix, veuve de Boniface, marquis de Toscane (1). Pour éviter son indignation, Frédéric se retira au mont Cassin, où il fut nru par l'abbé Richer, et embrassa la vie monastique. Richer étant mort Fan mil cinquante-cinq, Pierre, doyen du monastère, vieillard vénérable, fut élu par les moines, mais le pape Victor II, mal satisfait que cette élection eût été faite sans sa permission, envoya le cardinal Humberl au mont Cassin pour s'en informer. Les anciens protestèrent que, suivant la règle et la concession du saint-siège, l'élection de leur abbé n'appartenoit à homme vivant (ju'aux moines; que Pierre avoit été élu canoniquement et malgré lui, et qu'ils n'en recevroient |X)int d'autres par ordre de qui que ce fût. Humbert n'eut rien à répondre et se retira. Mais ensuite, quelques moines ayant excité du tumulte, Pierre céda volontairement; et Humbert ayant fait assembler le chapitre, le moine Frédéric fut élu d'un consentement unanime, le vendredi d'après la Pentecôte, vingt-troisième de mai mil cinquante-sept. 11 alla aussitôt en Toscane trouver le pape, qui, de cardinal-diacre, lefit prêtre du tilre desaintChrysogone, qui luidoimala bénédiction abbatiale, que, suivant l'ancienne coutume, l'abbé du mont Cassin ne devoit recevoir que du pape. F'rédèrîc, ayant ensuite pris congé du pape, revint à Rome prendre possession de son titre

(1) jMabiil. Sa.'C.O, par.2, p.5«'>. Sup. n. i. lbid.p.5»5-

An deJ.-C. 1058.]

Page 1