XXIV. Pierre Damien, évéque
Etienne IX, connoissant le mérite de Pierre Damien, le tira de sa solitude, et le fit évêque d'Ostie et premier des cardinaux, comme trèsdigne del'épiscopatet très-nécessaire aux affaires de l'Eglise (:>). Le pape, les évêques et tous ceux qui aimoient l'Eglise en jugeoient ainsi ; mais Pierre ne pou voit se résoudre à quitter sa retraite, et résistoit de tout son pouvoir. Il fallut en venir à le menacer d'excommunication s'il s'obstinoit davantage; et le pape, lui prenant la main, lui donna l'anneau et le bûton pastoral pour marque qu'il épousoit l'église d'Ostie; mais il se plaignit toujours de la violence qu'on lui avoit faite, ne cherchant qu'à se décharger de l'épiscopat.
On peut rapporter à ce temps de sa promotion la lettre qu'il écrivit aux évêques, ses confrères , c'est-à-dire aux sept évêques cardinaux, qu'il appelle évêques de l'église de Latran, parce que c'étoient ceux qui avoient droit d'y officier au li(»u du pape. On les nommoit aussi collatéraux, comme étant ordinairement à ses côtés; hebdomadiers, comme servant tour à tour par semaine. Cette lettre commence par une lamentation sur les maux de l'Eglise (3). Sa discipline, dit-il, est presque partout négligée ; on ne rend point aux évêques le respect qui leur est dû ; on foule aux pieds les canons, et on ne travaille qu'à satisfaire la cupidité. Ceux qui portent le nom de chrétiens vivent judaïquement. Il montre ensuite que l'épiscopat ne consiste pas dans la pompe extérieure, la magnificence des habits, l'or et les
(i) Pet. Dam. ad Episc.
Taur. 0|)us .\viii,c. 7.
(8j VilaPet. c. H.
(3^ Cod. Vat. ap. Baron, an. 1057; lib. n, Jhlp. t.
fourures précieuses dont on usoit alors, les chevaux fringants, la nombreuse suite des cavaliers armés , mais dans la pureté de la vie et Fexercice de toutes les vertus.
Il insiste sur cette parole de l'apôtre, que l'évéque doit être irrépréhensible, et ajoute ( 1 ) : 3Ialheur à ceux qui, menant une vie blâmable, se rendent encore plus criminels en désirant une place où on doit vivre sans reproche. Tels sont ceux qui, oubliant leur patrie, suivent les armées des rois dans des pays barbares et inconnus; l'amour des dignités périssables a plus de pouvoir sur eux que la promesse des récompenses célestes ; et, pour obtenir à la fin le pouvoir de commander, ils se soumettent à une dure sujétion. Il leur en coûteroit moins s'ils donnoient une fois de Fargent pour acheter ces dignités. Car, comme il y a trois sortes de présents, il y a trois sortes de simonies : celle de la main en donnant de l'argent, celle des services, celle de la langue par les flatteries. Or, ceux qui suivent ainsi les princes dans leurs voyages commettent toutes les trois.
Le pape Etienne IX avoit résolu de garder toute sa vie l'abbaye du mont Cassin {-2) : c'est pourquoi, ayant approuvé l'élection du moine Didier, il ne changea pas le dessein qu'il avoit pris de l'envoyer son légat près de Fempereur de Constantinople; mais il ordonna que, si Didier revenoit de ce voyage, lui vivant, il lui donneroit le gouvernement de l'abbaye ; si le pape mouroit avant le retour de Didier, celuici seroit reconnu pour abbé sans difficulté. Le pape envoya avec lui Etienne, cardinal, et Mainard, depuis évêque de Sainte-Rufine, les chargea de lettres pour l'empereur de Constantinople, et leur recommanda de revenir au plus tôt, après avoir accompli leur légation. C'étoit au commencement de l'année mil cinquante-huit.