‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1353 sur 2407 · XXV. Mort de Théodora. Isaac Corauène, empereur · texte numérisé non relu

XXV. Mort de Théodora. Isaac Corauène, empereur

L'empereur de Constantinople étoit alors Isaac Comnéne. La vieille Théodora, étant demeurée seule impératrice après la mort de Constantin Monomaque, c'est-à-dire au commencement de décembre mil cinquante-quatre, ne déclara point d'empereur par le conseil de ses eunuques , qui sous son autorité disposoient de tout, s'étant fait donner les plus grandes charges (3). Nonobstant son grand âge , elle se flattoit d'un long régne, fondé sur son corps robuste et sur les promesses de quelques moines, suivant lesquelles elle devoit vivre des siècles : toutefois elle ne régna qu'un an et neuf mois. Léond'Acride, archevêque des Bulgares, étant mort, elle mit à sa place le moine Théodule, natif d'Icône, et abbé du monastère de Saint-

(1) Tim. 111,2. (3) Cedr. p. 791. Zonar.

(2) Chr.Cass. lib.ni, c.9. lib. xvii, c. 29. Scylitz.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[ An deJ.-C. 105H.

Mocius, ignorant des sciences profanes , mais très-savant dans la théolojîio et très- vertueux. Théodora régna donc pendant toute l'année mil cinquante-cinq, et jusqu'au vingt-deuxième d'août mil cinquanle-six, l'an du monde six mil cinq cent soixante-quatre , indiclion neuvième , qu elle mourut sans avoir été mariée , et en elle unit la race de Basile Macédonien.

Comme elle étoit à rextrèmilé , ses eunuques l'engagèrent à déclarer empereur] le palrice Michel Strationique , qui étoit très-vieux et ne savoit que la guerre , étant au reste incapable du gouvernement. Aussi s'éleva-t-il bientôt des révoltes contre lui, et enfin le dixième de juin de Tan mil cinquante-sept, six mil cinq cent soixante-cinq, indiction dixième, Isaac Comnène fut déclaré empereur. Michel voulut quelque temps soutenir la guerre contre lui ; mais il fut obligé de céder l'empire avant deux mois. Comme on vit Isaac proche de Constantinople , plusieurs patrices allèrent à Sainte- Sophie, suivis de quantité d'autres personnes, le dernier jour daoùt, dès le grand matin, criant au patriarche qu'il descendît , parce qu'ils avoient à le consulter sur une affaire importante : c'étoit toujours Michel Cérularius. Il s'étoit enfermé, et, refusant de descendre, il leur envoya ses neveux pour lui rapporter ce qu'ils désiroient. Les séditieux les menacèrent de les étrangler si le patriarche ne descendoit aussitôt. Il descendit revêtu des ornements pontificaux , témoignant une grande indignation de la violence qu'on lui faisoit. Ils h; portèrent dans l'église près de l'autel, et d'abord ils le prièrent de tirer de l'empereur Michel le serment qu ils lui avoient fait par écrit ; mais incontinent après ils proclamèrent Comnène empereur, déclarant ennemis de l'état tous ceux qui n'y consentiroient pas. Le patriarche Michel fut le premier à témoigner qu'il l'approuvoit, aussi bien que Théodore, patriarche d'Antioche, qui étoit présent, et qui dit qu'il falloit abattre les maisons des grands qui ne l'approuveroient pas.

Le patriarche de Constantinople envoya dire à Comnène de venir incessamment , et de lui tenir compte du service qu'il lui avoit rendu ; mais, pour Michel Strationique, il lui fit dire de sortir du palais , où il n'avoit plus que faire. Ainsi on vit clairement que Michel Cérularius avoit joué la comédie , et qu'il étoit non-seulement complice, mais auteur de la révolte. Michel Strationique demanda au\ métropolitains qui vinrent lui proposer de quitter l'empire, quelle récompense le patriarche lui promettoit. Le royaume du ciel, répondirent-ils. Aussitôt il quitta la pourpre et les autres marques de la dignité impériale, et descendit du palais, comme s'il y eût eu un grand mérite à céder l'empire quand il ne pouvoit plus le garder. Il avoit régné un an et dix jours. Lo lendemain, premier de septembre, Comnène arriva à Constantinople , et fut couronné soleiuiellement dans la grande église par le patriiurche.

Isaac Comnène étoit d'une ancienne famille que l'on croit originaire d'Italie. Son père , Manuel , eut le gouvernement de tout l'Orient sous l'empereur Basile Bulgaroctone , et mourut avant ce prince, à qui en mourant il recommanda ses enfants (1). 11 avoit deux fils, Isaac et Jean, que son frère étant devenu empereur fit curopalate, puis grand domestique, et dont la postérité donna plusieurs empereurs. Isaac étoit homme de guerre, et s'appliqua à réparer la foiblesse des règnes précèilents et l'épuisement des finances. Pour cet effet , il retrancha les reveims de quelques monastères ; et, après avoir fait calculer ce qui leur suflisoit |K)ur vivre suivant la pauvreté qu'ils avoient vouée, il leur ôta le surplus et l'appliqua au profil de l'état. Les uns traitoieni «ette conduite d'impiété et de sacrilège , les autres disoient que c étoit bien fait doter aux moines l'occasion de vivre dans les délices et d'inquiéter leurs voisins.

L'empereur Isaac rendit à la grande Eglise de Constantinople (-2) la liberté de gouverner par elle-même ses affaires, sans que l'emp*'reur s'en méhU ; vi au lieu que c'étoit lui auparavant qui établissoit des économes pour les reveims, et des gardiens du trésor de l'église, il laissa le tout au patriarche, tant jMjur le choix des personnes que pour la disposition des choses. 11 réduisit aussi à l'ancienne coutume les droits des évèques, soit pour les ordinations, soit pour les redevances des paroisses : savoir, pour l'ordination d'un simple clerc ou d'un lecteur une pièce d'or, trois pour un diacre , trois pour un prêtre , faisant sept en tout (3). Pour une paroisse de trente feux une pièce d'or, deux d argent , un mouton, et le reste qui est spécifié : les autres paroisses à proportion. On voit ici que» rhez les Grecs les ordinations n'étoient pas gratuites.

XXVL Mort de IMIrhoI Cf^rularlus. Constantin Lichudes, patriarche de Coiislanlinople.

Le patriarche Michel Cérularius, se fiant à l'amitié de l'empereur , cpi il croyoit sans bornes, lui demandoit contiimellemenl et d'une manière odieuse, jusquà user de menaces quand il étoit refusé , et dire , qu'il sauroit bien abattre l'èditice qu'il avoit élevé (i,. Il entreprit même de porter la chaussure d'écarlate, qui étoit une marque impériale, soutenant qu'il y avoit peu ou point de différence entre lempireet le sacerdoce. L'empereur, ayant appris qu'il tonoit sourdement de tels discours, résolut de le prévenir , et prit l'occasion de la fête des Archanges , qui obligeoit le patriarclw» à sortir de Constantinople pour laller célébrer en leur église ; j'entends la fête de Saint-Michel,

An de J.-C. 1058 ]

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