‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 136 sur 2407 · LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME

sième frère dont on ne sait pas le nom. C'est à ce second voyage que saint Boniface, ayant appris qu'il étoit à Rome , lui parla et l'invita, comme son parent , devenir prendre part à ses travaux. Vunébalde se laissa persuader, et suivit de près saint Boniface , emmenant avec lui son frère et quelques autres, dont étoit saint Sébald, honoré à Nuremberg comme l'apôtre du pays , le dix-neuvième août. Avec cette compagnie, saint Vunébalde se rendit en Thuringe , auprès de saint Boniface.

Cependant, Villibalde et ses compagnons avoient vu bien du pays. S'étant embarqués à Naples , ils passèrent premièrement dans l'Asie mineure , puis en Phénicie , et furent quelque temps arrêtés à Emèse par les Sarrasins , qui les prenoient pour des espions. Etant délivrés , ils visitèrent toute la Palestine, puis passèrent à Constantinople , d'où ils revinrent en Italie avec des légats du pape et des ambassadeurs de l'empereur. On peut voir, dans la vie de saint Yillibalde, l'état des saints lieux que l'on visitoit alors.

Il revint en Italie sept ans après qu'il avoit quitté Rome, et dix ans après qu'il étoit sorti de son pays , c'est-à-dire vers l'an sept cent vingt-huit. Par le conseil d'un évoque, il alla au mont Cassin , et y demeura dix ans sous la conduite de l'abbé Pétronax (1). Les moines y étoient encore en petit nombre , mais l'abbé les instruisoit avec un grand zèle et une grande discrétion. La première année , Villibalde fut chambrier de l'église , qui étoit comme un sacristain; la seconde année doyen, c'est-à-dire ayant l'inspection de dix moines : il fut huit ans portier, quatre ans au monastère d'en haut, quatre ans à celui d'en bas ; car cette charge , suivant la règle de saint Benoit , étoit regardée comnie fort importante , et ne se donnoit qu'à des vieillards ou aux moines les plus discrets (2) . Pendant ces dix années, Villibalde prit grand soin de s'instruire de toutes les pratiques de la règle de saint Benoît.

Ensuite , un prêtre espagnol, qui demeuroit au mont Cassin , ayant pris congé de l'abbé Pétronax pour aller à Rome , emmena \ illibalde avec lui. Le pape Grégoire III, l'ayant appris, le flt venir et l'interrogea sur ses voyages, et comment il avoit évité les insultes des infidèles. Villibalde lui raconta tout par ordre, et entre autres comme il s'étoit baigné I dans le Jourdain. Le pape Ipi dit ensuite : L'évoque Boniface m'a prié de vous faire revenir du mont Cassin , et de vous envoyer incessamment vers lui chez les François pour travailler à leur instruction. Je vous prie et vous ordonne de l'aller trouver. Villibalde répondit : Je suis prêt à vous obéir, si vous me faites donner congé par mon abbé suivant la règle. Allez, reprit le pape, sans vous inquiéter, mon commandement vous suiïit : l'abbé Pétronax n'a pas droit de me résister, quand je vou-

(1) Sup. I. xLi, n. 32.

(2) Reg. c.

drois l'envoyer quelque part lui-même. Villibalde se soumit, offrant d'aller non-seulement là , mais partout où le pape lui ordonneroit ; et il prit le chemin de Thuringe.

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