‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 137 sur 2407 · XXIII. Evéchés en Bavière · texte numérisé non relu

XXIII. Evéchés en Bavière

Saint Boniface , étant parti de Rome en sept cent (rente-neuf, arriva à Pavie, où il fut reçu chez le roi Liiitpi*and, et [)rit un peu de rep<)s que demandoit sa vieillesse (1). De là il passa en Bavière, tant par inclination qu'à la prière du duc Odilon , et y demeura long-temps prêchant la parole de Dieu. Il y rétablit la pureté de la foi , et chassa des séducteurs , dont les uns se disoienl faussement évêques et les autres prêtres, et qui, par divers artifices, avoient perverti une grande multitude et scandalisoient tout le peuple par leur vie impure. Du consentement du duc Odilon, il divisa la province de Bavière en quatre diocèses , et y établit quatre évêques. Le premier fut Jean , dans la ville de Saltzbourg, dont il tint le siège pendant sept ans; le second fut Erembert, neveu de saint Corbinien, àFrisingue; le troisième Goibalde, à Réginum , nommé depuis Ralisbonne (2). Ces trois furent ordonnés par saint Boniface. Le quatrième évêque de Bavière fut Vivilon, déjà ordonné par le pape, dont le siège fut fixé à Pataye, qui est Passau.

Saint Boniface rendit compte au pape Grégoire III de ce qu'il avoit fait en Bavière, et le pape lui flt réponse par une lettre où il dit : Nous rendons grâce à Dieu de ce que nous apprenons par vos lettres, que vous avez converti en Germanie jusqu'à cent mille âmes, avec le secours de Charles, prince des François (3). Le pape approuve l'établissement des nouveaux év<^hés en Bavière, et ajoute : Quant aux prêtres que vous y avez trouvés, si on ne connoît point ceux qui les ont ordonnés , et que l'on doute que ce fussent des évêques , ils doivent être ordonnés de nouveau , supposé qu'ils soient catholiques et de boimes mœurs. Quant à ceux qui sont baptises suivant les diverses langues de ces peuples, pourvu qu'ils soient baptisés au nom de la siiinte Irinilé, il faut les confirmer par l'imposition des mains et le saint-chrême. Vous avez tout j>ouvoir de corriger, s'il est besoin , l'évc^ue Nivil, que nous avons ordonné. Quant au concile que vous devez tenir sur le Danub<* , de notre autorité , nous voulons que vous y soyez présent , car l'œuvre que vous avez entreprise ne vous permet pas de demeurer en un lieu ; mais , comme les chrétiens sont encore rares en ces pays occidentaux , après les avoir fortifiés , vous devez prêcher partout où Dieu vous ouvrira le chemin, ordonner de notre autorité des évêques

dans les lieux que vous trouverez convenables. Ne vous dégoûtez pas, mon cher frère, d'entreprendre des voyages rudes et en divers lieux, pour étendre au loin la foi chrétienne, ayant en vue la récompense éternelle. Cette lettre est datée du quatrième des calendes de novembre , la vingt-troisième année du règne du très -pieux seigneur l'empereur Léon , et la vingtième de l'empereur Constantin, son fils, indiction huitième, c'est-à-dire vingt-neuvième d'octobre sept cent trente-neuf, et la date est remarquable pour montrer que le pape reconnoissoit toujours pour seigneur l'empereur Léon.

XXrv. Le pape demande du secours à Charles-Martel.

L'Italie fut alors troublée par la révolte de Trasimond, duc de Spolette, contre le roi Luitprand, son maître, qui, l'ayant pt»ursuivi , il se réfugia à Rome j le pape Grégoire, avec Etienne, duc de Rome, refusèrent de le rendreau roi (1). 11 vint donc assiéger Rome, et enleva quatre villes qui en dépendoient. Mais Trasimond , avec le secours des Romains, rentra dans Spolette. D'ailleurs le roi Luitprand ôta le duché de Bénévent à Gisulfe pour son bas-âge, elle peuple, qui lesoulenoit, se joignit à celui de Spolette et aux Romains contre le roi des lombards.

Le pape Grégoire , voyant qu'ils ne lui pouvoient résister, s'adressa à Charles-Martel , et lui envoya deux légations pendant l'année sept cent quarante-un (2). Ses légats étoient chargés de grands présents , entre autres des clefs du sépulcre de saint Pierre , avec de ses chaînes , et ils venoient demander du secours contre les Lombards, à condition que, s'il l'accordoit, le pape se retireroit de l'obéissance de l'empereur qui ne secouroit point l'Ilalie, et donneroit le consulat de Rome à Charles.On n avoit jamais ouï-parler en France d'une pareille légation venue de Rome. Il reste deux lettres du pape Grégoire III, écrites à cette occasion", dont la prennent porte en substance (3) : Nous sommes dans une extrême affliction, voyant que le peu qui nous restoit 1 année passée, pour la nourriture des pauvres et le luminaire des églises , est maintenant (onsumé par les violences de Luitprand et dllildebrand, rois des Lombards. C'est que, J^uitprand étant tombé malade , les Lombards crurent qu'il alloit mourir, et reconnurent pour roi son neveu Hildebrand , qui régna depuis avec lui (4). La lettre continue: Ils ont détruit toutes les métairies de Saint-Pierre , et enlevé le bétail qui y restoit.

Quoique nous ayons eu recours à vous , il ne nous en est venu jusqu'à présent aucune

(1) Vila per Villib. 9, n. (3) Oth. lib. i, c 32. Ep. 28. 7. Greg. lom. 6, Conc. p.

(2) Vid. toin.3,Act.SS. U74.

Ben. p. 347.

(1) Paul. IV, Hist. c. 55.

Anast. in Zacba.

(2) Fredeg. Conlin. 3, c.

100, et 161. Kevin.

(3) Ep. 5,Gr. t.6,Conc.

(4) Paul. V, Hist. c. 55.

consolation. Nous voyons que vous ajoutez plus de foi aux faux rapports de ces rois qu'à la vérité que nous disons , et nous craignons que votre conscience n'en soit chargée ; car ils nous insultent et disent : Tous avez eu recours à Charles , qu'il vienne maintenant avec l'armée des François , et qu'il vous tire de nos mains. Oh! quelle douleur nous perce le cœur à ces reproches , voyant des enfants si puissants ne faire aucun effort pour défendre leur mère spirituelle, la sainte Eglise de Dieu, et son peuple particulier. Mon cher flls , le prince des apôtres pourroit bien défendre sa maison et son peuple , et se venger de ses ennemis ; mais il éprouve le cœur de ses fldèles enfants. IVe croyez pas les rois des Lombards , quand ils vous disent que le duc de Spolette et le duc de Bénévent sont coupables. Ce sont tous mensonges. Le seul crime , pour lequel ils persécutent ces ducs , est de n'avoir pas voulu l'année passée nous attaquer de leur côté , comme ont fait les rois au préjudice de leur traité ; car, au reste, ils étoient prêts de leur obéir. Pour vous assurer de la vérité , envoyez ici quelque personne fidèle , qui voie de ses yeux la persécution que nous souffrons , le mépris de l'Eglise , le pillage de ses biens, les larmes de ses pèlerins. Il finit en conjurant Charles, par le jugement de Dieu , et dans les termes les plus pressants , de ne pas préférer l'amitié du roi des Lombards à celle du prince des apôtres. Il ajoute enfin : Le porteur de ces lettres, Anchard , votre fidèle serviteur, vous dira de vive voix ce qu'il a vu de ses yeux , et que nous lui avons enjoint. C'étoit apparemment l'offre d'abandonner l'empereur, et de se soumettre à Charles, dont la lettre ne parle point.

Comme elle n'eut point d'effet , le pape Grégoire écrivit encore une lettre pour presser Charles, où il dit en parlant des Lombards (1): Ils ont ôté tout ce qui étoit destiné au luminaire de Saint-Pierre , et ce qui a été offert par vos parents et par vous. L'église de Saint- Pierre est dépouillée et désolée. On voit parlà que les princes françois avoient fait dès lors à l'église romaine des offrandes considérables , et on voit aussi qu'il n'étoit pas question de lui conserver des principautés et des seigneuries, mais seulement des patrimoines et des domaines utiles pour l'entretien des pauvres et du luminaire.

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