XLVII. Cadaloiis, antipape
Le royaume d'Italie étoit gouverné par Guibert de Parme , homme noble , que l'impératrice en avoit fait chancelier (2). Il excita les évéques de Lombardie, la plupart simoniaques et concubinaires, qui s'assemblèrent avec une grande multitude de clercs, infectés des mêmes vices, et conclurent à ne point recevoir de pape d'ailleurs que du paradis d'Italie, c'est ainsi qu'ils nommoient la Lombardie, et qu'il falloit un homme qui eut de la condescendance pour leurs foibless(^s. Cette résolution étant prise , quelques-uns d'entre eux passèrent les monts, portant une couronne pour le jeune roi, et représentèrent à l'impé-
ratrice, sa mère, qu'il devoit avoir la dignité de patrice aussi bien que l'empereur son père. Ils la prièrent en même temps de faire élire un pape, assurant queNicolas II avoit ordonné que désormais on ne reconnoîtroit pour pane que celui qui avoit été élu par les cardinaux , et dont 1 élection avoit été confirmée par le consentement du roi.
Ces députés étant arrivés à la cour, on tint une assemblée ou diète générale à Bàle en laquelle se trouvèrent les évéques d'Italie c'esta-dire de Lombardie, et le roi y fut couronné
(le nouveau et nommé patrice des Romains. Mais quand on eut appris qu'Anselme de Lucques avoit ete élu pape et couronné sans attendre le consentement de l'empereur, l'impératrice et son conseil le prirent à injure : et, regardant cette élection comme nulle, ils firent élire Cadalus ou Cadalous , évêque de Parme, sous le nom d'Honorius II. Cette élection se fit le jour de Saint-Simon et Saint-Jude, vingt-huitième d octobre, par les deux evêques de Verceil et de Plaisance, concubinaires publics.
Cadalous étoit lui-même concubinaire et simoniaque, comme lui reproche Pierre Damien dans une lettre qu'il lui écrivit quelque temps après (1). Il dit d'abord que l'église romaine lui a souvent pardonné, quoiqu'il ait été condamne en trois conciles, de Pavie,de Mantoue et de Florence. Comment donc . continue-t-il avez-vous souiTert d'être élu évêque de Rome a 1 insu de l'église romaine, pour ne rien dire du sénat, du clergé inférieur et du peuple.» Et que vous semble des évéques cardinaux , qui sont les principaux électeurs du pape, et ont d'autres prérogatives qui les mettent audessus, non-seulement des évéques, mais des patriarches et des primats? Il marque ensuite
Cl) Malmcsb. Ponlif. lib.
irr, p. 271.
Ci; VllaS.Vulst.Sa?c.6.
Ben. par. 2, p. Si?. Roger.
Annal, p. ii5.
(3) Sup. n 39.
(1) Chr. Gass. lib. m, c. Dam. Opusc. iv. *t. Conlin. Hornian. an. (2) Gesta Ponlif. ap. 1001. Discept. Synod. Pctr. Baron, an. 1061, 1062.
en second lieu, le clergé doit donner son consentement, ensuite le peuple; puis on doit tenir l'alTaire en suspens, jusqu'à ce que l'on consultele roi : si ce n'est , comme il vient d'arriver, qu'il y ait quelque danger qui oblige à presser la chose.
Venant ensuite aux crimes de Cadalous, il dit : Jusqu'ici on ne parloit que dans une petite ville du trafic criminel que vous faisiez des prébendes et des églises, et d'autres actions bien plus infâmes que j'ai honte de dire , maintenant tout le monde en parle dans toute l'étendue du royaume. Si je vous les reprochois , comme vous ne pourriez nier ce que vous avez commis à la face du ciel et de la terre, vous ne manqueriez pas de promettre de vous en corriger , comme font tous ceux qui désirent des dignités et sentent des remords pour leur vie passée. Mais l'élévation les expose à de plus grands périls de pécher. Pierre
(1) Lib. I, Ep. 20.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An de J.-C. 1062.
Damien conclut celle déclama lion par une menace en vers lalins, donl le dernier peul élre ainsi rendu : Je ne lelrompepoint, tu mourras dans l'année. Mais l'événement ne conflrma pas celle prophétie.
Cependant, Cadaloiis, ayant amassé beaucoup d'argent et de troupes , vint se présenter devant Rome à l'improviste le quatorzième d'avril l'an mil soixante-deux (1). H y avoit gagné beaucoup de gens par ses largesses, entre autres les capitaines de la ville. 11 campa dans les prés de Néron, prés le Vatican, et eut de l'avantage au premier combat, où quantité do Romains furent tués ; mais Godel'roy , duc de Toscane, étant arrivé peu de temps après, Cadaloiis se trouva tellement pressé, qu'il ne put sauver même sa personne qu'à force de prières et de présents. 11 retourna donc à Parme, sans toutefois abandonner son entreprise. Alors Pierre Damien lui écrivit une seconde lettre , où il lui reproche qu'il ruine son église pour en usurper une étrangère, qu il met sa confiance en ses trésors, et qu'il fait périr par le fer les Romains donl il prétend être le père (2).