‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1392 sur 2407 · LVIII. Saint Gothescalc, prince dos Sciaves · texte numérisé non relu

LVIII. Saint Gothescalc, prince dos Sciaves

La religion chrétienne prospéroit aussi chez les Sciaves au delà de 1 Elbe. Gothescalc, gendre du roi de Danemarck, s'étoit rendu puissant comme un roi, et c'étoit un prince très-religieux et grand ami de l'archevêque Adalbert. H étoit lils d'Lton, un des princes des Sciaves, dont les frères étoient païens et lui mauvais chrétien ; aussi fut -il tué pour sa cruauté par unSaxon lransfuge(3). Son fils Cruthescalc étoit dans le monastère de Lumbourg, où il faisoit ses études; mais, ayant appris la mort de son père, il entra en telle fureur, qu'il renonça aux études et à la religion chrétienne, pa*sa l'Elbe, et se jeta chez les Vinules païens, avec le secours desquels il fit la guerre aux chrétiens, et tua plusieurs milliers de Saxons pour

venger son père. Bernard , duc de Saxe, le prit comme un ( hef de voleurs, et le mit en prison ; mais, voyant que c'étoit un brave homme, il fil alliance avec lui et le renvoya. Gothescalc alla trouver le roi Canut, passa avec lui en Angleterre, et y demeura long-temps. Il étoit rentré dans le sein de l'Eglise, et le roi Canut lui donna sa fille en mariage.

Etant retourné d'Angleterre, il étoit irrité contre les Sciaves, qui l'a voient dépouille des biens de son père , et obligé à se retirer en pays étranger; ainsi il leur faisoit la guerre et etoit la terreur des païens (1). Mais après qu'il fut rentré dans ses biens , il voulut faire des conquêtes pour Dieu, et ranjener sa nation au christianisme, qu'elle avoit autrefois reçu et oublié d(»puis. Il venoit souvent à Hambourg accomplir des vœux. Son zèle étoit grand pour la propagation de la foi ; il avoit résolu de contramdre tous les païens à l'embrasser, et il avoit déjà converti le tiers de ceux qui , sous son aïeul Mistivoï, étoient retombi's dans le paganisme. Sous son règne tous les peuples des Sciaves, appartenant à la province de Hambourg, étoient chrétiens, et on en comptoit jusqu'à sept, entre lesquels étoient les Obodrites. Les provinces étoient pleines d'églises, et les églises de prêtres, qui exercoient librementleurs fonctions. Le prince Gothescalc, oubliant sa dignité, parloit souvent lui-même dans l'eglise pour expliquer au peuple plus clairement en sclavon ce que disoienl les évêques et les prêtres.

Le nombre étoit infini de ceux qui se convertissoient tous les jours : on fondoit dans toutes les villes des couvents de chanoines , de moines et de religieuses ; et il y en avoit trois à IMeckemlbourg, capitale des Obodrites. L'ar-

(1) Helni. I. i,c. 20.

chevêque Adalbert, ravi de cet accroissement de 1 Eglise, envoya au prince des évêques et des prêtres, pour fortifier dans la foi ces nou\eauxchréliens. Il ordonna évêque à Al-

dinbourglemoineEizon,à]MecklembourgJean, Ecossois, à Ratzebourg Ariston , venu de Jérusalem, et d'autres ailleurs. De plus, il invita Gothescalc à venir à Hambourg, où il l'exhorta fortement à conduire jusqu'à la fin ses travaux pour Jésus-Christ , lui promettant

que la victoire l'accompagneroit partout ; et que quand même il souffriroit quelque adversité pour une si bonne cause, il n'en seroit pas moins heureux . L'archevêque exhorloi t de même le roi de Danemarck, qui venoit souvent le trouver sur la rivière d'Eider. Ce prince l'écouloit avec attention et avec profit, excepté sur larticle des excès de bouche et des femmes, dont il ne se corrigea point. Enfin, on auroit pu dès lors convertir tous les Sciaves, sans l'avarice des seigneurs saxons, gouverneurs delà frontière, qui ne songeoienl qu'à en tirer des tributs (1). L'archevêque Adalbert eut toujours grand soin de ses missions du Nord , même depuis qu'il se relâcha de l'application à ses autres devoirs , par l'accablement des affaires temporelles auxquelles il se livra jusqu'à l'excès (2). Il étoit si affable et si libéral envers les étrangers, qu'ils accouroient à Brème de toutes parts; et cette ville, quoique petite, étoit comme la Rome du INord. Il y venoit des députés d Islande, de Grounlandes, desOrcades, demander à l'archevêque des missionnaires, et il leur en envoyoit. L'évêque des Danois étant mort , le roi Sucin divisa son diocèse en quatre, et l'archevêque mit un évêque en chacun. II envoya aussi des ouvriers en Suède, en JNorwé^e et aux îles.

(1) Adara, c. 13, 20.

(2j Ëpist. 4.

(3) C.2!.Boli. 7jun. to.

20, p. 40. Adam. Iijb.ii,c48,

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[An de J.-C. 1003

AndoJ.-C 1003] LIVRE SOIXANTE-UNIÈME.

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