VI. Sup. I
un homme d'un tel crime avant qu'il en soit convaincu? Le concile que l'on tient tous les ans à Rome est proche, c'est là que doit s'adresser quiconque croit avoir un juste sujet de plainte contre son évck}ue.
Je m'adresse maintenant à mes frères les moines , que je n'ignore pas être les auteurs de celte querelle. Ils disent quede tels évéques ne peuvent ni consacrer le saint-chrérae , ni dédier des églises, ni ordonner des clercs, ni célébrer la messe; et ils le soutiennent avec une telle impudence , qu'en trois paroisses ils ont obligé à baptiser les catéchumènes sans onction du saint-chréme. Cependant aucune hérésie, que je sache, n'a jamais eu la hardiesse de sépar(T le chrême du baptême. Que si on emprunte le chrême d'une autre église, comme fait un prêtre de leur parti , c'est un sacrilège et un adultère spirituel. Et ensuite, parlant toujours des mêmes moines (1) : On dit que plus de mille personnes, trompées par leurs vains discours, sont mortes sans recevoir le corps et le sang de Notre Seigneur. Il y a plusieurs églises dans lesquelles ils ne veulent pas entrer , ni même les saluer , les croyant consacrées par des évêques indignes.
Celui qui avoit le plus d'autorité sur ces moines et sur Jean Gualbert lui-même, étoit un reclus, nomme Theuzon, qui passa cinquante ans enfermé prés le monastère de Sainte-Marie à Florence, d'où il donnoit des conseils salutaires à ceux qui le venoient trouver (2). Il avoit un grand zèle contre la simonie , et ce fut par son conseil que Jean Gualbert alla crier, en place publique , que l'é^ êque étoit manifestement simoniaque, ne crai rnant point d'expostT sa vie pour l'utilité de l'i^lglise. L'évéque Pierre, voyant une grande partie de son clergé et de son peuple animée contre lui , crut les intimider en faisant tuer les moines qui éloient les auteurs de la sédition. Pour cet effet il envoya de nuit une multitude de gens à pied et à cheval, avec ordre de brûler le wonastère de Saint-Salvi , et faire main basse sur les moines. Ce monastère, situé près de Florence, étoit sous la conduite de Jeap Gualbert, et l'évéque croyoit qu'on l'y trouveroit , mais il en étoit sorti la veille.
(2j \ ita Jo. Gualb. c y
Les gens de l'évt'que étant entrés dans l'église où les moines célébroient les nocturnes , se jetèrent sur eux l'épéeà la main. L'un reçut uncoupau front, qui entroit jusqu'au cerveau; un autre eut le nez abattu avec la mâchoire supérieure qui lui tomba sur la barbe; d'autres reçurent des coups dans le corps. Ces meurtriers renversèrent les autels, pillèrent tout ce qu'ils trouvèrent, et mirent le feu aux logements. Enfin , trouvant le reste des moines quiétoient encore dans l'église sans se défendre, ni rompre autrement le silence qu'en (hantant les sept psaumes avec les litanies ils se contentèrent de les dépouiller. Mais cette violence ne fit que rendre l'évéque plus odieux , et grossir beaucoup le parti des moines. Dés le lendemain , quantité de Florentins de l'un et de l'autre sexe vinrent à Saint-Salvi apporter chacun selon son pouvoir ce qui étoit nécessaire aux moines. Ils s eslimoient heureux d'en voir quelqu'un, ou de recueillir de leur sang et le garder pour relique. Jean Gualbert, qui étoitalors à Vallombreuse, ayant appris celte nouvelle, revint promptement à Saint-Salvi, par le désir du martyre. Il félicita l'abbé et les moines de ce qu'ils avoient souffert, et ils allèrent hardiment à Rome accuser l'evôque dans le concile qui s'y tint en mil soixante-trois.