Lambert, an
manquoient de vivres. Comme leurs forces étoient épuisées , un des prêtres qui étoient entre eux s'écria qu'ils avoient tort de tenter Dieu et de se confier en leurs armes ; que, puisqu'il avoit permis qu'ils fussent réduits à cette extrémité, il falloit se rendre, d'autant plus que les Arabes n'en vouloient pas à leur vie , mais a leur argent. Ce conseil fut approuvé, et aussitôt ils demandèrent par interprète à capituler.
Le chef des Arabes s'avança avec dix-sept des principaux, et entra dans l'enclos qui servoit de camp aux chrétiens, laissant à la porte son fils jx)ur empêcher les autres d'y entrer. Quand il fut monté à la chambre où l'archevêque de Mayence et l'évêque de Bamberg étoient enfermés, l'évêque le pria de prendre tout ce qu'ils avoient et les laisser aller. Le barbare, fier de sa victoire et irrité de leur résistance , dit que ce n'étoit pas à eux à lui faire la loi , et qu'après leur avoir tout ùté il prétendoit encore manger leur chair et boire leur sang; et aussitôt, dénouant son turban, il le mit autour du cou de l'évêque. Le prélat, qui étoit grave, quoique jeune et vigoureux, ne put souffrir cette indignité, et lui donna un si grand coup de poing dans le visage , qu'il le jeta sur le carreau, criant qu il falloit commencer par le punir de son impiété d'avoir mis sa main profane sur un prêtre de Jésus-Christ. Les autres chrétiens vinrent au secours, prirent ce chef et ceux qui l'avoient accompagné, et leur lièrent les mains derrière le dos si serrées que le sang sortoit par les ongles. Le combat recommença avec plus de violence que devant; mais les chrétiens, pour arrêter l'effort des Arabes, leur présentoient leurs chefs liés, avec un homme l'épée à la main , prêt à leur couper la tête.
En cette extrémité, les chrétiens apprirent qu'il leur venoit du secours; car quelques-uns d entre eux s'étoient sauvés à Kamla après le premier combat du vendredi, et, sur leur avis, le gouverneur de la phue vint avec des troupes nombreuses pour délivrer les chrétiens, lis furent extrêmement surpris que des infidèles les secourussent contre d'autres infidèles ; mais c'étoient apparemm(»nt des Turcs qui, depuis peu , s'étoient rendus maîtres du pays. Sitôt que les Arabes apprirent qu ils luarchoient contre eux, ils quittèrent les chrétiens, et ne songèrent qu'à se sauver eux-mêmes en fuyant chacun de leur côté. Le gouverneur de Ramla arriva, et, s'élant fait représenter les Arabes prisonniers, il fit aux chrétiens de grands remercîments d'avoir si bien combattu contre ces voleurs qui ravageoient impunément le pays depuis plusieurs années, et les fit garder pour les mener au roi, son maître; ensuite, ayant reçu des chrétiens l'argent dont ils étoient convenus , il les mena chez lui , et leur donna une escorte pour les conduire jusqu'à Jérusalem.
Ils y furent reçus par le patriarche Sophro-
ne, qui étoit un vieillard vénérable (1), et conduits en procession à l'église du Saint-Sépulcre, au bruit'des cymbales et avec un grand luminaire, accompagnés des Syriens et des Latins. On les mena à tous les autres lieux saints de la ville; ils virent avec douleur les églises que le calife Falimitc Haquem avoit ruinées, et ils donnèrent des sommes considérables pour les établir (2). Ils auroient bien voulu voir le r(Ste de la terre sainte et se baigner dans le Jourdain, mais les voleurs arabes tenoient tous les chemins, et ne permettoient pas de s'éloigner de Jérusalem. Les pèlerins s'embarquèrent donc sur une flotte de vaisseaux génois qui étoient arrivés au printemps, et qui , après avoir débité leurs marchandises dans les villes maritimes, avoient aussi visité les saints lieux. Ils abordèrent à Brindes, s'arrêtèrent à Rome pour visiter les églises , puis retournèrent chacun chez eux.
Quelques-uns passèrent par la Hongrie, entre autres Gunther, évcHjue de Bamberg, qui y mourut la même année mil soixante-cinq, et Altman, chapelain de l'empereur, qui y reçut la nouvelle de son élection à l'évêché de Passau. Altman étoit né en Saxe, de parents nobles, et, après avoir étudié les arts libéraux, la philosophie et la théologie, il fut chanoine de l'église de Paderborn, et choisi pour en gouverner les écoles, comme il fit pendant plusieurs années. Sa réputation l'ayant fait connoître à la cour, il fut prévôt du chapitre d'Aix-la-Chapelle, et servit dans le palais près de l'empereur Henri le noir; après la mort de ce prince, il ne servit pas moins utilement l'impératrice Agnès, sa veuve, dans les troubles qui agitèrent l'Allemagne (3). Depuis qu'il fui parti pour le pèlerinage de la terre sainte, Egelbert, évéque de Passau, mourut, et l'impératrice Agnès, du consentement des grands, nomma Altman pour lui succéder; le clergé et le peuple y applaudirent, et ce choix fut généralement approuvé. On envoya donc au devant de lui, jusqu'en Hongrie, des personnes considérables lui porter l'anneau et le bâton pastoral, et, peu de temps après, il fut sacré par Gébehard, archevêque de Saltzbourg , son ancien ami.