XIV. Hérésie des incestueux
En Italie, il s'éleva une dispute dont Pierre Damien raconte ainsi l'origine, écrivant à Jean , évéque de Césène , et à l'archidiacre de Ra venue : J'ai été, dit-il, à Ravenne depuis peu, comme vous savez, et l'ai trouvé troublée par une erreur dangereuse. Il y avoit une grande dispute sur les degrés de parenté , et les savants de la ville, étant assemblés, avoient répondu, aux Florentins qui les consultoient , que la septième génération marquée par les canons devoit s'entendre ainsi ; qu'après avoir compté quatre degrés d'un côté et trois d'un autre, on pouvoit contracter un mariage légitime. Pour établir cette mauvaise proposition, ils alléguoient ce passage des instituts de Justinien (3) : On ne peut épouser la petitefille de son frère ou de sa sœur, quoiqu'elle soit au quatrième degré ; sur quoi ils raisonnoient ainsi : Si la petite-fille de mon frère est à mon égard au quatrième degré , il s'ensuit que mon fils est pour elle au cinquième, mon petit-fils au sixième, et mon arrière-petit-fils au septième. Je leur répondis sur-le-champ comme je pus, et j'écrasai, pour ainsi dire,
(r Elmac. lib. in, c. 7, (2) Sup. I. lv, n. 13.
p. 267. Bibl. Orient, p. 800, (3) Inst. lib. l, lit. 10, de
p. 1027. Ced. p. 768, A. Nupt. J 3. Elraac p. 271.
HISTOIRE DU CHRISTIAUISME.
cette nouvelle hérésie par Tautorité des canons ; mais, puisque vous voulez que je rédige par écrit ce que je dis alors, afin qu il soit utile à tous ceux qui sont dans cette erreur, je vous obéirai en ceci comme en tout le reste.
Pierre Damien, entrant en preuve, met d'abord pour principe , que l'on appelle parents ceux que les lois séculières reconnoissent pour tels et admettent aux successions , et allèf,'ue sur ce point une fausse décrétale du pape Calliste. D'où il conclut que, puisque l'on admet à la succession ceux qui sont au septième degré, on ne doit pas leur permettre de se marier ensemble. Il allègue l'arbre généalogique que l'on inséroit dans les canons , et où l'on mettoit six degrés de chaque côté ; ce qui seroit inutile , si pour faire sept degrés il sufTisoit d'en compter quatre d'un côté et trois de l'autre. Il cite un concile de Meaux, qui ne se trouve que dans les citations de Burchard et des autres compilateurs , et qui porte expressément que Ton doit observer la parenté jusqu'à la septième génération (1).
Quant à l'objection des jurisconsultes, Pierre Damien soutient que la manière de compter les degrés de parenté selon les lois civiles est différente de celle des canons, qui mettent en même degré tous ceux qui sont également distants de la souihe commune, en quelque nombre qu'ils soient; au lieu que les lois comptent autant de degrésqu'ily a de personnes engendrées, remontant toujoursà la souche commune. Il pré tend établir la supputation canonique sur la manière de compter les générations dans l'Ecriture, mais il montre fort bien la différence del'uneet de l'autre par l'autorité de saint Grégoire , qui lui étoit objectée. Car saint Grégoire déclare nuls les mariages des cousins germains (2); et toutefois il leimetaux Anglois les mariages au quatrième degré : il ne s'accorde donc pas avec les lois civiles , qui mettent au quatrième degré les cousins germains. Quand les personnes qui veulent se marier sont en degrés inégaux, comme Tune au sixième, l'autre au septième , Pierre Damien croit que le degré le plus proche doit l'emporter , et empêcher le mariage (3). Ce qu'il remet toutefois à la décision du saint-siège.
Le pape Alexandre II fut bientôt informé de cette dispute, et fit examiner la question dans un concile tenu à Rome au palais deLatran, auquel, outre lésé véques etlesclercs, ilappelades juges de diverses provinces (4) . Aprésa voir long temps examiné les lois et les canons, on trouva que leur différente manièrede compter les degrés de parenté venoit de leurs différents objets. Les lois n'ont fait mention de ces degrés qu'à cause des successions, les canons à cause des mariages. Ainsi, parceque la succession passe d'une
[Ao de J.-C. 1065.
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(1) C. 1,4. Burch. v:i,c.