‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1413 sur 2407 · XVI. Impunité des évêques · texte numérisé non relu

XVI. Impunité des évêques

Dans la même lettre, il se plaint d'un autre abus ; c'est que les évêques prétendoienl qu'il n étoit point permis à leurs inférieurs de les accuser. Quelle est dit-il , cette arrogance et ce faste, qu'un évoque puisse vivre bien ou mal à sa fantaisie , et qu'il ne puisse souffrir que ses inférieurs lui reprochent ses excès .^ vu principalement qu'ils ne s adressent pas aux tribunaux séculiers, oii ces maux pourroient tourner en dérision , mais aux tribunaux ecclésiastiques, où on y remédie avec la gravité épiscopale. 11 est raisonnable que l'évêque attaqué rende raison de son innocence, ou s'avoue humblement coupable. Saint Pierre ne trouva point mauvais qu'on lui demandât pourquoi il étoit entré chez le centenier Corneille, et rendit humblement compte de sa conduite (2). Il souffrit de même la réprimande que saint Paul lui fit en face. Que si l'évêque qui pèche dans l'église ne veut pas y être jugé , qui voudra désormais se soumettre aux lois de l'Eglise ? S'il n'est pas permis aux enfants de votre église d'ouvrir la bouche contre vous, ira-t-on chercher des témoins au dehors, qui n'ayant point vécu avec vous ne savent point vos actions? Qu'on bannisse donc de TEglise cette pernicieuse coutume ; qu'on donne accès aux justes plaintes, qu'une église opprimée par son évoque porte plainte à son supérieur, afin que l'arrof^ance des prélats soit réprimée par la craint*; du jugement des conciles.

Le christianisme avoit fait de grands progrès chez les Sclaves , qui habiloient au delà de l'Elbe, dans la partie septentrionale de la Saxe ; leur prince, Gothescalc , en avoit converti une grande partie; mais l'an mil soixante-cinq il fut tué par les païens qu'il vouloit encore convertir (1). Il souffrit le martyre le septième de juin, dans la ville nommée alors Léontia, et depuis Lenzin ou Lenlz. Avec lui souffrit le prêtre Ippon, qui fut tué sur l'autel ; et plusieurs autres , tant laïques que clercs, souffrirent divers supplices pour Jésus-Christ. Le moine Ansuer et plusieurs autres furent lapidés à Racisbourg le quinzième de juillet. Et , comme Ansuer craignoit que le courage ne manquât à ses compagnons , il pria les païens de les lapider avant lui, et, s'étant mis à genoux , pria pour ses persécuteurs.

On gardoil cependant à Méclembourg Jean , évêqueécossois, qui étoit venu en Saxe huit ans auparavant , en mil cinquante-sept, et y avoit été reçu humainement par l'archevêque Adalbert(2). Ce prélat l'envoya peu après chez les Sclaves, près le prince Gothescalc ; et, dans le séjour qu'il y fil, il baptisa plusieurs milliers de païens. L'évêque Jean, qui étoit un Ténérable vieillard , fut premièrement frappé à coups de bâton, puis mené par dérision dans toutes les villes des Sclaves; et, comme il demeuroit ferme à confesser Jésus-Christ , on lui coupa les pieds et les mains , et enfin la tête. On jeta son corps dans la rue , les païens portèrent sa tête au bout d'une pique en signe de victoire, et l'immolèrent à leur dieu Rédigast. Cela se passa le dixième de novembre à Rèlhre, métropole des Sclaves.

La veuve du prince Gothescalc , fille du roi de Danemarck , ayant été trouvée à Méclembourg avec d'autres femmes, fui long-temps battue toute nue. Les païens ravagèrent par le fer et par le feu toute la province de Hambourg, ruinèrent la ville de fond en comble, et tronquèrent les croix en dérision du sauveur. Ils détruisirent de même Slesvic, ville très-riche et très-peuplée. On disoit que l'auteur de celte persécution étoit Plusson , qui avoit épousé la sœur de Gothescalc, et qui, étant retourné chez lui, fut aussi tué. Enfin les Sclaves, par une conspiration générale, retournèrent au paganisme , et tuèrent tous ceux qui demeurèrent chrétiens. C'est la troisième apostasie de cette nation, car elle fut convertie à la foi, pre-

mièrementparCharlemagne,ensuileparOlhon, la troisième fois par Gothescalc.

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