‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1421 sur 2407 · XXIV. Saint Thibaut de Provins · texte numérisé non relu

XXIV. Saint Thibaut de Provins

Cette année même, mourut, près de Vicence en Lombardie, saint Thibaut, fameux solitaire. Il étoit François , né à Provins , au diocèse de Sens , de parents très-nobles et trèsriches, de la famille des comtes de Champagne entre lesquels Thibaut III, qui règnoit alors le tint sur les fonts (1). Le jeune homme eut toujours grande inclination pour la vie érémitique , et alla trouver secrètement un ermite nommé Bouchard, qui demeuroit dans une île de la Seine. Par son conseil , il partit avec un de ses chevaliers, nommé Gautier, et chacun un écuyer IlsallèrentàReims,oùilsse k,,^ dérobèrent à leurs gens, passèrent à pied au u.in delà: et. avant rhnn<rô imirc hnhîic o,r«« a^ J"'^-

delà; et, ayant changé leurs habits avec de pauvres pèlerins, ils entrèrent en Allemagne. Ils y vécurent long-temps dans une extrême pauvreté, subsistant du travail de leurs mains sans dédaigner les travaux les plus vils, comme de faucher les foins, porter des pierres , curer des ètables, et surtout de faire du charbon. Un jour entre autres , s'étant loués tous deux pour arracher les herbes dans des vignes Thibaut, que sa délicatesse empêchoit d'avancer autant que les autres, fut cruellement maltraité par Tinspocteur de l'ouvrage; et Gautier ne put lui faire entendre raison, parce qu'ils ne savoient pas la langue l'un de l'autre. Ayant amassé quelque peu d'argent par leur travail, ils allèrent nu-pieds en pèlerinage à ^ami-Jacques en Galice, et revinrei t en Allemagne. Cependant Thibaut pria son compagnon de chercher quelque pauvre clerc qui lui apprit à lire, parce que c'ètoit un moyen de nneux savoir et mieux pratiquer les commandements de Dieu. Gautier trouva un maître qui lui enseigna les sept psaumes de la pèni- Içnce ; mais Thibaut n'avoit point de psautier, ni de quoi en acheter. Gautier persuada au maître d aller à Provins trouver Arnould père de Thibaut, et lui demander un psauher pour son (ils. Le maître partit chargé d'un pain, que Thibaut envoyoit à ses parents, n ayant point d'autre présent à leur faire, encore le lui avoit-on donné par charité. Arnould etGuille, sa femme, apprenant la sainte vie de leur fils , en rendirent grâce à Dieu , ''cçiirenl le pain comme un grand présent, et en firent manger à plusieurs malades de diverses fièvres, qui furent tous guéris.

Arnould, qui désiroil ardemment de voir ce

et le fit attendre hors 'drir^ïne , s^us un u^n^UT '^''"''"/ «^oit accoutumé de veni? lire. 11 1 y mena lui-même , sous prétexte de voir le proOt qu'il avoit fait'dans û leclure en son absence; mais, quand il vit son père, il dit : \ous m avez trahi , et retourna promptemenf. Arnould le suivit fondant en larmes

^hJn"'-. =• ^°"'J"°' "^ fuyez-vous, mon vnL K ^î ^^y^a^ pas vous détourner de >otre bon dessein ; je ne veux que vous voir et vous parler une fois, et porte? de vos nouvelles a votre mère affligée. Thibaut répondit • Seigneur ( car depuis qu'il l'eut quitté il né e nomma plus son père ), ne troublez point mon repos; allez en paix, et me permrt ez d avoir la paix en Jésus- Christ. Son pére lui dit : Mon Ois, vous manquez de tout, nous avons de grands biens , recevez quelque chose au moins pour vous souvenir de nous. Il repondit : Je ne puis rien prendre après avoir tout quitté pour Dieu, et se retira. Gautier dit au père que son fils n'avoit besoin que d un psautier, et il le donna avec

(I) Vita Sax. o, Bcned. part, i, p. 158. ToMi! IV.

Pour éviter à l'avenir de pareilles visites Thibaut son alla à Rome, dans le dessein de laire encore un plus long voyage. En effet an retour de Home, il pritle chemin de Venise voulant aller à Jérusalem. Mais Gautier ne pouvant plus à cause de son âge supporter tant de fatigues, ils s'arrêtèrent présTvIT ceiice, en un lieu nommé Salanique, par la permission de^ propriétaires ; et. y ayant bâti une petite cabane, ils y finirent leurs jours

traite, et Gautier en vécut encore deux dans cette solitude ; mais Thibaut lui survécut de sept ans. 11 ne se nourrit pendant longtemps que de pain d'orge et d'eau, et en vint enfin a ne vivre que de fruits , d'herbes et de racines, sans boire. Il porloit toujours un cilice: Il sedonnoit souvent la discipline avec un fouet de plusieurs lanières de cuir et nt dormoit qu'assis. L'évéque de Vicence, touché de son mente, l'ordonna prêtre après l'avoir fait passer par tous les degrés ecclésiastiques, et la dernière année de sa vie il reçut l'habit monastique. '

Arnould , apprenant la réputation de sainteté ou eloit son fils, résolut d'aller à Rome en pèlerinage pour le voir en passant, comme 11 lit; et a son retour il raconta à Guille sa femme, œ qu'il avoit vu (1). Elle voulut aissi voir son fils : Arnould retourna avec elle accompagné de beaucoup de noblesse , mais Gui le étant arrivée près de soncher fils ne voulut point e quitter, et se consacra a'v^ lui au service de Dieu dans la solitude. Enfi^ douze ans après que Thibaut eut qu iléTn pays , et neuf ans depuis qu'il se (Tr^rTà Salanique, il mourut saintement le premier

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

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jour de juillet mil soixante-six , et fut enterré à Vicence. Il a voit fait plusieurs miracles pendant sa vie , il s'en fit encore plusieurs à son tombeau, et l'Eglise honore sa mémoire le jour de sa mort.

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