‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1422 sur 2407 · XXV. Saint Arialde, martyr · texte numérisé non relu

XXV. Saint Arialde, martyr

La m^rtie année, et cinq jours auparavant, fut martyrisé saint Arialde , diacre de l'église de Milan. Il étoit d'une noblesse distinguée, frère d'un marquis , dignité rare en ces tempslà, et né entre iMilan et Côme. Dés l'année mil cinquante-six, il vinlàMilan, et y combattit dix ans contre les simoniaques et les clercs incontinents , particulièrement contre l'archevêque Guy. Au commencement du pontificat d'Alexandre II, il alla h Rome, et Herlembaud, son ami, l'y suivit (Ij.C'étoitun seigneur d'une grande piété, et zélé comme lui contre la simonie et l'incontinence des clercs. Il étoit depuis peu revenu de Jérusalem, et vouloit embrasser la vie monastique ; mais Arialde lui promit une plus grande récompense de la part de Dieu s'il différoit d'entrer dans un monastère pour s'opposer avec lui aux ennemis de Jésus-Christ. Herlembaud , voulant éprouver le conseil d' Arialde, prit des chemins détournés pout* aller à Rome , et consulta tous les serviteurs de Dieu, ermites ou moines qu'il trouva sur sa route. Tous lui dimnérenl le même conseil; et quand il fut arrivé à Rome, le pape Alexandre et les cardinaux lui commandèrent absolument de retourner à Milan , et de résister avec Arialde aux ennemis de lésus-Christ jusqu'à FelTusion de son sang. Ils lui donnèrent même de la part de saint Pierre un étendard qu'il de voit prendre en main pour réprimer la fureur des hérétiques quand il seroit besoin : ce qu'il fit constamment pendantdix-huit ans. Le même Herlembaud avoit une dévotion singulière à laver les pieds des pauvres ; et , pour s'humilier davantage après les avoir lavés , il se prosternoit et les meltoit sur sa tête. Arialde disoit de lui en soupirant : Hélas! hors Herlembaud et le clerc INazaire, je ne trouve presque personne qui , par une fausse discrétion, ne me conseille de me taire, et de laisser les simoniaques et les impudiques exercer en liberté les œuvres du démon.

11 y avoit donc dix ans qu'Arialde combaltoll contré eux , lorsque Guy , archevêque de Milan, le fit prendre en trahison, et mener en des déserts inaccessibles, au delà du lac Majeur. C'est le même archevêque qui avoit témoigné se convertir , quand Pierre Damien fut envoyé légat à Milan , en mil cinquanteneuf; mais, oubliant le serment qu'il fil alors, il étoit retombé dans les mêmes crimes , et ne pouvoit souffrir les reprocha qu'Arialde lui en faisoit (2). Ce saint homme ayant donc été

• ri) Viia ap. Baron, an (2) Sup lib. Lx, n.34. iOÔQ Id. an. 1061.

arrêté, la nièce de l'archevêque craignit que ceux mêmes qui l'avoient pris ne le cachassent et ne lui sauvassent la vie. C'est pourquoi elle envoya deux clercs pour le tuer. Sitôt qu'ils furent débarqués de sur le lac , ils demandèrent où étoit Arialde. Ceux qui l'avoient amené répondirent qu'il étoit mort. Les clercs répliquèrent : La nièce de l'archevêque nous a commandé de le voir vif ou mort; et, regardant plus loin, ils le virent lié et assis sur une pierre.

Ils se jetèrent sur lui l'épée à la main, et le prirent chacun par une oreille, en disant: Dis, pendard, notre maître est-il véritablement archevêque? Arialde répondit : Il ne l'est ni ne l'a jamais été, puisquil n'en a jamais fait les O'uvres. Alors ils lui coupèrent les deux oreilles. Il leva les yeux au ciel, et dit : Je vous rends grâce. Jésus, de m'avoir fait aujourd'hui 1 honneur de me mettre au nombre de vos martyrs. Ils lui demandèrent encore si Guy étoit véritablement archevêque? et il répondit encore que non. C'est pourquoi ils lui coupèrent le nez avec la lèvre d'en haut, puis ils lui arrachèrent l(»s deux yeux. Ensuite ils lui coupèrent la main droite, en disant : C'est cette main qui écrivoil l<»s lettres qu'on envoyoit à Rome. Ils le mutilèrent encore d'une manière plus honteuse par une cruelle dérision de la chasteté. Enfin, ils lui arrachèrent la langue par dessous le menton , en disant : Faisons taire cette langue qui a troublé le clergé. Il mourut ainsi entre leurs mains, le vingt-septième de juin mil soixante-six. Son corps, ayant été plusieurs fois découvert, fut jeté au fond du lac, et, au bout de dix mois, fut trouvé au bord sans corruption. Herlembaud le tira à main armée et le transféra à Milan ; et la sainteté d' Arialde fut attestée par plusieurs miracles.

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