‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1426 sur 2407 · LIVRE SOIXANTEUNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTEUNIÈME

nous est témoin que nous fiiisons ceci pour le salut de vos âmes , afin que désormais vous évitiez la simonie , dont presque tout le monde est infeclé, car vous devez sa\oir qu'elle est si abominable, que les autres crimes ne sont presque rien en comparaison.

Les deux bùchersétoient déjà réduits en charbon pour la plus grande partie, et le chemin d'entre deux en étoit couvert, en sorte qu'en y marchant on en auroiteu jusqu'aux talons, comme on vit depuis par expérience. Alors le moine Pierre, par ordre de l'abbé, prononça à haute voix cette oraison, qui tira les larmes de tous les assistants : Seigneur Jésus-Christ , je vous supplie que si Pierre de Pavie a usurpé par simonie le siège de Florence , vous me secouriez en ce terrible jugement, et me préserviez d(; toute atteinte de feu, comme vous avez autrefois conservé les trois enfants dans la fournaise. Apres que tous les assistants eurent dit Amen , il donna le baiser de paix à ses frères , et l'on denianda au peuple Combien voulez-vous qu'il demeure dans le feu ? Le peuple répondit : C'est assez qu'il passe gravement au milieu.

Le moine Pierre , faisant le signe de la croix, et portant une croix sur laquelle il arrêtoit sa vue sans regarder le feu, y entra gravement nu-pieds avec un visage gai. On le perdit de vue tant qu'il fut entre les deux bûchers; mais on le vit bientôt paroi tre de l'autre côté sain et sauf, sans que le feu eût fait la moindre impression sur lui (1). Le vent de la ll^mme agitoit ses cheveux , soulevoit son aibe, et faisoit flotter son étole et son manipule, mais rien ne brûla , pas même le poil de ses pieds. H raconta depuis que, comme il étoit prêt à sortir du feu, il s'aperçut que son manipule lui étoit tombé de la main, et retourna le prendre au milieu des flammes. Quand il fut sorti du feu , il voulut y rentrer, mais le peuple

I arrêta, lui baisant les pieds, et chacun s'estimoit heureux de baiser la moindre partie de ses habits. Le peuple s'empressoit tellement autour de lui , que les clercs eurent bien de la peine à l'en tirer ; tous chantoient à Dieu des louanges, répandant des larmes de joie ; on exaltoit saint Pierre, et on détestoit Simon le magicien.

Ce récit est tiré de la lettre que le clergé et le peuple de Florence en écrivit aussitôt au pape Alexandre , le suppliant de les délivrer des simoniaques (2). Le pape y eut égard, et déposa de l'épiscopat Pierre de Pavie , qui se soumit à ce jugement, et se convertit si bien qu'il se réconcilia avec les moines, et se rendit moine dans le même monastère de Septime.

II eut pour successeur un autre Pierre , que l'on nomme le catholique , pour le distinguer du simoniaque.

, (1) Desid.Cassiij. Dialog.

lib. III.

^2) liai, p. y 5.

Sœc. tora. 9,

Quant au moine Pierre , qui s'exposa au feu avec tant de foi, il étoit Florentin , de la famille des Aldobrandins. S'élant rendu moine à Vallombreuse , il y garda les vaches et les ânes par ordre de Jean Gualbert ; puis il fut prévôt de Passignan , monastère de la même congrégation. Après le miracle du feu, le comte Bulgare pria Jean Gualbert de le faire abbé de Ficicle, et l'obtint II fut ensuite cardinal et évéque d'Albane, et le nom de Pierre Ignée, en latin Jgiieus, lui demeura , comme on diroit Pierre du feu.

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