LIVRE SOIXAINTE-UNIEME
un
(1) Vita SS. Ann.
3i, ap. Sur. 4 déc.
(2> Guil. Malmcsb.fl. in, p. 102; tom. y, Gopc. p.
Ci) P. 1025, Epist. 8.
Gesla Guill. p. loo.
(4) Vila Lanfr. n. 12.
A l'octave de Pâques, ces légats présidèrent à un concile tenu à Winchester par(»rdre du roi et en sa présence, où Stigand , archevêque de Cantorbiry, fut déposé pour trois raisons (1), la première, d'avoir gardé Tévéché de M'mchester avec l'archevêché; la seconde, d'avoir usurpé le sié(:e de Cantorbéry du vivant de l'archevêque Robert, et s'être servi deson pallium ; la troisième, d'avoir reçu le pallium de la part de l'antipape Benoit, excommunié par l'église romaine, pour avoir envahi le saint-siège par simonie. Stigand étoit encore chargé de parjures et d'homicides. On déposa aussi quelques-uns de ses suffragants comme indignes, pour leur vie criminelle et l'ignorance de leurs devoirs; entre autres Angelmar, son frère, évoque d'Estangle, et quelques abbés (2). Car le roi ùtoit autant qu'il pouvoit les grandes places aux Anglois qui lui étoient suspects, afin d y mettre des Normands. C'est ainsi qu'en parlent les historiens anglois ; mais, selon les Aormands, il ne fit point déposer de prélats qui ne l'eussent mérité.
En ce con( ile, comme les autres évéques trembloient de peur de perdre leur dignité, saint Yulslan, évêque de Worchester, redemanda hardiment plusieurs terres de son église, que l'archevêque Aldred avoit retenues en sa puissance, quand il fut transféré du siège de Worchester à celui d'York, et qui, après sa mort étoient tombées au pouvoir du roi. Mais comme le siège d'York éioit vacant, on remit la décision de cette affaire jusqu'à ce qu'fl y eut un archevêque qui put défendre les droits de son église. Depuis que Stigand fut déposé de l'archevêché de Cantorbéry , le roi le tint en prison à W inchester le reste de ses jours (3). 11 y vivoit chétivement du peu qu'on lui donnoit aux dépens du roi , et , comme ses amis l'exhortoient à se mieux traiter, il juroit qu'il n'a voit pas un deni<T ; mais après sa mort on lui trouva de grands trésors enterrés , dont il portoit la clef à son cou
A la Pentecôte, le roi élant à W indsor, donna l'archevêché d'York à Thomas, chanoine d'Evreux, et l évêché de Winchester à Vauquelin, son chapelain. Le lendemain, il lit t 'nir un concile où présida le légat Ermenfioy , car les cardinaux Jean et Pierre étoient partis pour retourner à Rome (4). En ce concile, Algérie, évêque de Sussex, fut déposé, puis mis en prison. On déposa aussi plusieurs abbés , puis le roi donna à Arefaste l'évêché d'Estangle, et à Stigand celui de Sussex. Ils étoient l'un et l'autre ses chapelains ; et il donna des abbayes à quelques moines normands.
XXXV. I.anfranc, archevêque de Cantorbéry. Mais, pour remplir le siège de Cantorbéry,
Cl) Roger. Houcd. p.
453; loin, y, Conc. p. 1202.
(2) Sup. l. L.\, n. 27
(3) ÎMalmcsb.
I, p. ioô.
(4) Roger
Ponlif. 1,
la première place de l'église d'Angleterre, il choisit Liuifranc, qu il avoit fait abbé de Saint- Etienne de Caen (1). A près la inorldeMaurille, archevêque de Rouen, arrivée en mil soixantesept, le clergé et le peuple assembles avoient voulu élire i anfranc pour lui succéder ; mais il lit tant de résistance qu'il l'évita, ne se trouvant que trop chargé de l'abbaye qu'il auroit quittée s'il avoit pu le faire en conscience. J.e roi lit donc passer à l'archevêché de Rouen Jean, qu'il avoit déjà fait évêKjued'Avranches; mais, pour obtenir du pape cette translation, il envoya à Rome l'abbé Lanfranc , qui rapporta le pallium à l'archevêque Jean, et celui-ci tint le siège de Rouen douze ans.
Ce roi Guillaume étant résolu, par le conseil des seigneurs , à mettre Lanfranc sur le siège de Cantorbéry , envoya en JNormandie les légats Erm?nfroy, évêque de Sion, et Hubert, sous-diacre cardinal, qui assemblèrent un concile des évéques et des abbés de la province, où ils dtH:larèrent à Lanfranc la volonté du roi, qui étoit aussi la leur, et des autres prélats. Lanfranc en fut tellement affligé et troublé, qu'ils crurent qu'il refuseroit absolument. 11 représentoit sa foiblesse et son in(!ignité , qu'il n'entendoit point la langue du pays, qu'il auroit affaire à des nations barbares ; mais ces raisons ne furent point écoutées. Toutefois, comme il agissoit toujours avec discrétion , il demanda du temps pour délibérer. Mais le roi avoit si bien pris ses mesures, que tout le monde lui conseilla et le pressa d'accepter, même Hellouin, abbé du Rec, qu'il regardoit toujours comme son père. Ce n'estpasque ce saint homme n'eùt^Tand regret à perdre un ami si cher, et qui lui avoit été si utile pour l'établissement de son moiiastèn* ; mais il n'osoit s'opposer à la volonté de Dieu et à une vocation si manifeste.
Lanfranc, bien aflligé, résolut donc de passer en Angleterre pour (\\rc au roi ses excuses, ne croyant pas qu'on le pût forcer à re( evoir cette dignité. Le roi le reçut avec une grande joie et un grand respect, et vainquit enfin sa résistance. 11 appela les premiers de l'église de CimtorbcTy et grand nombre de prélats et de seigneurs du royaume, et déclara Lanfranc archevêque de Cantorbéry le jourdel'assomption de JNotre-Dame. 11 fut sacré dans son église métropolitaine, le dimanche vingt-neuvième du même mois d'août mil soixante-dix, jour de la décollation de saint Jean (2). 11 fut sacré, dis-je, par ses suffragants, Guillaume, évêque de Londres, Sivard de Rochester, Vauquelin de W inchester, Rémy de Lincoln, lierfaste de Tetford, Stigand de Selsei, llerman de Shireburn, elGison de Aéli. Les autres, qui étoi( nt absents, envoyèrent leurs excuses par députés.
La même année Thomas, élu archevêque d'York, vint se présenter à Lanfranc pour être
(1) Vjlac. 5, II. 11. raesc. p. 205. Vila Lanfr.
(i) Uogcr, p. 455, Mal- n. 22.
sacré de sa main, suivant l'ancienne coutume (1). Lanfranc lui demanda une protestation de son obéissance par écrit et avec serment, comme ses prédécesseurs l'avoient donnée; mais Thomas répondit qu'il ne le feroit point si on ne lui prouvoit, par écrit et par témoins, qu'il le devoit faire, et qu'il le pouvoit sans porter préjudice à son église. Ce refus venoit d'ignorance plutôt que de présomption; car ce prélat, qui étoit nouveau en Angleterre et en ignoroit absolument les usages, ajoutoit trop de foi aux discours des flatteurs, particulièrement d'Odon, évêque de Rayeux, frère utérin du roi , qui étoit comme son lieutenant en Angleterre. Lanfranc montra la justice de sa prétention en présence de quelques évéques qui étoient venus pour le sacre de Thomas; mais celui-ci ne voulut rien écouter, et retourna sans être sacré.
Le roi, prévenu par son frère, en fut irrité contre Lanfranc, croyant qu'il se prévaloit de sa capacité pour appuyer une prétention injuste. Mais, peu de jours après, Lanfranc vint à la cour, demanda audience au roi, et, lui ayant rendu raison de sa conduite, l'apaisa, et mit de son coté les Anglois qui se trouvèrent présents. Car, étant instruits de l'usage du pays, ils rendoienl témoignage à la justice de sa cause. Ainsi le roi, du consentement de tous, ordonna que pour lors Thomas viendroit à Cantorbéry, et donneroit à Lanfranc sa protestation solennelle d'obéissance en tout ce qui regardoit la religion , mais que ses successeurs ne la donneroient qu'après qu'il auroit été prouvé dans un concile que les archevêques d'York avoient toujours rendu cette soumission à ceux de Cantorbéry. Thomas fut sacré à ces conditions ; et peu de temps après, Lanfranc demanda et reçut la protestation d'obéissance de tous les évéques du royaume d'Angleterre, qui avoient été sacrés du temps de Sligand par d autres archevêques ou par le pape.