‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1433 sur 2407 · XXXVI. Lanfranc à Rome · texte numérisé non relu

XXXVI. Lanfranc à Rome

L'année suivante, mil soixante -onze, les deux archevêques Lanfranc et Thomas allèrent à Rome demander le pallium (2). Le pape Alexandre reçut Lanfranc avec grand honneur, jusqu'à se lever devant lui, et dit : Je ne l'ai pas fait, parce qu'il est archevêque de Cantorbéry, mais parce que j'ai été son disciple au Rec. Lanfranc avoit aussi instruit en cette école des parents du pape; ce qui montre combien elle étoit célèbre. Le pape lui donna deux palliums pour lui seul : l'un que Lanfranc prit sur l'autel, suivant l'usage de Rome, l'autre que le pape lui présenta d;» sa main en signe d'amitié; et on ne trouve que deux autres exemples de ces deux palliums, l'un pour Hincmar de Reims, l'autre pour

(1) Vita n. 23.

(2) Vita c. 11, 11. 2i.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[ AndcJ -C. 107 1

Bruiion de Cologne (1). Thomas éloit accusé d'avoir reçu du roi Guillaume l'archevêché d' York pour récompense du service de guerre qu'il lui avoit rendu dans la ccmquêle de l'Angleterre; et Rémy, évéque de Jjncoln, qui éloil venu à Rome avec les deux archevêques, avoit été aussi jugé indigne de l'épiscopat, parce qu'il étoit fils d'un prêlre; et on leur avoit ôté à l'un et à l'autre l'anneau et le bâton pastoral. Mais le pape, à la prière de Lanfranc, les rétablit tous deux, lui laissant le jugement de leur cause ; et ils reçurent de la main de Lanfranc l'anneau et le bàtôn (2). Toutefois, l'archevêque Thomas renouvela, en présence du pape, sa prétention contre la primatie de Cantorbéry, soutenant que l'église d'York lui étoit égale, et que, suivant la constitution de saint Grégoire, l'une ne devoit point être soumise à l'autre, seulement que celui des deux archevêques qui étoit le plus ancien d'ordination devoit avoir la préséance. Il prétendoit de plus avoir juridiction sur les trois évéques de Dorcester ou Lincoln, de Worchester et de Licifeld, depuis Chester. Lanfranc, quoiqu'indigné de ce procédé, répondit modestement que la proposition de Thomas n'étoit pas véritable, et que la constitution de saint Grégoire ne regardoit pas l'église de Cantorbéry, par rapport à celle d'York, mais à l'égard de celle de Londres. Le pape Alexandre décida que ce diiïérent entre les deux archevêques devoit être examiné et jugé en Angleterre par tous h»» évéques et les abbés du royaume ; et , bien que Lanfranc fût assuré pour son temps de la soumission de Thomas par la promesse qu'il lui en avoit faite, il aima mieux travailler pour ses successeurs que leur laisser ce différent à terminer.

Le pape chargea Lanfranc d'une lettre pour le roi d'Angleterre, où, après avoir loué son zèle pour la religion, il l'exhorta à suivre les conseils de Lanfranc pour l'exécution de ses bons desseins, déclarant qu'il avoit regret de ne le pouvoir retenir à Rome (3). Mais, ajoute-t-il, nous nous consolons de son absence par l'utilité qu'en reçoit votre royaume. Il ajoute qu'il a donné à Lanfranc toute l'autorité du saint-siège pour l'examen et le jugement de toutes les affaires, c'est-à-dire qu'il Ta établi légat dans le royaume d'Angleterre.

Page 1