XLIV. Cért^monics
Outre les opuscules dont j'ai parlé , voici ceux qui me paroissent les plus remarquables. Le traité des heures canoniales, adressé à un seigneur laïque , à qui il prescrit de les dire tous les jours , comme étant un devoir de tous les chrétiens. Il compte sept heures pour le jour, mâtine ou laudes, car c'est la même , prime, tierce, sexte, none, vêpres et cornplies; et pour la nuit les vigiles ou nocturnes auxquels il marque que le peuple n'assistoit point; ou selon une autre division, quatre heures pour la nuit, savoir, vêpres, complies, les nocturnes et les matines ; et les quatre autres pour le jour. 11 marque la différence de loffice des moines et de celui des clercs, telle que nous la voyons ; et 1 introduction nouvelle du symlM)le de saint Alhanase à prime. Il recommande au seigneur, à qui il écrit, de ne jamais manquera ce devoir, même en marchant à cheval , ou en quelqu'occupation que ce soit, ce qui marque bien qu il comploit que l'on devoit dire les prières à leurs heures (1). Il ajoute : Si vous ne savez pas lire , vous pourrez accomplir votre désir par la seule oraison dominicale, entendant sans doute qu'on je répète un grand nombre de fois; il exhorte à dire aussi tous les jours les heures de la vierge.
Quelques ermites doutoient si, disant l'office seuls , ils dévoient demander la bénédiction pour les leçons, et dire avant les oraisons Dominus i'obiscum. Car , disoient-ils , à qui adressons-nous ces paroles ? est-ce aux pierres ou aux planches de notre cellule? Les autres craignoient de manquer à aucune observance de la tradition ecclésiastique. Saint Pierre Damien (it sur cette question un traité particulier adressé à un reclus, nommé Lé(m, qu'il regardoil comme son maître dans la vie spirituelle. Là, il décide que, rècitantroffice en particulier, on doit tout dire, comme si on le récitoit en commun , parce , dit-il , que celui qui dit l'office canonial parle au nom de toute lEglise , et la représente. Autrement il faudroit retrancher tout ce qui se dit en pluriel, comme linvitatoire : yenite cjciiUemus ^QX']\\s(\\xkVOremus; et les docteurs de l'Eglise n'ont point fait pour les particuliers un autre office que pour le public (^i).
Il se plaint à l'archevêque de Besancon de l'abus qu'il avoit vu dans son église», où les clercs éloient assis pour la plupart pendant Toffice, et même pendant la messe. Il soutient, que non-seulement les clercs , mais les laïqut»s elles femmes mêmes, doivent assister debout à l'office, et ne s'asseoir que pendant les leçons des nocturnes , s ils n'y sont obliges par leur mauvaise santé, et il dit en avoir vu plusieurs, même des laïques, qui demeuroient toujours debout sans aucun appui (3).
Dans un ouvrage adressé à ses ermites, il soutient le jeûne du samedi , qui , de l'église romaine où il avoit toujours été pratiqué, commençoit à s'étendre a tout TOccident. Il dit en ce traité ces paroles remarquables : Nous devons prendre garde , mes chers frères, que cette vie si sainte ( il parle de leur observance) ne se relâche de notre temps, et, diminuant peu à peu, ne s'abolisse entièrement. Nous savons que d'une observance autrefois très-rigoureuse , à peine en voyons-nous aujourd hui de foibles restes , et, comme nous ne rétablissons point ce que nos prédécesseurs ont omis, ainsi nos successeurs ne répareront point les brèches de notre négligence, et nous serons coupables de la leur. Ils diront qu'ils ne sont pas meilleurs que leurs pères, et qu'ils s'en sont tenus à ce qu'ils ont trouvé établi. Délivrons notre temps de ce reproche, et transmettons fidèlement à nos enfants l'exemple de vertu que nous avons reçu de nos pères. H écrit encore à ses ermites, pour conserver les jeûnes de quelques vigiles que l'on négligeoit (1 ). La veille de Noël , où , bien que l'on ne mangeât que le soir, quelques-uns buvoient du vin et mangeoient plusieurs mets cuits et préparés avec soin. Des ecclésiastiques mêmes en usoient ainsi , sous prétexte d'avoir plus de force pour chanter l'oïiice. Il soutient que l'on doit jeûner la veille de l'Epiphanie , et ne dire la messe qu'à none, quoique l'usage fût déjà contraire. Parlant du samedi-saint, il ditqu'on le jeùnoit plus rigoureusement que k»s autres samedis; mais qu'en quelques lieux on se rclâchoit de celte observance en faveur des infirmes ou de ceux qui venoient de loin recevoir le baptême. 11 ajoute que le samedisaint il est défendu de dire la messe le jour, et ordonne de la dire la nuit , afin que le baptême général soit célébré entre la mort et la résurrection de Jésus-Ohrist . Il recommande le jeune des grandes et des petites litanies, c'est-àdire de saint Marc et des rogations, nonobstant le temps pascal , et toutes les vigiles des apôtres sans distinction.
La défense de célébrer les noces en carême commençoit alors dès la Septuagésime, et s'étendoit aussi outre Pavent au carême de la Saint-Jean, qui éloitde trois semaines (2). Or, quelques-uns prétendoient que l'on pouvoit se marier pendant ce temps , pourvu que l'on remit la consommation du mariage au temps où il étoit libre de le contracter. Pierre Damien s'élève contre celte erreur , et soutient que ces mariages sont nuls, parce que l'union des corps n'est pas essentielle au mariage, qui consiste principalement dans le consentement solennel. Il remarque que les canons ordonnoient quarante jours de pénitence aux personnes mariées qui ne gardoient pas la continence pendant le carême (3).