‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1443 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-UNIÈME

sort ne pout guère éviter de communiquer avec des pécheurs excommuniés ou di{;nes de l'être ; ce qui est presque le même (1). Car l'auteur tenoil pour exctimmuriiés tous ceux qui avoient encouru l'excommunication portée par les décrets des conciles anciens ou modernes.

Le moine qui sort ne peut entièrement éviter le vice de propriété, sous prétexte des nécessités du voyaî^e. 11 veut aussi être plus proprement vêtu pour paroître en public , et ne s'aperçoit pas quil se rend par -là plus méprisable aux séculiers. D'autres, au contraire , affectent de porter des habits extraordinairement pauvres etditTormes, pour attirer les yeux du peuple et se faire montrer au doigt comme des prodiges de mortification. Les vrais parfaits n'affectent rien , et ne refusent pas des habits précieux si l'occasion le demande (2).

Le relâchement 1(* plus déplorable est celui des ermites, dont quelques-uns ne demeurent dans leurs cellules qu'en carême , et se promènent tout le reste de Tannée. L'habitude de garder sa ctdiule la fait trouver agréable, les courses la rendent ht)rrible. La vie érémilique est douce si elle est continuelle , mais si elle est interrompue, c'est un tourment (3). L'autorité d'un moine absent est grande ; mais elle s'évanouit par sa présence. Le monde écouloit autrefois les prédications des moines, aujourd'hui personne n'en est touché. C'est inutilement qu'on donne des avis aux princes et aux papes ; les évêques trouvent mauvais que nous parlions dans les conciles contre leurs désordres, je le sais par expérience. Il ne reste aux moines de bon parti que de conserver le repos de leur solitude (4).

Pierre Damien blâme un ermite qui , étant sorti du monastère pe \ après sa conversion et avant que d'être sunisammenl éprouvé , avoit choisi sa demeure dans une grande ville, et lui (lit (5) : Ceux qui cherchent la solitude dans des villes , comme si on manquoit de forêts, donnent lieu de croire qu'ils ne désirent pas la perfection de la vie solitaire, mais la gloire qui en revient. Là , entouré du peuple qui vous estime, vous ne dites rien qui ne soit reçu comme un oracle; et vous ne vous mesurez pas sur le témoignage de votre ctmscience, mais sur l'opinion de cette multitude qui vous flatte. Elle se paye de la pâleur de votre visage, et s'étonne du seul nom de jeûne. Car c'est un prodige dans une ville de s'abstenir de vin, et dans le désert c'est une honte d'en boire. L'huile est comptée dans le désert pour de grandes délices, le peuple regarde comme une grando abstinence de ne point manger de graisse. Aller nus-pieds est la rétrie du désert , dans la ville c'est une austérité excessive. La

fi^ C. au, 32.

(5) Opusc. LI; C. 3.

rareté rend ici merveilleux ce qui n'est ailleurs que la vie ordinaire des ermites.

Dans un autre opuscule, Pierre Damien combat l'opinion d'un évêque(l) qui soutenoit que ceux qui avoient pris l'habit monastique, étant malades à l'exlrémité, ponvoient le quitter s'ils revenoient en santé , et reprendre la vie séculière. J'ai rapporté plusieurs exemples de cet usage depuis la fin du septième siècle. C'étoit une des manières de professer à l'article de la mort la pénitence publique, et de s'engager dans l'état monastique sans probation précédente. Car anciennement la prise d'habit et la profession n'étoient fH)int séparées, suivant la règle de saint Renoit, et on n'y éloit reçu régulièrement qu'après l'année de probation. C'est sur quoi se fondoit cet évêque, que Pierre Damien combat, et il soutenoit que ceux qui avoient pris l'habit monastique sans noviciat précédent, n'étoient point engagés (2).

Pierre Damien en avertit le pape, qui écrivitàGisler, évêque d'Ossimo, de réprimercette erreur, et de frapper d'analhérae ceux qui la soutiendront opiniâtrement. C'est à cet évêque Cisler à qui Pierre adresse son traité pour la réfuter. Il soutient que la probation na été ordonnée que comme une précaution contre la légèreté ou la dissimulation de ceux qui sepr sentent pour embrasser la vie monastique, non comme une condition nécessaire , et que le supérieur peut en dispenser quand il est suffisamment persuadé de la fermeté du postulant et de la sincérité de la conversion. Enfin, que la prolession est irrévocable, de quelque manière qu'elle siî fasse, pourvu que ce soit avec une pleine volonté. Ilap}M)rle l'exemple du baptême, qui n'est pas moins valable (luand il est donne d'abord, qu après de longues épreuves, et des enfants offerts au monastère par leurs parents, suivant la règle de saint Renoit (3). xNous avons toutefois une lettre du pape Alexandre II, où il déclare qu'un prêtre qui , étant malade, a promis verbalement de se lairo moine, sans s'être livré à un monastère ou à un abbé, n'a point perdu son bénéfice. Parce, dit le pape , que saint Renoit et saint Grégoire ont défendu qu'on se fit moine avant une» année de probation (4).

Dans un autre ouvrage , Pierre Damien se plaint de l'ignorance des prêtres, qui étoil telle, qu'il s'en trouvoit qui savoient à peine lire deux syllabes de suite. Comment peuventils, dit-il, prier pour le peuple, et offrira Dieu, selon l'apôtre, un service raisonnable , puisqu'ils n'entendent pas ce qu ils disent'. Ainsi le peuple, demeurant sans instruction, s'abanrloime à toutes sortes de vices. Les prêtres mêmes vivent comme le peuple , ils plaident et se

(1) Opusr. \vi.

f2i Sup. lib. XL, n. .r n.

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