XLVI. Fin d'Adalbert, archevêque de Brème
Adalbert, archevêque de Brème, avoit repris le premier rang à la cour du roi Henri; et, triomphant de ses concurrents qui l'a voient chasse quelques années auparavant , il possédoit seul ce jeune prince, et régnoit presque avec lui, tant il avoit su le gagner adroitement (2). Se sentant épuisé de vieillesse et de maladie, il employa tout l'art des médecins à combattre long-temps la mort, et mourut en- Ini vers la mi-carême, le vendredi seizième de mars mil soixante-douze (3). Il avoit de grandes qualités , beaucoup de zèle pour l'accroissement de la religion , une libéralité sans bornes, une dévotion tendre, jusqu'à fondre en larmes en offrant le saint sacrifice ; on tenoit qu il avoit gardé la virginité. 3Iais ces vertus etoient obscurcies par son ambition , sa passion de gouverner sous prétexte du bien de 1 Lglise et de l'état, sa dureté envers ses sujets, sa vanité et la créance qu'il donnoitàses ilatteurs , car ces défauts déshonorèrent prinnpalement la fin de sa vie. Il mourut à Goslard, ou etoit la cour, et fut rapporté à son église de lirême.
\^^\ ^^^"jours un grand soin de sa mission (lu JNord, comme j'ai déjà marqué, et, y voyant "Il nombre suffisant d'évêques, il résolut de •^'lur |Kmr la première fois un concile en Danemarck, parce qu'il en trouva la commodité, <'i qu'il y avoit plusieurs abus à corriger dans 'P nouvelles églises Les évolues vendoient 'ordination , les peuples ne vouloient point donner les dîmes, et s'abandonnoient aux <'xces de bouche et aux femmes. Il convoqua ( oiicceconcileàSlesvic, par l'autorité du pape, <<^ntil étoit légat, et avec le secours du roi <«<' Danemarck; mais les évcV|ues d'outre-mer ^'.firent long-temps attendre. On voit sur ce jujet une lettre du pa|)e Alexandre II à tous 'Os ev(V|ues de Danemarck (4).
Adalbert ordonna en ce royaume neuf évêques , à Slesvic , à Ripen , à Arthus , à Yi-
horg, à ^ endila ou Yenzuzel, à Fari, à Finnen , en Zéeland et en Schonen f 1). En Suède il enordonnasix , et deux en Norwége ; on rapporte les noms de ces huit, sans marquer leurs sièges, apparemment parce qu'ils n'en avoient point encore de fixes. Il en ordonna vingt en tout dont il y en eut trois qui demeurèrent mutiles, ne cherchant que leurs intérêts. L'archevêque en avoit toujours quelques-uns auprès de lui, quelquefois jusqu'à sept, et au moins trois de ses suffragants ou d'autres } car il ne pouvoit être sans évêques. Il traitoit avec grand honneur les légats du pape , et disoit qu il ne reconnoissoit que deux maîtres le pape et le roi. Le pape lui avoit accordé' le privilège d'être son vicaire en ces quartiers-là lui et ses successeurs, d'établir desévêchés partout le Nord , même malgré les rois dans tous les lieux où il jugeroit à propos, et de choisir de sa chapelle ceux qu il voudroitpour les ordonner évêques.
Le successeur d'Adalbert fut Liémar, jeune homme de grande espérance, et très-bien instruit de tous les arts libéraux (2). Il étoit Bavarois, et venu d'officiers du roi Henri qui lui donna l'archevêché de Brème à la Pen~ tecùte de la même année mil soixante-douze. Il fut ordonné par ses suffragants, reçut lé pallium du pape Alexandre , et tint le^siéffe trente ans.