XLVII. Adam de Brome, historien
(t) Opusc. 25. liom.xn, (3) Adam. lib. iv, c. 33,
(* Lamb.an.l072.Sup. 4; Sup. I. l\, n. 57.
*''• Adam. lib. iv, c. 42. Ep. 7.
TOMK IV,
C'est à lui qu'Adam , chanoine de Brème dédia son histoire ecclésiastique, qui comprend les origines des églises du Nord et la suite des évêques de Brème et de Hambourg depuis l'entrée de saint Yillehade en Saxe' jusqu'à la mort de l'archevêque Adalbert' pendant prés de trois cents ans (3). Adam vint à Brème la vingtième année de ce prélat, qui étoit l'an mil soixante-sept, et rechercha curieusement ces antiquités dans ce qu'il trouva de mémoires écrits^ dans les lettres des princes et des papes, et dans la tradition vivante des anciens. Celui qui Finstruisit le plus de vive voix fut Suein ou Suénon, roi de Danemarck (4). 11 éloit zélé pour la propagation de la foi, et envoya de ses clercs prêcher en Suéde, en Normandie, c'est-à-dire en Norwége, et dans lesiles. Il étoit homme de lettres et libéral envers les étrangers. Adam étant venu à Brème et ayant ouï parler du mérite de ce prince, l'alla trouver, et en fut très-bien reçu; et ce fut de ses discours qu'il recueillit toute la partie de son histoire qui regarde les barbares. Ce roi lui nomma quelques saints qui avoient été martyrisés de son temps en Suède et en Norwége. Un étranger, nommé
(1) Adam. c. 4i.
(2j Lambert, an. 1072.
Hist. Arch. iJrcm. p. OU.
(3) Sup. lib. XLiv, n. 15, n. 44. Adarn. lib. m, c. 5, p. 40.
(4) Lib. IV, c. 10, p. 54.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
Iléric, qui , prêchant chez les Suédois les plus reculés, cul la této tranchée. Un autre, nomme Alfard, qui, après avoir mené long-temps une sainte vie en Norwége , fut tué par ses propres amis. Il se faisoit beaucoup de miracles à leur tombeau. Cette histoire d'Adam de Brème paroît d'une grande sincérité.
XLVIll. Etat du Nord.
îl la termine par une description curieuse du Danemarck , de la Suéde , de la Norvège et des îles qui en dépendent, où il décrit amsi ridolùtrie des Suédois. Leur temple le plus fameux est à Upsal. Il est tout revêtu d'or, et on y révère les statues de trois du»ux : au milieu est le tronc du plus puissant, qu'ils nomment Thor , des deux cotés sont les deux autres, Yodan et Friccon. Ils disent que Thor gouverne l'air, le tonnerre, la foudre, les \enls, les pluies, les saisons, les fruits. Ils lui donnent un sceptre , et c'est comme le Jupiter des anciens Romains. Yodan est le dieu de la guerre, armé comme Mars. Friccon donne la paix et les plaisirs, et est représenté sous la figure infâme de Priape. Ils adorent aussi des hommes , qu'ils croient être devenus dieux par leurs belles actions. Ils célèbrent tous les neuf ans une fétc; solennelle, où tous sont obligés d'envoyer leurs oflrandes à iJ psal : personne n'en est exempt ; les chrétiens même sont contraints de se racheter de cette superstition. En cette fête on immole neuf animaux mâles de toute espèce, et on en pi'ud les corps dans un bois proche du temple, dont tous les arbres passent pour sacrés. Un chrétien m'a dit y avoir vu jusqu'à soixante corps humains mêlés avec ceux des bêtes.
Adaluard, que l'archevêque Adalbert avoit fait évêque de Sictone , ayant en peu de temps converti tous les habitants de celte ville et des environs, entreprit avec Eginon, évckjue de Sconc en Danemarck, d'aller à Upsal, et s'exposer à toutes sortes de tourments , iK)ur ftûre abattre ou plutôt brûler ce temple , qui est comme la capitale de FidobUrie du pays, espérant que sa ruine seroit suivie de la conversion de toute la nation. Le roi de Suède, Stcnquil, qui étoit très-pieux, ayant appris ce dessein des deux évéques, les en délourha prudemment , les assurant qu'ils seroient aussitôt condamnés à mort, qu'on le chasseroit lui-même du royaume, comme y ayant introduit des malfaiteurs ; et que ceux qui étoient alors chrétiens relourneroient au paganisme , comme il venoit d'arriver chez les Sclaves. Les deux évêques se rendirent à la remontrance du roi ; mais ils parcoururent toutes les villes de Gothie , brisant les idoles et convertissant plusieurs milliers de païens.