LV. Retraite de l'impératrice Agnès
Dumêmetemps, vivoit Jean, abbé de Fescam, dont il nous reste quelques écrits (2). 11 éloit Italien né à Ravenne, et fut disciple de Guillaume , abbé de Dijon , son compatriote , par
I ordre duquel il apprit la médecine, et fut le plus fidèle imitateur de toutes ses vertus. La petitesse de sa taille le fit nommer Jeannelin.
II fut chéri de» l'empereur Henri le noir, qui lui donna l'abbaye d'Erbrestein en Saxe ; car il en gouvernoit plusieurs, outre Fescam. A la prière de l'impératrice Agnès, veuve de cet empereur, Jean de Fescam comjK)sa un recueil des prières tirées de l'Ecriture, des pères de lEglise , qui depuis , par la négligence ou l'erreur des copistes, ont été attribuées à saint Ambroise, à saint Anselme et à d'autres auteurs (3).
L'impératrice Agnès, voyant qu'on lui avoit ôté la conduite du roi son fils, se retira chez elle dès l'année mil soixante-deux , résolue de passer le reste de ses jours en personne privée; et quelque temps après, elle renonça au monde, et vint à Rome, où elle se mit sous la conduite de Pierre Damien , comme il paroît par plusieurs lettres de ce saint évêque, entre autres par un de ses opuscules (4). U y raconte qu'étant venue à Saint-Pierre, elle le lit asseoir devant l'autel et lui lit sa confession générale depuis l'âge de cinq ans, s'accusanl exactement de tous les mouvements de sensualité, de toutes les pensées et les paroles supcTllues dont elli» put se souvenir, et accompagnant sa confession de gémissements et de larmes. A quoi il ajoute qu'il ne lui imposa autre pénitence que de continuer sa vie humble, austère et mortifiée qu'elle avoit embrassée, et qui édifioit toute TEglise. En effet, ses jeûnes et ses veilles sembloient excéder les forces ordinaires de la nature : ses habits étoient très-pauvres, ses aumônes immenses , ses prières continuelles.
Après avoir passé plus de six ans en Italie, elle revint en Allemagne dix ans après sa retraite, c'est-à-dire en mil soixante-douze, et le roi, son fils, venant au devant d'elle , se trouva à Wormes à la fête de Saint- Jacques, vingt-cinquième de juillet. Le sujet du voyage de rim[)ératrice étoit de récon( ilier Rodolphe, duc de Souabt», avec le roi, son fils, et de prévenir par ce moyen une guerre civile. Elle vint
(1) C. 6i. Opusc. X. Sup.
n. 4i. Episl. 13, li, etc.
(2) iMabill. lo. 1, an. p.
(3) Sup. lib. LVii, n. 3.'î; 1. LX, n.21. Anal. 1, p. 133.
(ij Laxiib. 10G2. Sigeb.
eod an. lib. vu, Ep. 6, 7, b. Opusc. LVi, c b.
An de J.-C. 1072.]
donc à Wormes, accompagnée d'un grand nombre d'abbés et de moines ; et ayant heureusement terminé l affaire de Rodolphe, elle s en retourna aussitôt, pour montrer que la chante ivoitétél'uniquemotifde son voyage.LUe vécut
encore cinq ans, et mourut à Rome le quatorzième de décembre mil soixante-dix-sept, ayant passé vingt-deux ans en viduité , et sans avoir jamais consenti au schisme du roi, son fils (1).