LIV. Concile de Rouen
La même année du concile d'Angleterre, c'est-à-dire en mil soixante-douze, Jean, archevêque de Rouen, tint un concile dans son ègfise métropolitaine de Notre-Dame, avec ses suffraganls, Odon de iîayeux, Hugues de Lisieux, Robert de Sées, Michel d'Avranches, et Gillebert d'Evreux. On y fit vingt-quatre canons, où je remarque ce qui suit : La consécration des saintes huiles et des fonts baptismaux se fera à fheure compétente, c'est-à-dire après none. On condamne l'abus de quelques archidiacres, qui, n'ayant point d'évêque, recevoient d'un autre évêque quelque peu des saintes huiles, et le mêloient avec de fhuile commune , au lieu qu'elles doivent être entièrement consacrées. Le prêtre doit baptiser à jeun, revêtu daube et d'étole, hors le cas de nécessité. Le baptême général ne se fera que le samedi de Pâques et celui de la Pentecôte ; on ne baptisera personne la veille ou le jour de l'Epiphanie s'il n'est malade (3). Maison donnera le baptême aux enfants quand ils le demanderont, en quelque jour que ce soit. Cette distinction fait croire que l'on baptisoit encore beaucoup d'adultes en Normandie.
Celui qui donne la confirmation et ceux qui la reçoivent seront à jeun , et on ne la donnera point sans feu, apparemment pour .signifier le Saint-Esprit. On ne gardera point le viatique
(1) Alex. Epist. 30. Ap. Sup. I. xxxvi, n. 38. Lanfr. i. (.3) To. 9, p. 1225, c. 1,
(2) M, Ep. 31. In!er. 1. 2, 3, 4.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
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ou l'eau bénite plus de huit jours, et il est très-expressément défendu de consacrer de nouveau une hostie déjà consacrée, comme quelques-uns faisoient faute d'hosties. Saint Pierre Damien marquait aussi comme un abus de garder Teucharistie plus de huit jours. Le concile de Rouen continue : On donnera les ordres au commencement de la nuit du samedi au dimanche, ou le dimanche matin , pourvu que l'on ait continué le jeûne du samedi, pendant lequel, en cette occasion, on ne mangeoit point. Les ordinants se présenteront à rév(k|ue le jeudi précédent. Les prêtres, les diacres et les sous-diacres qui ont des femmes ne pourront gouverner des églises par eux ni par d'autres, ni rien recevoir des bénéfices. Les clercs tombés dans un crime public ne seront pas rétablis trop promptement dans les ordres sacrés, mais seulement après une longue pénitence, sinon en cas d'extrême nécessité. Pour remplir le nombre d'évêques nécessaire à la déposition d'un clerc, il suffira que les absents envoient leurs vicaires (1).
Les moines vagabonds, ou chassés de leurs monastères pour leurs crimes, seront contraints par l'autorité des évéques, de retournera leurs monastères. Si les abbés ne veulent pas les recevoir, ils leur donneront par aumône de quoi vivre; et de plus ces moines travailleront de leurs mains , jusqu'à ce qu'on voie en leur vie de l'amendement. 11 en est de même des religieuses (2). Les mariages ne se feront ni en secret ni après dîner , mais l'époux et l'épouse étant à jeiin recevont à l'église la bénédiction du prêtre aussi à jeun. Celui dont la femme a pris le voile ne pourra se marier elle vivante. On ne dînera point en carême avant que l'heure de none soit passée et que celle de vêpres commencée ; autrement ce n'est pas jeûner. Le samedi-saint on ne commencera point l'office avant none, car il regarde la nuit de la résurrection ; et en ces deux jours , le vendredi et le samedi , on ne célèbre point le saint sacrifice (3). Ces règlements font croire que l'on commençoit à avancer le repas les jours de jeûne, et par conséquent l'office.
En effet , le même archevêque Jean dans son livre des offices ecclésiastiques, dit que le samedi-saint, après dîner, on revenoit à l'église dire complies, au lieu que dans les premiers siècles on passoit ce saint jour entier sans manger. Jean composa cet ouvrage étant encore évêque d' Avanches, et le dédia à Maurille, son prédécesseur dans le siège de Rouen. Il est assez conforme au traité de Pierre Damien , des heures canoniales ; mais il est beaucoup plus ample, et contient en détail les offices pendant tout le cours de l'année. On y voit plusieurs antiquités remarquables. JNous avons cinq ettres de Lanfranc à l'archevêque Jean , qui montrent la grande union qui régnoit entre
[An de J.-C. 107*.
(1) Opusc. XXVÎ, c. 3, 8, (2) C. 12, u. 6, 11, 15, 19, 20. (3) C. 71, 21, 22.
eux, et le soin que prenoit Lanfranc de la conserver, malgré les artifices de quelques mauvais esprits , qui s'efforçoient de les diviser par de faux rapports (1). lians une de c(»s lettres, Lanfranc propose Si»s dinicultés, sur ce que Jean avoit écrit touchant quelques cérémonies ecclésiastiques.