Pelr. Dam. Opusc. lvi, c
Grégoire écrivit de même sur son élection à Guibert, archevêque de Ravenne, ajoutant que, sans lui laisser la liberté de parler ni de délibérer, on l'avoit enlevé violemment pour le mettre sur le saint-siège. Il demande à Guibert la continuation de son affection pour l'église romaine et pour lui en particulier. Car, dit-il , comme je vous aime d'une charité sincère , j'en exige de vous une pareille avec tous ces effets. Faites que nous ayons souvent des nouvelles l'un de l'autre pour notre consolation mutuelle. Ou verra dans la suite comme Guibert répondit mal à ces avances du pape, qui témoigne encore dans une autre lettre l'estime qu'il avoit pour lui (1 ).
Le lendemain de l'élection, Grégoire envoya des députés au roi Henri, qui étoit en Ravière (2); car il célébra la pàque à RatislK>nne, et à Augsbourg la Pentecôte, qui fut le dixième de mai. Par ces députés, Grégoire donnoit avis à l'empereur de son élection , et le prioit instamment de n'y pas consentir, lui déclarant que, s'il demeuroilpape, il étoit résolu de ne point laisser impuni les crimes manifestes dont ce prince étoit charge.
Les évêques allemands et lombards , qui savoient combien Hildebrand étoit zélé pour la discipline, commencèrent à craindre qu'il ne recherchât leurs fautes avec trop de sévérité. C'est pourquoi, par délibération commune, ils cons(3illérenl au roi de casser cette élection , qui avoit été faite sans son ordre , l'assurant que, s'il ne prévenoit de bonne heure l'entreprise d' Hildebrand, personne n'en souffriroit plus que lui. Le principal auteur de ce conseil étoit Grégoire, evéque de Yerceil, chancelier du roi en Italie , comme il paroît par une lettre que Guillaume , abbé de Saint- Arnould de Metz , écrivit au pape pour le féliciter sur son élection (3). Aussitôt le roi envoya le comte Eberard , pour demander aux seigneurs romains jxjurquoi , contre la coutume, ils a voient fait un pape sans le consulter? et pour obliger même le pape à renoncer à sa dignité s'il ne rendoil pas bonne raison de sa conduite. Le comte, étant arrivé à Rome, fut très-bien re<;u par le pape élu , qui , ayant ouï les ordres du roi , répondit : Je n'ai jamais recherché celte dignité, Dieu m'en est témoin. Les Romains m'ont élu malgré moi et m'ont fait violence ; mais ils n'cmt jamais pu m'obliger à me laisser ordonner, jusqu'à ce que je fusse assuré, par une députalion expresse , que le roi et les seigneurs du royaume teutonique consentissent à mon élection. C'est ce qui m'a fait différer mon ordination jusqu'à présent , et je la différerai Siins doute jusqu'à ce que quelqu'un vienne de la part du roi m'assurer de sa volonté.
Le roi ayant reçu cette réponse en fut satis-
(1) Episl. 10.
(2, Aetaai). iîoll. p. U8.
Lamb. an. 1073.
(3) Lamb. n lecl. lo. 1, 247.
1083. Ana-
fait, et envoya aussitôt à Rome Grégoire de Ver^ ceil pour confirmer l'élection par l'autorité du roi , et assister au sacre du pape ; ce qui fut exécuté sans délai. Grégoire fut ordonné prêtre dans l'octave de la Pentecôte, et sacré évêque à la fête de Saint-Pierre, c'est-à-dire le lendemain dimanche, trentième de juin, comme il paroît par les dates de ses lettres. On voit bien , par ce délai de deux mois , que l'on attendit la réponse du roi pour le sacrer pape , quand même il n'y auroit pas d'autre preuve.
Pendant cet intervalle , Grégoire ne laissa pas de donner plusieurs ordres importants. Ebles, comte de Rouci en Champagne, ayant dessein de passer en Espagne pour faire la guerre aux infidèles , avoit traité avec le pape Alexandre, pour jouir de ses conquêtes au nom de saint Pierre, moyennant certaines conditions dont ils étoicnl convenus par écrit, et l'archidiacre Hildebrand étoit intervenu en ce traité. Car on supposoil à Rome, comme un fait certain, que le royaume d'Espagne avoit anciennement appartenu en propre à saint Pierre, c'est-à-dire à l'église romaine, quoiqu'il ne s'en trouve pas le moindre vestige dans aucun auteur avant les lettres de Grégoire VII. 11 donna donc au comte de Rouci une lettre adressée à tous les seigneurs qui se voudroient joindre à lui pour ce voyage d'Espagne, où il les exhorte à conserver les droits de saint Pierre (1). Puis il ajoute : Si quelqu(»s-uns d'entre vous veulent entrer dans le même pays séparément avec leurs troupes particulières, ils doivent se proposer la cause de guerre la plus juste , prenant dès à présent une ferme résolution de ne pas faire après leurs conquêtes le même tort à saint Pierre que lui font à présent les infidèles. Car, nous voulons que vous sachiez que si vous n'êtes résolus de payer équitablement en ce royaume les droits de saint Pierre, nous vous défendrons d'y entrer plutôt que de souffrir que l'Eglise soit traitée par ses enfants comme par ses ennemis. Nous y avons envoyé le cardinal Hugues , qui vous expliquera plus amplement nos intentions.
C'étoit Hugues le blanc, que le pape envoyoit en France et de là en Espagne , avec le comte de Rouci , pour tenir la main à l'exécution du traité, et corriger les erreurs des chrétiens du pays. C'est ce qui paroît par la lettre à Girand, évêque d'Ostie, et Raimbaud, sous-diacre de l'église romaine , légats en France (2) . I^ pape les prie de réconcilier le cardinal Hugues avec Hugues, abbé de Clugny, et de prier l'abbé de lui donner de ses moines pour l'accompagner en sa légation d'Espagne.
Godefroy le bossu, duc de Lorraine, avoit écrit au pape pour se con jouir de son élection.
(1) Lib. 1, Ep. 7,lib.Vl, (2) Ep. 0. Ep. ull. ap. 7.
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Le pape lui répond que c'est pour lui la cause d'une douleur amère, et qu'il y succomberoit s'il n'étoit aidé par les prières des personnes spirituelles (1). Car, ajoutc-t-il , tous, et principalement les prélats, travaillent plutôt à troubler l'Eglise qu'à la défendre 5 e(, ne songeant qu'à satisfaire leur avarice et leur ambition , ils s'opposent , comme des ennemis , à tout ce qui regarde la religion et la justice de Dieu, et ensuite : Quant au roi, c'est Henri, roi d'Allemagne, vous pouvez compter que personne ne lui désire plus que nous la gloire temporelle et l'éternelle. Car nous avons résolu , sitôt que nous en aurons la commodité, de lui envoyer des nonces pour l'avertir paternellement de ce qui regarde l'ulilité de l'Eglise et l'honneur de sa couronne. S'il nous écoute , nous aurons autant de joie de son salut que du nôtre; s'il nous rend la haine pour l'amitié, ce qu'à Dieu ne plaise, nous ne voulons pas nous attirer cette menace (2) : Maudit celui qui n'ensanglante pas son épée , car il ne nous est pas libre de préférer à la loi de Dieu la faveur de qui que ce soit. Il parle de morne au sujet du roi Henri , dans une lettre écrite quelques jours après à Béatrix , comtesse de Toscane, belle-mére du duc Godefroy, déclarant qu'il est résolu de répandre son sang , s'il est besoin, pour la défense de la vérité (3).