V. Hugues, évoque de Die
L'élection de Hugues , évéque de Die , eut des circonstances singulières. Le pape Alexandre II avoit envoyé Giraud , évêque d'Oslie , en qualité de son légat en France et en Bourgogne (4). Il tint un concile à Chàlons-sur- Saône, dont l'évêque étoit Roclen, très-savant, principalement dans les saintes lettn^s. Giraud, retournant à Rome après ce concile , logea à Die , dont il apprit que l'évêque Lancelin étoit un simoniaque. Il le cita pour comparoltre devant lui, mais Lancelin se tenoit enfermé dans la maison épiscopale, et s'y défendoit à main armée. Le légat assembla les chanoines et les
(1) Vila Ansel. Sax.
Bent. par. 2, p. i71.
(2) i:p. 11, p. 21. Chr Hugo. Flavin. au. 1, 74, p lUO.
(3) Vila n. 3, i.
(i) To. 10, Cône, p 308 et KU. ex Ciir. llug. Flav.
p. lui.
premiers du peuple pour examiner ce qu'il y avoit à faire. Hugues, chambrier de Lyon , allant à Rome en pèlerinage , entra pour faire sa prière dans l'église où ils étoient assemblés. Comme ils cherchoient un sujet digne d'être leur évêque, quelqu'un parla de Hugues; il s'éleva de grands cris en sa faveur , on le prit tout botté et éperonné, comme il étoit, et on l'emmena au légat. Hugues se récrioit, disant qu'il ne pouvoit être élu du vivant de l'évêque légitime, et qu'il ne vouloit point faire un schisme; mais le peuple insista si fortement, que le légat crut que la volonté de Dieu se déclaroit en faveur de Hugues , et le contraignit, par l'autorité du saint-siégc, à acquiescer. Ainsi il fut élu évêque de Die le dix-neuvième d'octobre mil soixante-treize.
Lancelin, l'ayant appris, fut consterné , et, craignant que dans la joie et le mouvement de cette élection , le peuple ne vint l'attaquer en foule, il abandonna la maison épiscopale, et se retira pressé du trouble de sa conscience. Hugues fut donc intronisé sans opposition et avec une joie universelle ; mais il trouva son église dans un désordre extrême , et les biens de l'église tellement dissipés , qu'il n'y avoit pas d(î quoi faire subsister sa maison un seul jour. H publia un décret, portant défense à aucun laïque de garder une église , ou de prendre quelque partie des revenus ecclésiastiques. Tous lui obéirent avec plaisir , et il rétablit ainsi le temporel de son église avant même que d'être sacré. Le légat Giraud , étant de retour à Rome, rendit compte au pape Grégoire de l'élection de Hugues, qui arriva lui-même peu de temps après. Il n'avoit encore que la tonsure , car il n'avoit point voulu se faire ordonner par des évéques simoniaques ; mais le pape, au mois de décembre, lui donna tous les ordres, jusqu'à la prêtrise : le reste fut ensuite (Ufféré, comme j'ai dit, à cause de l'opposition du roi Henri ; et , la première semaine du carême suivant, mil soixante-quatorze, il fut ordonné prêtre le samedi, et, le lendemain dimanche, sacré évêque : par où Ton voit que, dès lors, on disoit deux messes, l'une le samedi des quatre-temps , l'autre le second dimanche de carême. Le pape envoya Hugues, avec une lettre (1) adressée à Guillaume, comte de Die, où il lui ordonna de réparer le tort qu'il avoit fait à cette église en l'absence de l'évoque.