XI. Légation en Allemagne
En Allemagne , le roi Henri célébra à Ramberg la fête de Pâques , qui , cette année mil soixante quatorze, étoit le vingtième d'avril. Ensuite il alla à Nuremberg, au devant des légats du pape, qui venoientavec l'impératrice Agnès } sa mère. C'étoientlesévèquesd'Ostie, de Palestine, de Coire et de Côme, envoyés pour apaiser les troubles du royaume et réconcilier le roi à l'église (2). Car il avoit été accusé à Rome et excommunié pour avoir vendu les dignités ecclésiastiques ; c'est pourquoi les légats ne voulurent point lui parler qu'on les en eut priés plusieurs fois, jusqu'à ce qu'il se fût soumis à la pénitence, suivant les lois de l'Eglise, et qu'il eut reçu d'eux l'absolution.
Les légats demandèrent, de la part du pape,la liberté de tenir un concile en Allemagne; mais tous les évêques s'y opposèrent fortement, prétendant que c'étoit une chose sans exemple et contraire a leurs droits ; et ils déclarèrent qu'ils n'accorderoient jamais la prérogative de se laisser présider en concile qu'au pape en personne. En effet, le droit commun étoit que dans les conciles provinciaux les évéques ne fussent présidés que par leurs métropolitains; et la présence des légats du pape en ces conciles étoit une nouveauté qui commençoit à s'introduire. Mais ce qui animoit en cette occasion les prélats allemands, c'est que plusieurs se sentoient coupables de simonie , et ils savoient que l'intention du pape étoit de faire le procès à tous les évoques et les abbés qui a voient acheté leurs dignités. Il avoit déjà suspendu de toute fonction l'évêque de Ramberg et quelques autres , jusqu'à ce qu'ils vinssent devant lui se purger de l'accusation de simonie. Le roi souhaitoit passionnément la tenue d'un concile, en haine de l'évêque de Wormeset de quelques autres , qui l'avoient offensé dans la guerre de Saxe ; car il se tenoit assuré de les faire déposer comme simoniaques. Mais, comme on désespéra de venir à bout de cette affaire par les
(1) Lib. n, Ep. 6, 7, 8. 210. Acta Greg. vil, ap. {2) Laml)' an. 1074, p. £gU. 1 17, p. H^,
légats, elle fut renvoyée à la connoissance du pape.
Entre les évêques allemands, celui qui s'opposa le plus au concile fut Liémar, archevc^ue de Rrême, soutenant que l'archevêque de i Mayence et lui étoient légats du saint-siège , suivant les privilèges accordés à leurs prédécesseurs par les papes (1). A quoi les légats répondirent que ces privilèges ne s'étendoient point au delà de la vie du pape qui les avoit donnés. Et comme l'archevêciue de Rrême persistoit dans son opposition, les légats le suspendirent des fonctions épiscopalcs, et le citèrent pour comparoître à Rome, au concile qui se devoit tenir à la Saint- André. Enfin les légats, voyant qu'ils ne pou voient tenir de concile en Allemagne, se retirèrent avec les bonnes grâces du roi , qui les chargea de présents et d'une réponse favorable pour le pape.
C'étoit apparemment la lettre que nous avons , et où il témoigne une entière soumission et un sensible repentir de ses fautes (2). Il avoue qu'il n'a pas employé sa puissance comme il devoit contre les coupables, qu'il a usurpé les biens ecclésiastiques et vendu les églises , c'est-à-dire les prélatures, à des personnes indignes. Pour réparer ces désordres , il demande au pape son conseil et son .secours, particulièrement pour apaiser le trouble de l'église de Milan, dont il se reconnoît la cause. Mais ce que l'on connoît d'ailleurs du roi Henri fait juger qu'il ne pesoit pas assez les conséquences de ce qu'on lui faisoit dire en cette letlre.