X. Evéclié d'Olmulz rclabli
On trouve aussi quelques lettres du pape , écrites en ce même temps , touchant l'èvêchè d'Olmutz en Moravie , et cette affaire mérite d'être expliquée (1). Sévère, évèque de Prague, à la prière de Vratislas, depuis duc de Rohême, consentit à la distraction de l'èvêchè d'Olmutz, qui, depuis quatre-vingt-dix ans, étoit uni à celui de Prague, et on y mit un èvêque particulier, nommé Jean. Vratislas devint duc de Rohême , et l'évêque Sévère mourut. Le duc avoit trois frères, Conrad, Olhon et Jaromir. Conrad et Olhon, avant appris la mort de Tévêque, firent venir en diligence Jaromir, qui étoit en Pologne et pur laïque. Sitôt qu il fut arrivé, ils lui firent raser la barbe et faire la tonsure ; et l'ayant revêtu d'un habit clérical le présentèrent au duc, leur frère, le priant de lui donner révêchè de Prague. Le duc Vratislas, qui connoissoit l'incapacité de son frère Jaromir et de son èloignenrient de la vie ecclésiastique, ne pouvoit consentir à le voir évèque , surtout à la place d'un prélat comme Sévère , qui avoit été très-instruit et très-zélé pour la discipline del'Eglise. Ainsi , il nomma pour èvêque de Prague , Lanes, noble Saxon, qui avoit été son chapelain, et qu'il avoit fail prévôt de Litomeric en Rohême , i)our sa doctrine et ses bonnes moeurs. Mais les seigneurs de Rohême, excités par les deux frères Conrad et Othon, s'y opposèrent , principalement en haine des Allemands , et le duc fut contraint de consentir à l'élection de Jaromir. H falloit aussi qu'elle fût confirmée par Henri , roi d'Allemagne; et pour cet effet Jaromir vint le trouver à Mayence , où il fut ordonné par l'archevêque, son métropolitain, qui lui changea son nom , lui donnant celui de Gérard (2). Car les noms sclavons paroissoient barbares aux Allemands.
Jaromir, se voyant en possession de l'èvêchè de Prague, ne put souiïrir qu'on en eût diminué le revenu par la désunion de celui d'Olmutz, et prétendit que Sévère n'avoit pas eu le pouvoir de faire ce préjudice à ses successeurs. Le duc Vratislas, qui avoit procuré cette désunion, la vouloit soutenir, et prenoit le parti de Jean, èvêque d'Olmutz. Jaromir on vint à la violence, et fit maltraiter de coups l'évêque Jean , qui , appuyé du duc , envoya à Rome un prêtre porter ses plaintes au pape, Alexandre II. Mais Jaromir fit prendre en chemin ce député ; on lui ôta ses lettres et son argent , et on le chargea de coups. Le duc Vratislas envoya d'autres députés mieux accompagnés qui, étant arrivés à Rome , le pape Alexandre, informé de ce qui s'étoit passé, envoya à Prague le cardinal Rodolphe pour prendre connoissance de
l'affaire.
Le cardinal cita l'évêque Jamir , qui ,
n'ayant point comparu après trois citations , il l interdit de ses fonctions. Les prêtres qui étoient du parti de Jaromir firent fermer les églises et cesser les messes, déclarant qu'ils ne lèveroient point cet interdit que la censure portée contre lui ne fut levée. Le cardinal irrité les excommunia tous, et fit enfin promettre à Jaromir de venir à Rome se présenter au pape. Mais il y fut condamné et confiné dans un monastère. Toutefois , il fut depuis rétabli à la prière de la comtesse Mathilde, dont il étoit parent, à la charge que l'èvêchè d'Olmutz demeureroit séparé. C'est ce que disent les historiens de Rohême et de Pologne ; mais voici ce qui paroît par les lettres de Grégoire VII.
Dès le commencement de son pontificat, il envoya deux légats en Rohême , Rernard et Grégoire, qui furent très-bien reçus par le duc Vratislas ; mais l'èvt^uc Jaromir ne voulut point se soumettre à eux, et ils prononcèrent une suspense contre lui (1). Le pape menace de la confirmer dans sa lettre au duc, datée duhuilièmede juillet mil soixante-treize; et par une autre du mois de décembre suivant , il promet de juger l'affaire que ses légats n'avoient pu terminer sur les lieux , confirmant par provision ce qu'ils avoient ordonné. Dans la même lettre , il dit que le pape Alexandre avoit envoyé au duc Vratislas la mitre qu'il lui avoit demandée, ce qu'on n'avoit pas accoutumé d'accorder à un laïque.
Toutefois , à la fin de janvier mil soixantequatorze, le pape se relâcha, et rendit à Jaromir tout ce que ses légats lui avoient interdit, hormis les fonctions épiscopales , c'est-à-dire la jouissance des dîmes et des autres revenus de l'èvêchè de Prague, afin qu'il n'eût plus de prétexte pour différer son voyage de Rome. Le pape lui ordonna de s'y rendre au dimanche des Rameaux , lui défendant de toucher aux biens de l'èvêchè d'Olmutz, et ordonnant à l'évêque Jean de se trouver à Rome en même temps. Cependant Sigefroy , archevêque de Mayence, prétendit, comme métropolitain, prendre connoissance dudifférent entre les deux évêques de Prague et d'Olmutz (2). Mais le pape le lui défendit, attendu qu'il ne s'étoit point mis en peine d'abord de faire justice au dernier, qui avoit été si maltraité , et que la cause ètoit dévolue au saint-siège parplusieurs plaintes de cet èvêque. Le pape lui défend même de penser que lui ou aucun autre en puisse connoître , ni de s'élever contre l'église romaine, sans la grâce de laquelle, ajoutet-il , vous ne pourriez pas même garder votre
place.
Jaromir, èvêque de Prague, vint enfin à Rome , et se purgea en partie des reproches faits contre lui , car il nia qu'il eût frappé luimême l'évêque d'Olmutz (3), et qu'il eût fait
(1) Ep. 41, 43.
(2> Kp. 51, 525; tom. 10, Conc. p. 315.
(i) Lib. I , Ep. 25, 20, 52, 53, 54, 55, 50. 74.
(5J 1, Ep. 04, 58,
(1) Ep. 59, 60, 61. Du- an.Polon.
brav. lib. m, p. 59. Long. (2) P. 62.
(1) Episl. 17, 38,
(2) Ep. 44. 45, 60,
(3) Epist. 78.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An de J.-C.tOTt
ïi
raser la barbe et les cheveux à ses serviteurs ; ainsi , le pape le rétablit dans ses fonctions et dans tous ses droits , remettant le jugement définitif de l'affaire au prochain concile , à cause de l'absence de révéque d'Olmutz, à qui cependant il donna la provision des terres contestées entre eux. C'est ce qui paroît par une lettre du seizième d'avril mil soixante-quatorze. Mais, par trois autres du vingt-deuxième de septembre suivant , le pape se plaint que l'évêque de Prague lui a voit manqué de parole sur ce sujet, et qu'il ne gardoit pas la paix avec le duc son frère. Il remercie ce prince de cent marcs d'argent qu'il avoit envoyés à Rome à titre de cens pour saint- Pierre (1).