XVI. Lettre contre Philippe, roi de France
[AncleJ.-C.107i.
Cependant le pape Grégoire , de plus en plus mal satisfait de Philippe , roi de France , écrivit une lettre fulminante aux évéques de son royaume (1). Elle est adressée en particulier aux trois archevêques, Manasses de Reims, Richer de Sens et Richard de Bourges , et à Aldrade , évéque de Chartres. Le pape y déplore la décadence du royaume de France , autrefois si puissant et si glorieux , et la confusion où il est plongé par le mépris des lois et de la justice. Tous les crimes, dit-il, y sont impunis; les parjures, les sacrilèges, les incestes, les trahisons, sont comptés pour rien ; les citoyens et les frères se pillent et se prennent l'un l'autre ; on prend les pèlerins qui vont à Rome ou qui en reviennent, on les emprisonne et on les tourmente plus cruellement que ne feroient des païens , pour en exiger des rançons au-dessus de leurs forces.
C'est votre roi qui est la cause de ces maux , lui qui ne mérite pas le nom de roi, mais de tyran , qui passe sa vie dans le crime et l'infamie , qui , portant inutilement le sceptre dont il s'est chargé , non-seulement donne occasion aux crimes de ses sujets par la foiblesse de son gouvernement, mais les y excite par son exemple. Non content d'avoir mérité la colère de Dieu par les pillages des églises , les rapines, les adultères , les parjures , les fraudes, dont nous l'avons souvent repris , il vient encore d'extorquer une somme immense aux marchands qui étoient venus de divers pays à une foire de France : ce qu'on ne racontoit point même dans les fables qu'aucun roi ait jamais fait. Vous, mes frères, vous êtes aussi en faute, puisque c'est fomenter ses crimes que de n'y pas résister avec la vigueur épiscopale. Car vous vous trompez fort si vous croyez , en l'empêchant de mal faire , manquer au respect et à la fidélité que vous lui devez. C'est lui être bien plus fidèle de le retirer même du naufrage où son ùme périroit. Yous n'avez d'ailleurs rien à craindre ; si vous vous unissez pour la défense de la justice , vous aurez une force capable de le réprimer sans aucun péril pour vous; et, quand même il faudroit exposer votre vie , vous ne devriez pas manquer à faire votre devoir avec une liberté épiscopale.
C'est pourquoi nous vous prions et vous admonestons, par l'autorité apostolique, de
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VOUS assembler et de parler au roi par délibération commune , pour l'avertir du désordre et du péril de son royaume , lui montrer en face combien ses actions sont criminelles , et vous efforcer de le fléchir par vos exhortations , afin qu'il répare le tort qui a été fait aux marchands ; autrement, comme vous savez vous-mêmes, ce sera la source de grandes inimitiés. Exhortez-le, au reste, à se corriger, à quitter les habitudes de sa jeunt^sse , à rétablir la justice et relever la gloire de son royaume , enfin à se réformer le premier pour réformer les autres.
Que s'il demeure endurci sans vouloir vous écouter ; s'il n'est touché ni de la crainte de Dieu , ni de sa propre gloire, ni du salut de son peuple , déclarez-lui de noire part qu'il ne peut éviter plus long-temps la rigueur des censures apostoliques. Imitez aussi l'église romaine , votre mère ; séparez-vous entièrement du service et de la communion de ce prince , et interdisez par toute la France la célébration publique del'oflice divin. Que si cette censure ne l'oblige pas à se reconnoitre, nous voulons que personne n'ignore qu'avec l'aide de Dieu nous ferons tous nos eflbrts pour délivrer le royaume de France de son oppression. Et si nous voyons que vous agissiez foiblement eu
An de J.'C. 1075. ]