LIVRE SOIXANTE-DEUXIÈME
cette occasion si nécessaire , nous ne douterons plus que vous ne le rendiez incorrigible par la confiance qu'il a en vous , et nous vous priverons de toute fonction épiscopale , comme complices de ses crimes. Car Dieu nous est témoin que personne ne nous a fait prendre cette résolution, ni par prières ni par présents; nous n'y sommes porté que par la vive douleur de voir périr , par la faute d'un malheureux homme , un si noble royaume et un peuple si nombreux. Cette lettre est du dixième de septembre mil soixante-quatorze.
Le pape écrivit du même style, deux mois après, à Guillaume, comte de Poitiers. Il se plaint encore de la violence exercée par le roi contre ces marchands italiens ; et il exhorte le comte à se joindre avec les évêques et les seigneurs de France , pour presser le roi de se corriger et d'épargner les pèlerins qui alloienl à Rome : car on voit bien que les deux articles qu'il avoit le plus à cœur étoient ces pèlerins et ces marchands. Puis il ajoute : S'il persévère dans sa mauvaise conduite , nous le séparerons de la communion de l'Eglise dans le concile de Rome , lui et quiconque lui rendra l'honneur et l'obéissance comme à un roi ; et cette excommunication sera confirmée tous les jours sur l'autel de Saint-Pierre. Car il y a long-temps que nous dissimulons ses crimes ; mais il s'est rendu maintenant si odieux , que quand il auroit la puissance que les empereurs païens exerçoient contre les martyrs , aucune crainte ne pourroit nous obliger à laisser ses iniquités impunies. Grégoire fait encore les mêmes menaces contre le roi Philippe , écrivant àManasses, archevêque de Reims, au mois
de décembre suivant ; mais nous ne voyons en France aucun effet de ces lettres (1).