XXX. Alphonse le catholique
En Espagne , les chrétiens se relevoient peu à peu. Le roi Pelage étant mort, l'ère sept cent soixante-quinze , qui est l'an sept cent trente-sept (2), son filsFafila lui succéda , mais il ne régna que deux ans , et eut pour successeur Alphonse, mari de sa sœur Ermésinde, et fils de Pierre, duc de Cantabrie, descendu du roi Récarède. Le roi Alphonse surnommé le catholique, gagna plusieurs victoires sur les Arabes affoiblis par les pertes qu'ils a voient faites en France, et leur enleva plusieurs villes. On en compte jusqu'à trente-une, dont les principales sont : Lugo , Tuy , Portugal , Brague, métropole de Lusitanie, Salamanque, Zamora, Avila, Ségovie, Astorga, Léon. 11 tua tous les Arabes qui les habitoient , et emmena avec lui les chrétiens en Aslurie, en sorte que ces villes demeuroient désertes. Mais il en repeupla quelques autres , du nombre desquelles fut Rurgos. Il repeupla aussi Lugo en Galice sur le Migno, et y établit un èvcHjue, nommé Odoaire, qui rebâtit l'église et la ville, et cultiva les terres des environs (3). Le roi Alphonse bâtit de nouveau ou répara y)lusieurs églises, et régna glorieusement pendant dixhuit ans, après lesquels il mourut, laissant pour successeur son iils Froïla , l'an sept cent cinquante-sept, ère sept cent quatre-vingtquinze. Alphonse et son épouse, Ermésinde, furent enterrés au monastère de Sainte-Marie, près de Cangas.
Plusieurs monastères subsistoient encore en Espagne , même sous la domination des Arabes (4). On le voit entre autres par la sauvegarde que deux capitaines de cette nation accordèrent aux habitants de Conimbre et des environs, en date de l'ère sept cent soixante-douze, qui fait l'an sept cent trentc^quatre. Cette date porte que les chrétiens payeront le double des Arabes ; chaque église vingt-cinq livres pesant d'argent, les monastères cinquante; les cathédrales, cent ; les chrétiens auront un comte à Conimbre , et un autre à Goadatha ou Aguéda , de leur nation, pour leur rendre justice ; mais ils ne pourront faire mourir les coupables sans l'ordre
(1) iVlartyr. R. 21 febr. i (3; Dipl.an.7i4, ap.Mor. octob. 1. VI.
(2) Sebast. Sailamaot. p. (i) Saudoval Uisloria, p. *T- 87.
An de J.-C. 742
de l'alcaide ou de l'alguazil arabe , qui confirmera leur jugement. Ils mettront des juges dans les petits lieux. Si un chrétien tue un Arabe ou lui fait injure, il sera jugé par Talguazil ou l'alcaide, selon la loi des Arabes. Si un chrétien abuse d'une fille arabe , il se fera musulman et l'épousera , sinon il sera mis à mort ; s'il abuse d'une femme mariée , on le fera mourir. Si un chrétien entre dans une mosquée ou parle mal d'Allah, c'est-à-dire de Dieu ou de Mahomet, il se fera musulman ou sera mis à mort. Les évéques des chrétiens ne maudiront point les rois musulmans sous peine de mort. Les prêtres ne diront leurs messes qu'à portes fermées, sous peine de dix livres d'argent. Les monastères seront en paix en payant les cinquante livres. Le monastère de Lorban ne payera rien, dit l'auteur de la sauve-garde, parce que ces moines me montrent de bonne foi le gibier et reçoivent bien les musulmans. Il posséderont leurs biens en paix , viendront à Conimbre en toute liberté , et ne payeront rien de ce qu'ils achèteront ou vendront , à la charge de ne point sortir de nos terres sans congé. Le monastère de Lorban subsiste encore, et est à présent l'ordre de Citeaux. Cette pièce peut faire juger de la manière dont les chrétiens vi voient sous la puissance des Arabes dans le reste de l'Espagne.