XX. Concile de Rome
Le pape avoit indiqué un concile à Rome pour la première semaine de carême de l'année mil soixante-quinze, et il y avoit appelé plusieurs évêques en particulier. De Lombardie, €uibert de Ravenne, Cunibert de Turin , Guillaume de Pavie. De France , les évêques de Bretagne, Isembert, évêque de Poitiers, qui avoit dissipé à main armée un concile où présidoient les légats du pape, et où l'on devoit examiner la validité du mariage du comte de Poitiers. L'évêque Isembert avoit été cité à Rome pour la Saint-André mil soixante-quatorze, et n'y avoit point comparu ; c'est pourquoi il fut suspendu de ses fonctions, et cité au concile du carême suivant. Le papiî y appela aussi plusieurs évêques d'Allemagne , savoir : Liémar, archevêque de Brème , et Sigefroy, archevêque de Mayence, avec ses suffragants
[An deJ.-C. 1075.
comme j'ai dit ; Bennon, évêque d'Osnabruc, et l'abbé de Corbie en Saxe , si l'archevêque de Cologne ne les accordoit auparavant (1). Enfin il y appela Hugues, évêque de Die, avec quelques-uns de ses diocésains, qu'il avoit excommuniés pour avoir usurpé les biens de
son église.
(1) II, Episl. 7. Eric.
Hist. p. 'lO'J. Fontan. lib.
v,p. l'Jl.Saxo. lib.xi, 102. •
Le concile de Rome se tint en effet depuis le vingt-qualrième defévrier mil soixante-cjuinze, qui eloit le mardi de la première semaine de carême, jusqu'au dernier du même mois (2). 11 y assista grand nombre d'archevêques, d't»vêques , d'abbés , de clercs et de laïques. Entre autres décrets qui y furent faits, le pape excommunia cinq domestiques du roi d'Allemagne, par le conseil desquels il vendoit les églises , à moins qu'ils ne vinssent à Rome se justifier dans le premier jour de juin. Le roi de France, Philippe, futaussi menacé d'excommu-
nications'ilnedonnoitassurancedesa correction aux nonces du pape qui dévoient aller en France. Liémar, archevêque de Brème, fut suspendu de ses fonctions pour sa désobéissance, et interdit delà communion du corps et du sang de Notre Seigneur. Garnier, évêque de Strasbourg, et Henri de Spire, furent suspendus ; et Herman de Bamberg, s'il ne venoit se justifier avant PAques, qui, cette année, fut le cinquième d'avril. En Lombardie , Guillaume, évêque de Pavie, et Cunibert de Turin, furent suspendus, et Denis de Plaisance déposé. On confirma l'excommunication déjà prononcée contre Robert Guischard, duc de Pouille (3).
A ce concile, se trouvèrent Jaromir, autrement Géboard , ou plutôt (iérard, évêque de Prague, et Jean, évêque d'Olmutz; et on y examina leur diflèrent touchant quelques dîmes et quelques terres (t). L'atTaire se» trouva si embrouillée, qu'il ne fut pas iK)ssil)ledela terminer par un jugement délinilil, mais, |)our établir la paix entre eux , on ordonna par provision un partage , en vertu duquel chacun jouiroit de la moitié, en attendant que les droits fussent mieux éclaircis; ce qu'ils pourroient faire dans le terme de dix ans. C'est re qui paroît par la lettre du second jour de mars mil soixante-quinze. On peut remarquer dans le décret de ce concile que le pape ne menace d'excommunication que les ministres du roi Henri , comme coupables de simonie. Mais le pape le ménageoit encore , espérant le ramener par la douceur .; car ce prince témoignoit lui être fort soumis, et vouloir sincèrement bannir de son royaume la simonie et l'incontinence des clercs. C'est ce que l'on voit par quelques lettres, où le pape le loue de ses bonnes dispositions. Le roi parut les conserver , tant qu'il craignit les Saxons révoltés contre lui ^ mais
(1) II, Episl. 42, 3.1, 3,5, Ep. 1, 2i, 2.5; II, Ep. 28, 2U, 25, 43.
(2) To. 10, p. 344.
C3) II, Epist. 5i.
(4) II, Episl. 55. Sup.
AndeJ.-C.1075]