‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1481 sur 2407 · XXI. Herman de Bamberg déposé · texte numérisé non relu

XXI. Herman de Bamberg déposé

L'affaire d'Herman , évêque de Bamberg, mérite d'être rapportée plus au long. 11 fit bâtir à ses dépens une église à l'honneur de saint Jacques, où il mit vingt-cinq chanoines de bonnes mœurs , et leur donna abondamment de quoi vivre (2). Mais ensuite il les chassa sans avoir aucun sujet de plainte contre eux , et donna cette maison à des moines. Car il avoit une telle affection pour les moines , que s'il eut pu il les eût mis à la place des clercs partout son diocèse. Les chanoines chassés se joignirent à ceux de la cathédrale , pour représenter à l'évêque que son diocèse avoit plus besoin de clercs que de moines; et que la nouvelle église, n'ètantqu'à trente pas delà cathédrale, ne convenoit pas à ceux-ci , dont l'institut ne demande que la solitude. IVlais l'évêque demeurant inexorable ,les clercs allèrent à Rome, et portèrent leurs plaintes au pape. Ils soutenoient que leur évêque étoit entré dans le siège par simonie, et, qu'en ayant été accusé devant le pape Nicolas, il ne s'en étoit sauvé que par un parjure; qu'il étoit entièrement ignorant, et qu'avant son ordination il avoit scandalisé la ville de Mayence, où il avoit été nourri , en s'abandonnant à toutes sortes de crimes ; que, s'ètant exercé dès sa jeunesse à amasser de l'argent et prêter à usure, il s'y étoit encore plus appliqué depuis son épiscopat, vendant les abbayes et les églises de son diocèse , et réduisant à une extrême pauvreté les serfs de l'église de Bamberg , riche auparavant. Par toutes ces raisons, ils demandoient au pape la déposition de leur évêque.

Le pape l'avoit déjà suspendu , et sur cette relation il l'excommunia ; parce qu'ayant été accusé et appelé plusieurs fois à Rome pendant deux ans, il n'avoit tenu compte d'y venir. Il lui ordonna de rendre l'église de Saint- Jacques aux chanoines qu'il en avoit chassés injustement, et manda au clergé de Bamberg de s'abstenir de la communion de l'évêque , déclarant que jamais il ne le rélabliroit. Le pape envoya , pour l'exécution de ses ordres , des légats avec les députés du clergé de Bamberg ; et, quand ils furent arrivés, le clergé envoya dire à l'évêque de se retirer incessamment. En même temps], un jeune clerc insolent lui présenta un verset d'un psaume, et lui dit : Si vous pouvez expliquer ce verset, non pas dans le sens mystique ou allégorique, mais mot à mot, je vous déclarerai innocent et digne de Tépiscopat. L'évcVjue surpris demanda en colère à st»s clercs d'où leur venoit cette nouvelle présomption , quand les légats du pape se prè-

(1) Lib. m, Ep. 3, 5, T, 10.

(2) Lamb. nu. t075, Ep.

sentèrent , et, outre les lettres qu'ils avoient en main, lui dénoncèrent de vive voix la suspense et l'excommunication.

Comme ses clercs le pressèrent de se retirer, et protestoient qu'ils ne feroient aucun service dans l'église tant qu'il y demeureroit ; ne sachant à quoi se résoudre , il envoya à l'archevêque de Mayence son plus fidèle ami, qu'il avoit gagné par plusieurs bienfaits , et qui avoit eu part à son entrée dans l'épiscopat , et à la manière dont il s'y étoit conduit. L'archevêque, n'ayant pu rien gagner auprès du clergé de Bamberg, résolut d'aller à Rome pour essayer d'apaiser le pape. Mais il pensa être déposé lui-même pour avoir ordonné l'évêque de Bamberg par simonie , et il reçut ordre de publier l'excommunication prononcée contre cet évêque , et d'en ordonner un autre à sa place.

Herman, voyant alors qu'il n'avoit plus rien à espérer que dans la clémence du pape , alla à Rome avec des gens qu'il payoit bien pour plaider sa cause. Mais le pape étoit à l'épreuve des beaux discours, aussi bien que des présents; et tout ce que Herman put obtenir fut d'être absous de l'excommunication, à la charge de passer le reste de ses jours dans un monastère. Etant de retour en Allemagne, il rapporta cet ordre du pape à ses vassaux, dont il avoit gagné l'affection par ses largesses; mais ils protestèrent qu'ils étoient résolus de s'exposer à tout plutôt que de souffrir que leur église fût ainsi déshonorée. Herman revint donc à Baml)erg , et, pendant un mois ou cinq semaines qu'il y demeura, il exerça tous les droits épiscopaux, hors les fonctions de l'autel ; mais son clergé ne fit aucun office public dans toute la ville, et ni le roi ni aucun évêque ne communiqua avec lui. C'est ainsi que l'historien Lambert raconte l'affaire.

Il paroît, par les lettres du pape Grégoire, qu'Herman ne se présenta point au concile de Rome de cette année mil soixante-quinze, quoiqu'il y eut été appelé , mais qu'étant venu près de Rome , il s'arrêta en chemin , et envoya devant ses députés avec de grands présents , pour corrompre le pape et les évêques. Frustré de cette espérance , et , sachant qu'il avoit été condamné, il s'en retourna promptement, et promit aux clercs qui l'accompagnoient qu'il renonceroit à l'épiscopat et embrasseroitla vie monastique , ce qu'il n'exécuta pas; au contraire, il dépouilla de leurs biens quelques clercs de son église qui lui résistoient. Cependant il fut déposé dans le concile, et le pape, ayant appris ensuite comment il avoit trompé ses clercs, écrivit à l'archevêque de Mayence et au roi Henri de mettre à sa place un autre évéque à Bamberg. Ces lettressont du vingtième de juillet mil soixantequinze (1).

(1) Lib. II, Ep. 70; III, Ep. 1, 2, 3. Lamb. p. 228.

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HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[Ande J.-C. 1075.

An de J.-G. 1075.]

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