‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1495 sur 2407 · XXXII. Lettre du pape sur l'excommunication des rois · texte numérisé non relu

XXXII. Lettre du pape sur l'excommunication des rois

Quant à ceux qui disent qu'un roi ne doit pas être excommunié , quoique leur impertinence mérite qu'on ne leur réponde point, nous les renvoyons aux paroles et aux exemples des pères. Qu'ils lisent ce que saint Pierre ordonna au peuple dans l'ordination de saint Clément, touchant celui que l'on sait n'être pas bien avec l'évéque. Qu'ils apprennent que l'apôtre dit : Etant prêts à punir toute désobéissance. Et de qui il dit : Il ne faut pas même manger avec eux. Qu'ils considèrent pourquoi le pape Zacharie déposa le roi de France , et déchargea tous les François du serment qu'ils lui avoient fait. Qu'ils apprennent dans le registre de saint Grégoire , qu'en des privilèges donnés à quelques églises il n'excommunie pas seulement les rois et les seigneurs qui pourroient y contrevenir, mais il les prive de leur dignité. Qu'ils n'oublient pas que saint Ambroise , non content d'excommunier Théodose, lui défendit encore de demeurer à la place des prêtres dans l'église ; quoique ce prince fût non-seulement roi, mais véritablement empereur, par ses mœurs et par sa puissance. Peut-être veut-il dire que quand Dieu dit à saint Pierre : Paissez mes brebis, il en excepta les rois ; mais ne voientils pas qu'en lui donnant le pouvoir de lier et de délier , il n'en excepta personne ? Que si le saint-siège a reçu de Dieu le pouvoir de juger les choses spirituelles, pourquoi ne jugera-t-il pas aussi les temporelles? Yous n'ignorez pas de qui sont membres les rois et les princes, qui préfèrent leur honneur et leur profit temporel à l'honneur et à la justice de Dieu (2). Car comme ceux qui mettent la volonté de Dieu avant la leur, et lui obéissent plutôt qu'aux hommes , sont membres de Jésus- Christ ; ainsi les autres sont membres de l'antechrist. Si donc on juge quand il le faut les hommes spirituels , pourquoi les séculiers ne seront-ils pas encore plus obligés à rendre compte de leurs mauvaises actions?

Mais ils croyent peut-être que la dignité royale est au-dessus de l'épiscopale. On en peut

(1) Acta ap. BoII. c. 2, p. 151; lib. IV, Ep. 2.

voir la différence par l'origine de Tune et de l'autre. Celle-là a été inventée par l'orgueil humain , celle-ci instituée par la bonté divine ; celle-là recherche incessamment la vaine gloire, celle-ci aspire toujours à la vie céleste. Aussi saint Ambroise dit dans son pastoral , que l'épiscopat est autant au-dessus de la royauté que l'or au-dessus du plomb, et l'empereur Constantin prit la dernière place entre les évêques.

Le pape dit ensuite qu'il a donné à quelques évêques le pouvoir d'absoudre les seigneurs qui ont eu le courage de s'abstenir de la communion du roi ; mais, pour le roi luimême , il s'en réserve l'absolution , en connoissance de cause. Cette lettre est du vingtcinquième d'août mil soixante-seize. On y voit les fondements de cette doctrine inouie jusqu'alors , que le pape eût droit de déposer les souverains. Je laisse aux savants à juj^er combien les fondements sont solides : j'observe seulement ce qui suit en faveur de ceux qui sont moins instruits. La première autorité est tirée d'une lettre apocryphe de saint Clément à saint Jacques, et ne parle que de l'excommunication , non plus que les deux passages de Siiint Paul. Or, la question n'étoit pas si les rois pouvoient être excommuniés, mais si l'excommunication les privoit de leur puissance temporelle. Quant aux exemples, le pape Zacharie ne déposa jK)int le roi Childéric ; mais il fut seulement consulté par les François , qui vouloient le déposer ; et ce prince n'étoit ni excommunié ni criminel , mais seulement méprisé pour son incapacité (1). Le privilège de saint Grégoire est celui de l'hôpital d'Autun , où quelques-uns croient que cette clause de privation des dignités temporelles a été ajoutée ; d'autres la regardent comme une malédiction et une menace. Quant a l'empereur Théodose, saint Ambroise ne prétendit jamais lui rien ôter de la puissance temporelle. Le reste de ce qu'avance Grégoire VII prouveroit trop s'il étoit vrai ; car si ceux qui ont droit de juger le spirituel avoient droit à plus forte raison déjuger le temporel, il ne faudroit plus d'autres juges ni d'autres princes que les évêques ; et , si les puissances temporelles n'étoient établies que par l'orgueil humain , la religion devroit les détruire ; mais l'Ecriture nous apprend que toute puissance vient de Dieu, même celle des princes infidèles (2).

XXXni. Lettre aux Allemands.

Vers le même temps, le pape écrivit une autre grande lettre à tous les évêques , les seigneurs et les fidèles du royaume teutonique ; où, supposant le droit , il entreprend de justi-

(2' 2 Cor. X, 0. 1 Cor. v, 11; iib. 10, Ep. 28. Join. XXI, 17. Il Cor. VI, 3.

(1) EditColeler. p. 540, n. 18. Sup. 1. xLiii, n. 1.

Sup. 1. xxxvi, n. 43.

C2) Sup. I. XIX, n. 21.

Koin. .Mil, 1.

fier cette excommunication, par l'exposition des faits et de la conduite qu'il a tenue à l'égard du roi (1). Lors, dit-il, que nous étions encore dans l'ordre de diacre , ayant été informés des actions honteuses du roi , et désirant sa correction, nous l'avons souvent averti par nos lettres et par ses envoyés de mener une vie digne de sa naissance et de sa dignité ; mais étant arrivés au pontificat , nous avons compris que Dieu nous demanderoit compte de son àme , avec d'autant plus de sévérilé, que nous avions plus d'autorité pour le reprendre. C'est pourquoi, voyant son iniquité croître avec lâge , nous avons redoublé nos exhortations et nos instances. Il nous a souvent envoyé des lettres soumises , s'excusant sur sa jeunesse et sur les mauvais conseils de ses ministres, et promettant de suivre nos avis ; mais il les a méprises en effet , se plongeant de plus en plus dans les crimes. Alors nous avons invité à pénitence quelques-uns de ses confidents, par le conseil desquels il a voit vendu des évêchés et des abbayes à des personnes indignes; et, voyant qu'après les délais que nous leur avions donnés ils demeuroient opiniâtres dans leur malice , nous les avons excommuniés , comme il étoit juste, et averti le roi de les éloigner de sa maison et de ses conseils.

Cependant les Saxons se fortifiant , et le roi se voyant abandonné de la plus grande partie de son royaume, nous écrivit encore une lettre très-soumise, nous priant de réparer les maux qu'il avoit faits à l'Église, et nous promettant, pour cet effet , toutes sortes d'obéissance et de secours ; et, depuis, il confirma ces promesses à nos légats Humbert , évêque de Préneste, et (iéraud, évêque d'Oslie, qui le reçurent à pénitence, et entre les mains desquels il fit serment par les étoles qu'ils portoient. Mais, quand il eut remporté la victoire contre les Saxons , If's actions de grâces qu'il en rendit à Dieu furent d'oublier toutes ses promesses, de recevoir en sa familiarité les excommuniés, et remettre les églises dans la première confusion. Touchés d'une vive douleur, nous lui avons encore écrit pour l'exhorter à se reconnoître, et lui avons envoyé trois hommes pieux de ses sujets pour l'avertir en secret de faire pénitence de tant de crimes, pour lesquels il méritoit non-seulement d'être excommunié, mais d'être privé de la dignité royale, selon les lois divines et humaines. Enfin , nous lui avons déclaré que, s'il n'éloignoit de lui les excommuniés, nous ne pouvions donner autre jugement, sinon qu'il demeurât , selon son choix , excommunié avec eux.

Mais ce prince, s'irritant contre la correcfion , n'a point cessé qu'il n'ait obligé presque tous les évêques d'Italie, et, en Allemagne, tous ceux qu'il a pu , à renoncer à l'obéissance du saint-siège. Voyant donc son impiété montée

(1) VilaGrcg.c.S,n.6.5.

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