Tome IV
au comble , nous l'avons excommunié , par jugement synodal , pour avoir communiqué avec des excommuniés, pour n'avoir pas voulu faire pénitence de ses crimes , et pour avoir déchiré l'Eglise par un schisme. Le pape exhorta ensuite les Allemands à demeurer fermes dans le bon parti. Dans une autre lettre , datée du troisième de septembre mil soixante-seize , il les exhorte à élire un autre roi , si Henri ne se convertit pas , pourvu qu'ils le fassent de l'autorité du saint-siège , et avec le consentement de l'impératrice Agnès , mère du roi Henri (1). II y en eut en effet plusieurs qui abandonnèrent le roi , et plusieurs de ceux qu'il avoit fait souscrire à la condamnation du pape envoyèrent au pape des députés pour lui demander pénitence. Il les reçut à bras ouverts et leur envoya des lettres de consolation. Il y eut même des évêques qui vinrent à Rome nu-pieds, et y attendirent patiemment jusqu'à ce que le pape les reçiit en grâce (2). Uton, archevêque de Trêves , étant revenu de Rome, ne vouloit communiquer ni avec Sigefroy, archevêque de IMayence , ni avec le nouvel archevêque de Cologne, Hidulfe, ni avec plusieurs autres qui étoient les plus assidus auprès du roi , et dont il suivoit les conseils. Uton s'en éloignoit parce que le pape les avoit excommuniés, et disoit que toutefois il avoit obtenu du pape, à grand'peine, de pouvoir parler au roi seul , sans communiquer avec lui en aucune autre manière. A son exemple, plusieurs autres se retirèrent de la cour, sans avoir égard aux ordres du roi , qui les rappeloit. Ceux du parti du roi , irrités contre eux jusqu'à la fureur, n'épargnoient ni les injures ni les menaces (3) ; ils soutenoient que la sentence du pape étoit injuste et nulle, puisqu'il les avoit condamnés sans les avoir cités canoniquement au concile, ni examinés ni convaincus; que l'archevêque de Trêves et ceux de son parti avoient depuis long-temps conspiré contre le légat , et n'employoient le prétexte de la religion et de Tautorité du pape que pour ruiner celle du roi ; qu'il devoit songer à maintenir sa dignité, et à tirer de bonne heure , contre ses ennemis , l'épée que, suivant l'apôtre, il avoit reçue pour la punition des méchants. Il n'étoit pas difficile d'exciter le roi , qui n'étoit de luimême que trop violent ; mais , voyant que les seigneurs l'abandonnoient peu à peu sous prétexte de refigion , et que les menaces sans forces étoient inutiles, il s'accommodoit au temps, et tàchoit de ramener les seigneurs par la douceur. Toutefois, il ne pouvoit renoncer à la haine implacable qu'il avoit conçue contre les Saxons , et cherchoit toujours à les réduire en servitude.