XVII. Macaire condamné
L'empereur flt ensuite apporter par Photiu , son secrétaire , les trois volumes de passages produits par Macaire et scellés. Après que Macaire les eut reconnus, l'empereur lui demanda à quels desseins il avoit extrait ces passages. C'est, dit Macaire, touchant la volonté unique du père de Notre Seigneur Jésus-Christ et du Saint-Esprit. Et que croyez- vous, dit l'empereur, touchant l'incarnation? Macaire commença à expliquer sa créance ; mais comme il fit mention d'une confession de foi qu'il avoit donnée à l'empereur, l'empereur en ordonna la lecture (2) j elle étoit longue , et catholique dans le reste ; mais il y soutenoit expressément que Jésus-Christ n'a voit que la seule volonté divine. Il condamnoit, entre les hérétiques, saint Maxime avec ses disciples, le traitant de manichéen et de païen , et comptoit, entre les docteurs dont il s'autorisoit , le pape Honorius, comme Sergius et Cyrus (3). Quoique sa créance fût manifeste par cet écrit, l'empereur et le concile ne laissèrent pas de le faire expliquer de vive voix , et de lui demander s'il confessoit deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ. Macaire répondit : Je ne dis point deux volontés ou deux opérations, quand on devroit me couper tous les membres l'un après l'autre et me jeter dans la mer.
L'empereur et le concile ordonnèrent au diacre George d'apporter de la bibliothèque patriarcale les livres des pères , pour vérifier les passages produits par Macaire. Les livres étant apportés, le consul Pierre conféra un
volume de saint Athanase avec le premier volume des extraits de Macaire, représenté par Diogène, secrétaire de l'empereur. Le premier passage étoit tiré du concile de saint Athanase contre Apollinaire; mais IMacaire en avoit retranché la suite, qui fut lue, et qu'il faisoit contre lui (1;. L'empereur lui demanda pourquoi il avoit ôté ces paroles si importantes. Macaire répondit : J'ai fait ces extraits suivant mon dessein. Il fit la même réponse sur un second passage qui se trouva tronqué. Sur quoi le concile s'écria : Il s'est manifestement déclaré hérétique (2). Anathème au nouveau Dioscore! Malheur au nouvel Apollinaire!
Il mérite d'être privé de l'épiscopat ! qu'il soit dépouillé de son pallium !
Il en fut dépouillé en effet par Basile de Crète; et comme il étoit debout au milieu de l'assemblée avec son disciple Etienne, Théophane, abbé de Baeïs,leur demanda: Jésus-Christ a voit-il une volonlé humaine et implacable? Ils répondirent : Nous ne connoissons point en Jésus- Christ de volonté humaine, mais bien la divine, sans volontés charnelles, ni pensées humaines, suivant le passage de saint Athanase, qui vient d'être lu (3). Théophane répondit : Si vous aviez mis le passage entier, on auroit trouvé que saint Athanase appelle volontés charnelles et pensées humaines celles qui sont coupables et voluptueuses, et qui viennent de la suggestion du démon. Je ne les attribue pas non plus à Jésus-Christ, Dieu m'en préserve , mais seulement une volonté naturelle, telle que Dieu l'a voit mise en Adam. Or, je vous demande : Adam avoit-il une âme raisonnable? Oui, répondirent-ils. Théophane ajouta : Avoit-il une volonté naturelle? Etienne répondit : Il avoit une volonté de choix et de libre arbitre; car, avant son péché, il avoit une volonté divine, et vouloit avec Dieu. Do mitius, évêque de Prussiade, dit *• Quel absurde blasphème ! Si Adam vouloit avec Dieu, il étoit donc aussi créateur ? Jx»s Romains ajoutèrent : Si Adam , avant son péché , avoit une volonté divine , il étoit donc consubstantiel à Dieu, sa volonté étoit invariable et vivifiante. Comment est-il donc changé et tombé dans la mort? Ne savez- vous pas que saint Cyrille dit de Jésus-Christ : Comme il est consubstantiel, il a la même volonté que son père , une même substance n'a qu'une même volonté.
Théophane pressa Macaire et Etienne de répoudre par oui ou par non sur la question , Si Adam avoit une volonté naturelle , offrant de le prouver par les pères. Ils ne voulurent jamais en convenir, ni le nier ; mais l'empereur et le concile ordonnèrent à Théophane de rapporter ses preuves , et il cita un passage de saint Athanase et un de saint Augustin D'où le concile conclut : Si le premier Adam a eu une volonté naturelle, comment le second
(t) T. 2, p. 940, n. 1, 6. (3) Aoast. in Agat. (i) P. 756, 757, E. 760.
AndeJ.-C.68î.]
Adam ne l'aura-t-il pas eue dans sa nature humaine (1)? Si donc il a pris une volonté impeccable dans sa nature humaine , et qu avant les siècles il eut avec le père et le Saint-Esprit une volonté divine , il est clair qu il faut reconnoître en lui deux volontés.
On continua la vérification des passages produits par Macaire , et on en examina encore trois : un de saint Ambroise , un du Livre des noms divins attribué à Denis , un de saint Jean Chrysoslôme, qui est ainsi nomme dans les actes du concile (2). On vit que tous trois avoient été tronqués ; après quoi , l'empereur remit le reste à une autre session.