‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1501 sur 2407 · XXXIX. Le pape à Canosse · texte numérisé non relu

XXXIX. Le pape à Canosse

(1) Lamb. p. 234. Domlnlzo, lib. i.

Le pape, étant donc en chemin pour aller en Allemagne , fut bien surpris quand on lui dit que le roi étuit déjà en Italie. Il ne savoit à quel dessein ce prince étoit venu , si c'étoit pour demander pardon ou pour se venger d'avoir été excommunié. Le pape , en attendant qu'il fût mieux informé des intentions du roi , se retira, par le conseil de Mathilde , dans une forteresse qu'elle avoit en Lombardie. C'étoit le château de Canusium ou Canosse , près de Rége , qu'il ne faut pas confondre avec l'ancienne ville de Canosse vers Bari, à l'autre extrémité de l'Italie (1). Plusieurs évêques allemands et plusieurs laïques que le pape avoit excommuniés, et que le roi, par cette raison, avoit été obligé d'éloigner de sa personne , ayant échappé à ceux qui gardoient les passages, arrivèrent en Italie, et vinrent à Canosse nu-pieds et vêtus de laine sur la chair , pour demander au pape» l'absolution II répondit qu'il ne falloit pas refuser le pardon à ceux qui reconnoitroient sincèrement leur péché ; mais qu'une si longue désobéissance demandoit une longue pénitence. Comme ils déclarèrent qu'ils éloient prêts à souffrir tout ce qu'il leur prescrivoit, il fit séparer les évêques dans des cellules chacun à part , leur défendant de parler à personne, et de prendre autre nourriture qu'un repas médiocre le soir. Il imposa aussi aux laïques des pénitences convenables, selon l'âge et les forces de chacun. Après les avoir ainsi éprouvés pendant quelques jours , il les fit venir , leur fit une douce réprimande , et leur donna l'absolution; mais en les congédiant il leur recommanda très-expressément de ne point communiquer avec le roi Henri jusqu'à ce qu'il eût satisfait au saint-siège, leur permettant seulement de lui parler pour l'exciter à iMÏnitence.

Cependant le roi Henri fit venir la comtesse Mathilde à une conférence , d'où il la renvoya au pape chargée de prières et de promesses, et avec elle sa belle-mère, la comtesse de Savoie, avec le comte, son fils , le marquis Azon, et quelques autres seigneurs d'Italie et Hugues, abbé de Clugny; car il savoit que ces personnes avoient beaucoup de crédit auprès du pape. Le roi le prioit de l'absoudre de l'excommunication , et ne pas légèrement ajouter foi aux seigneurs allemands qui ne l'accusoient que par passion. Le pape répondit qu'il étoit contre les lois de l'Eglise d'examiner un accusé en l'absence de ses accusateurs, et que si le roi se confioit en son innocence il ne devoit point craindre de se présenter à Augsbourg au jour nommé , où il lui feroit justice sans se laisser prévenir par ses parties. Les députés dirent que le roi ne craignoit point de subir le jugement du pape en quelque lieu que ce fût; mais qu'il étoit pressé par l'année de son excommu-

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nication prête à expirer ; et que les seigneurs atlendoient ce jour , après lequel ils ne l'écouteroient plus et le déclareroient privé sans retour de la dignité royale. C'est pourquoi il prioit instamment le pape de l'absoudre seulement de l'excommunication, se soumettant pour cet effet à telle condition qu'il lui plairoit, et promettant ensuite de répondre à ses accusateurs en tel lieu et à tel jour que le pape ordonneroit , et de renoncer à la couronne s'il ne pouvoit se justifier.

Le pape résista long-temps, craignant la légèreté du roi; mais enfin cédant à l'importunité des députés et à leurs raisons, il dit : S'il est véritablement repentant qu'il nous remette la couronne et les autres marques de la royauté , et qu'il s'en déclare désormais indigne. Les députés trouvèrent cette condition trop dure , et pressèrent le pape de ne pas pousser ce prince à l'extrémité. Il se laissa donc fièchir avec bien de la peine, et dit : Qu'il vienne, et qu'il répare par sa soumission l'injure qu'il a faite au saint-siège (1). Le roi vint en effet à Canosse ; et , laissant dehors toute sa suite , il entra dans la forteresse , qui avoit trois enceintes de murailles; on le fit demeurer dans la seconde sans aucune marque de sa dignité ; au contraire, il étoit nu-pieds, et vêtu de laine sur la chair , et passa tout le jour sans manger jusqu'au sortir , attendant l'ordre du pape. Il passa de même le second et le troisième jour.

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