‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1500 sur 2407 · XXXVII. Henri passe en Italie · texte numérisé non relu

XXXVII. Henri passe en Italie

Mais le roi comprit que son salut dépendoit d'être absous de l'evcommunicalion avant l'an et jour , et ne crut pas sûr d'attendre que le pape vînt en Allema-ne, où il auroit à soutenir la présence, non-seulement de ce juge irrite , mais encore de ses accusateurs obstines à sa perte. C'est pourquoi il jugea que le meilleur parti pour lui étoit d'aller au devant du pape jusqu'en Italie, et de faire tous ses efforts pour obtenir à quelque prix que ce fût son absolution , après laquelle tout lui deviendroit facile , puisque la religion ne seroit point un prétexte pour empêcher les seigneurs de lui parler , et ses amis de le secourir. Il partildonc de Spire peu de jours avant Noël avec la reine, sa femme , et son tils encore enfant , sans être accompagné que d'un seul noble allemand , el sans presque trouver personne qui l'aidât pour les frais d'un si grand \oyage.

Il fut bien averti que les ducs Rodolphe , Guelfe et Berthold avoient mis des gardes à tous les passages des monUignes pour 1 empêcher d'entrer d'Allemagne en Italie (1) : c est pourquoi il laissa le droit chemin et vint par la Bourgogne, où il fut reçu par le comte Guillaume, oncle de sa mère, et célébra la fête de Noël à Besancon. De là il entra en Savoie , dont le comte Amédée, bien que son beaufrère , ne lui permit le passage que moyennant 1\ cession d une bonne province. Il trouva d'extrêmes difficultés à passer les Alpes, à cause de la rigueur de Ihiver , qui fut telle cette année , que le Rhin demeura glacé à le traverser à pied depuis la Saint-Martin presque jusqu'au mois d'avril. Le roi Henri ne fut arrêté ni par les neiges ni par les glaces , qui rendoient les chemins glissants dans les précipices , parce qu'il étoit pressé par le terme que les seigneurs lui avoient prescrit , savoir, le bout de l'an de son excommunicatien.

Quand le bruit se fut répandu que le roi étoit arrivé en Italie (2), tous les évêqueset les comtes de Lombardie vinrent à Venvi le trouver, lui rendant l'honneur qui étoit dû à sa dignité ; et en peu de jours une armée innombrable s'assembla auprès de lui , car il n'étoit point encore venu en Italie, où dès le commencement de son règne on désiroit sa présence pour réprimer les séditions , les brigandages et les autres désordres dont ce royaume étoit affligé. D'ailleurs on disoit que le roi, ir-

[ Ando J.-C. 1077.

rite contre le pape, venoit à dessein de le déposer , ce qui réjouissoit extrêmement les Lombards , croyant avoir trouvé l'occasion de se venger du pape qui les avoit excommuniés.

XXXVm. Comtesse Malhilde.

Cependant Grégoire s'étoit mis en chemin pour se rendre à Augsbourg à la Chandeleur, suivant la prière des seigneurs allemands qui lui en avoient écrit. Il sortit de Kome, malgré les seigneurs romains qui le détournoient de ce voyage, à cause de l'incertitude de l'événement; elil fut conduit parMathilde, comtesse de Toscane. Cette princesse étoit lille du marquis Boniface et de la comtesse Béatrix, qui, en secondes noces, épousa Godefroy, duc de Lorraine, et Godefroy le bossu, ûls de ce prince du premier lit, épousa Mathilde; mais ils vécurent presque toujours séparés , car Mathilde ne vouloit point quitter l'Italie pour suivre son mari en Lorraine ; et il y étoit retenu par le gouvernement de son état et le service du roi Henri, auquel il fut toujours très-fidèle et très-utile : ainsi à peine venoil-ilen Italie une fois en trois ou quatre ans. Ce duc, qui se trouve aussi nommé Gozelon par diminutif, fut tué à Anvers le vingt-septième de février mil soixanteseize. Ainsi Malhilde se trouva veuve à l'âge de trente ans; car elle étoit née en mil quarante-six, et elle perdit sa mère Béatrix environ six semaines après son mari (1). La mère et la fille avoient un grand attachement pour le pape Grégoire , comme il paroît par ses lettres; mais depuis que Mathilde fut veuve elle étoit presque toujours auprès de lui , et 'e servoitavec une affection merveilleuse. Et comme elle étoit maîtresse d'une grande partie de l'Italie , et plus puissante que les autres seigneurs du pays, partout où le pape avoit besoin d'elle elle y accouroit aussitôt , et lui rendoit les mêmes devoirs qu'à un père ou à un seigneur. C'est ce qui donna un prétexte aux partisans du roi Henri , et particulièrement aux clercs dont le pape condamnoit les mariages sacrilèges, de l'accuser lui-même d'un commerce criminel avec Mathilde. Mais, ajoute l'historien Lambert , toutes les personnes sensées voyoient plus clair que le jour que c'éloit un faux bruit ; car la princesse n'auroit pu cacher sa mauvaise conduite dans une aussi grande ville que Rome, et au milieu d'une si grosse cour ; et le pape , de son côté , menoit une vie si pure et si exemplaire, qu'il ne donnoit pas lieu au moindre mauvais soupçon ; outre que les miracles qui se faisoient souvent par ses prières, joints à son zèle ardent pour la discipline de l'Eglise, le juslifioient assez. C'est ainsi que parle cet historien, homme très-sensé lui-même , et qui finit son histoire cette année.

AndcJ.-C. 107TI LIVRE SOIXANTE-DEUXIEME.

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