‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1503 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-DEUXIÈME

ri I

et lui aîderoit , selon son pouvoir , à corrij^er les abus de son royaume conlraires aux lois de l'Eglise. Enfin que, s'il manquoit à quelqu'une de ces conditions, Tabsolulion seroit nulle , il seroit tenu pour convaincu , sans jamais èlre reçu à se jusliûer ; et les seigneurs auroient la liberté d'élire un autre roi.

Henri accepta toutes ces conditions: et on dressa un acte sommaire , par lequel il promettoit de se rapporter au jugement ou à l'arbitrage du pape, touchant les plaintes formées contre lui par les seigneurs allemands , et de donner entière sûreté au pape pour aller de là les monts ou ailleurs (1). Cet acte étoit daté du vingt-huitième de janvier mil soixantedix- sept, et toutefois Domnizon, auteur du temps, dit que le roi reçut absolution le vingt-cinquième de janvier , qui est le jour de la conversion de saint Paul. Le roi conflrma ces promesses par les serments les plus solennels ; mais le pape voulut aussi que les médiateurs du traité fussent ses cautions. Hugues, abbédeClugny, prétendant que sa profession ne lui permetloit pas de jurer , donna sa foi en la présence de Dieu ; Eppon, évéque de Ceitz en Saxe, Grégoire, évéque de Verceil, le marquis Azon et les autres seigneurs de la conférence, jurèrent, sur des reliques, que le roi observeroitinviolablement tout ce qu'il avoil promis.

Ainsi le pape, l'ayant absous de l'excommunication, célébra la messe ; et après la consé cration, il le Gt approcher de l'autel avec les assistants, qui étoient en grand nombre; puis, tenant à sa main le corps de Notre Seigneur, il dit: J'ai reçu depuis long temps des lettres de vous et de ceux de votre parti , où vous m^accusiez d'avoir usurpé le saint-siége par simonie , et d'avoir commis , tant avant mon épiscopat que depuis , des crimes qui , selon les canons, me fermoient l'entrée aux ordres Sacrés. Et quoique je pusse me justifier par le témoignage de ceux qui savent comm<'nt j'ai vécu depuis mon enfance , et dtî ceux qui ont été les auteurs de ma promotion à Tépiscopat ; toutefois, pour ôter toute ombie de scandale, je veux que le corps de Notre Seigneur que je vais prendresoit aujourd'hui une preuve de mon innocence, et que Dieu me fasse mourir subitement si je suis coupable. Ayant ainsi parlé, il prit une partie de l'hostie et la consuma (2).

Le peuple fit des acclamations de joie, louant Dieu et félicitant le pape de cette preuve de son innocence; et le pape, ayant fait faire silence , s'adressa au roi et lui dit : Faites, s'il vous plaît, mon fils , ce que vous m'avez vu faire. Les seigneurs allemands vous chargent de quantité de crimes , pour lesquels ils prétendent que vous devez être interdit pendant toute votre vie, non-seulement de toute fonction publique et de la communion ecclésiasti-

(1) Lib. IV, post> Epist. 12 (2) P. 150.

que, mais de tout commerce de la vie civile. Ils demandent inslammentque vous soyez jugé, et vous savez 1 incertitude des jugements humains. Failesdonc ce que je vous conseille; et, si vous vous sentez innocent, délivrez l'Eglise de ce scandale et vous-même de cet embarras; prenez cette autre partie de Ihoslie , afin que cette preuve de votre inmxence ferme la bouche à tous vos ennemis, et m'engage à être votre défenseur le plus ardent pour vous réconcilier avec les seigneurs , et finir à jamais la guerre civile.

Le roi, qui ne s'attendoit à rien moins, surpris et embarrassé, commença à reculer; et, s'êtant retiré à part avec ses confidents , il délibéra en tremblant sur ce qu'il devoit faire pour éviter une épreuve si terrible. Enfin , ayant un peu repris ses esprits, il dit au pape que les sei'jrneurs qui lui étoient demeures fidèles étoieiit absents pour la plupart , aussi bienque ses accusateurs, etqu'ilsn'ajouteroient pas grande foi à ce qu il auroit fait sans eux pour sa justification, (^est pourquoi il prioit le pape de réserver l'affaire en son entier à un concile général. Le pape se rendit sans peine à la prière du roi , il ne laissa pas de lui donner le corps de Notre Seigneur; et, ayant achevé la messe , il l'invita à diner , où il le traita avec beaucoup (ihoimeur; et, après l'avoir instruit soigneusement de tout ce qu'il devoit observer, il le renvoya aux siens, qui étoient demeurés assez loin hors du château.

Incontinent après Tabsolutitm du roi , le pape en donna avis aux seigneurs allemands par une lettre, où il dit : Suivant la résolution prise avec vos députés, nous sommes venu en Lombardie environ vingt jours avantle terme auquel quelqu'un des ducs devoit venir au devant de nous aux passages des montagnes. Mais, après ce terme expiré, on nous manda qu'on ne pouvoit nous envoyer d'escorte : ce qui nous mil e;i grande peine , parce que nous n'avions pas d'ailleurs de moyen de passer chez vous. Cependant nous apprîmes certainenient que le roi venoit ; et avant que d'entrer en Italie il nous offrit par des envoyés, de satisfaire en tout à Dieu et à saint Pierre, et nous promit toute obéissance |)our la correction de ses mœurs , pourvu qu'il obtînt son absolution. Nous consultâmes et différâmes long-temps, le reprenant fortement de ses excès par les envoyés de part et d'autre ; et enfin il vint sans marques d hostilité et peu accompagné à la ville de Canosse, où nous demeurions.

H fut trois jours à la porte sans aucune marque de dignité royale , nu-pieds et vêtu de laine, demandant miséricorde avec beaucoup de larmes ; en sorte que tous les assistants ne pou voient retenir les leurs, et nous prioient instamment pour lui, admirant notre dureté ; et quelques-uns crioient que ce n'étoit pas une sévérité apostolique , mais une I cruauté lyrannique. ^'ufin, nouslaisiiint vain-

cre, nous lui donnâmes l'absolution elle reçûmes dans le sein de l'Eglise, après avoir pris de lui les sûretés transcrites ci-dessus, qui furent aussi confirmées par l'abbé deClugny, par les comtesses Malhilde et Adélaïde, et plusieurs autres seigneurs, évêques et laïques : ce qui s'étant ainsi passé, nous (iésirons passer chez vous sitôt que nous en aurons la commodité , pour travailler plus efficacement à la paix de l'Eglise et de l'état ; car vous devez être persuadés que nous avons laissé toute l'affaire en suspens jusqu'à ce que nous la puissions terminer par votre conseil.

Page 1